mer. Juin 24th, 2026

Ces derniers jours, l’Iran a observé une forte hausse des prix des produits de première nécessité, stimulée par les tensions géopolitiques et les récentes pressions européennes. Parallèlement, les cours des devises étrangères, notamment le dollar sur le marché parallèle, ont connu une nouvelle flambée, dépassant à nouveau le cap symbolique d’un million de rials. Cette envolée a aussi entraîné une augmentation du prix de l’or, amplifiant les inquiétudes croissantes des Iraniens face à la chute de leur pouvoir d’achat. Pour préserver la valeur de leurs économies, beaucoup ont opté pour l’achat de devises et d’or, perçus comme des refuges sûrs.

Il y a environ une semaine, le dollar fluctuait entre 950 000 et 970 000 rials à Téhéran. Mais à la fin août, avec l’expiration du délai européen pour activer le mécanisme de retour automatique des sanctions dit « snapback », l’ambiance sur le marché local a rapidement changé. La lettre envoyée par la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne au Conseil de sécurité, appelant à la réactivation des sanctions onusiennes contre l’Iran, a accéléré cette dynamique. Le dollar a atteint 1 040 000 rials lors de la réouverture du marché informel le samedi, puis s’est légèrement replié à 1 036 000 rials dimanche. À titre de comparaison, la devise américaine avait culminé autour de 1 070 000 rials il y a un an.

Les raisons de la hausse du dollar

Behrouz Asadi, négociant en devises dans la rue Monouhéri à Téhéran, explique que la principale cause de cette hausse est l’activation imminente du mécanisme de sanction automatique, augmentant la menace d’un durcissement des restrictions financières, énergétiques et militaires. Cette situation pousse les opérateurs, surtout sur le marché non officiel, à accumuler dollar et or par crainte d’une dégradation économique et d’une baisse des revenus en devises étrangères.

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L’économie iranienne souffre depuis plusieurs années d’une inflation chronique, d’une augmentation massive de la liquidité, d’un déficit budgétaire persistant et d’une forte dépendance aux ressources pétrolières, vulnérables aux sanctions et aux variations du prix du pétrole. Tout choc politique ou économique a donc un impact amplifié sur le taux de change. Paradoxalement, le gouvernement profite aussi de la hausse du dollar pour combler ses déficits budgétaires.

Babak Zanjani, homme d’affaires iranien, a toutefois mis en cause la Banque centrale, estimant que le cours actuel du dollar n’est pas lié aux sanctions ou au mécanisme « snapback », mais qu’il résulte de décisions internes. De son côté, Amir Ali, opérateur du marché informel, souligne que la diminution de l’offre face à une demande croissante contribue également à cette hausse – les exportations de pétrole restant sous pression et les obstacles au rapatriement des revenus limitant l’offre de devises.

Protéger ses économies avec le dollar et l’or

Face à cette montée des prix et l’absence de perspectives de détente avec l’Occident, un nombre croissant d’Iraniens investissent dans l’or et les devises étrangères comme abris contre la dépréciation de leurs économies. Selon Gholam Reza Mesbahi Moghadam, membre influent du Conseil de politique, environ 70 milliards de dollars en devises étrangères et or se retrouvent entre les mains des citoyens iraniens. Il réfute aussi l’idée qu’une hausse du taux de change stimulerait les exportations, qualifiant cette opinion d’erreur.

À Téhéran, Samaneh Kargar, entrepreneure dans la confection féminine, témoigne avoir changé de stratégie depuis deux ans, préférant investir dans l’or et le dollar après avoir constaté que les rendements bancaires ne suivaient pas le rythme de l’inflation. À Ispahan, le retraité Akbar Ghorbani explique qu’il a recours à ces actifs pour compenser la baisse de son pouvoir d’achat liée à la hausse du taux de change.

Une inquiétude croissante dans la population

L’augmentation du dollar pèse directement sur le coût des produits importés et des matières premières locales, faisant grimper les prix de production et ajoutant une forte pression inflationniste à une population dont les salaires n’évoluent pas au même rythme. Cette dynamique accroît la pauvreté et fragilise davantage les ménages. Maryam, 35 ans, mère d’un enfant et employée dans le secteur privé, confie que ses dépenses domestiques ont presque doublé en un an, au point de repousser l’achat d’un ordinateur pourtant nécessaire à son travail.

Rahim Karimi, quinquagénaire commerçant de pièces automobiles, relate également la difficulté d’ajuster ses tarifs en fonction de la fluctuation du dollar. Zahra, infirmière de 24 ans, souligne que malgré un salaire stable, le coût de la vie, de la couche pour bébé au loyer, augmente constamment. Ali Nadri, retraité de 68 ans, dénonce quant à lui les conséquences dramatiques sur l’accès aux médicaments essentiels, avec des hausses de prix qui entraînent des abandons de traitement.

Une envolée des prix des produits de base

Les données récentes du Centre statistique iranien révèlent une hausse de 53 % des prix des denrées alimentaires en un an. Cette inflation touche toutes les catégories, des légumes secs aux viandes, en passant par les produits laitiers, avec des augmentations allant de 50 à 200 %. Par exemple, le prix du kilo de haricots rouges a bondi de 115 000 à 350 000 rials, soit environ 200 %. Le riz iranien a connu une hausse moyenne de 83 %, entrainant des préoccupations parmi les parlementaires qui ont appelé à l’intervention des autorités agricoles.

Les prix du lait et des produits laitiers ont eux aussi augmenté de 10 à 15 % le mois dernier, suite à la hausse du prix du lait cru, un phénomène qui pourrait s’amplifier compte tenu des possibles nouvelles augmentations autorisées par le ministère de l’Agriculture.

Points à retenir

  • La hausse du dollar sur le marché parallèle iranien est principalement liée aux tensions géopolitiques et à la menace de réactivation des sanctions onusiennes.
  • Les opérateurs et épargnants se tournent vers le dollar et l’or pour protéger leurs économies contre la dévaluation du rial et l’inflation galopante.
  • Le contexte économique iranien est marqué par une inflation chronique, un déficit budgétaire récurrent, et une dépendance forte aux exportations pétrolières.
  • L’augmentation du prix du dollar alourdit le coût des matières premières importées, ce qui se répercute sur les prix à la consommation et réduit le pouvoir d’achat des ménages.
  • La population ressent durement cette situation, avec des conséquences concrètes sur les dépenses quotidiennes, et même sur l’accès aux soins et médicaments.
  • Les prix des produits alimentaires de base, particulièrement des légumes secs, du riz et des produits laitiers, ont enregistré des hausses spectaculaires sur l’année écoulée.

En définitive, cette crise économique persistante en Iran illustre bien à quel point le terrain géopolitique peut agir comme une force amplificatrice des fragilités structurelles d’un pays. Alors que les Iraniens cherchent à préserver péniblement le moindre pouvoir d’achat, on peut se demander si cette danse infernale des monnaies et des sanctions ne trouve pas un certain plaisir dans cette volatilité autoréactive… Il est fascinant, et un brin ironique, d’observer comment des forces externes et internes s’entrelacent pour façonner, parfois brutalement, le quotidien d’une population. Reste à voir comment les décideurs iraniennes sauront manœuvrer dans cette tempête pour éviter la noyade économique.


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Pas des conseils en investissement

Avis de non-responsabilité

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2 thoughts on “L’effondrement du rial iranien : la riposte européenne déstabilise les marchés”
  1. L’angoisse économique en Iran révèle l’importance de l’art et de la créativité. Dans des temps difficiles, qu’est-ce qui pourrait mieux réconforter que de s’évader par la beauté ?

  2. La hausse des prix et l’inflation en Iran sont inquiétantes. Cela montre comment des facteurs externes peuvent vraiment impacter la vie quotidienne des gens.

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