Le juge principal enquêtant sur l’explosion du port de Beyrouth en 2020 a convoqué 12 responsables de l’autorité portuaire, de l’armée, des services de sécurité et des douanes pour les interroger, ravivant ainsi les espoirs de justice pour les victimes de la pire catastrophe civile du Liban.
Les convocations émises jeudi soir par le juge Tarek Bitar, dont le travail a été entravé à plusieurs reprises par des défis juridiques et des menaces, exigent que les responsables se présentent devant lui le mois prochain.
Cette démarche a eu lieu quelques jours après que le parlement a élu l’ancien chef de l’armée, Joseph Aoun, comme président, mettant fin à plus de deux ans de paralysie politique, ainsi que la nomination de Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, comme Premier ministre désigné pour diriger la formation d’un nouveau gouvernement.
S’exprimant après sa nomination mardi, M. Salam a promis de rechercher la justice suite à l’explosion du port, qui a fait plus de 220 morts, blessé des milliers de personnes, et détruit de larges pans de la capitale libanaise. L’explosion a été causée par un incendie dans un entrepôt où un énorme stock de nitrate d’ammonium avait été stocké de manière négligée pendant des années.
Aucun responsable de haut niveau n’a été tenu responsable de l’explosion, qui est largement considérée comme un symptôme de décennies de corruption et de mauvaise gestion de l’élite dirigeante libanaise.
De nombreux Libanais voient en M. Aoun et M. Salam des symboles d’espoir, en dehors de la classe politique bien ancrée.
« Nous avons de l’espoir grâce au président, ce qui est positif, [mais] ce n’est pas seulement en ayant un bon président qu’il faut changer tout le système », a déclaré Mariana Fodoulian, qui a perdu sa sœur de 29 ans, Gaia, dans l’explosion.
Les tentatives d’établir une responsabilité concernant la catastrophe ont été retardées par des défis juridiques et des entraves mises en place par des membres du système judiciaire, qui est profondément politisé.
Au début de 2023, l’ancien procureur Ghassan Oueidat a bloqué les efforts de M. Bitar pour reprendre l’enquête après avoir été inculpé.
M. Oueidat avait accusé le juge d’avoir outrepassé ses prérogatives et avait ordonné la libération de tous les individus détenus concernant l’explosion, y compris l’ancien responsable de l’autorité portuaire de Beyrouth.
Le Hezbollah, un parti politique et groupe armé ayant exercé une grande influence sur la politique libanaise mais affaibli durant la récente guerre contre Israël, a accusé M. Bitar de partialité et a demandé son renvoi, tandis que des responsables de haut niveau cités dans l’enquête ont déposé de multiples poursuites pour empêcher son avancement.
M. Oueidat et son successeur avaient également empêché la police judiciaire de travailler avec M. Bitar.
Le chef des droits de l’homme de l’ONU, Volker Turk, a appelé à « la reprise d’une enquête indépendante sur l’explosion » lors d’une visite au Liban jeudi.
« Je réitère que ceux responsables de cette tragédie doivent être traduits en justice et je propose le soutien de mon bureau à cet égard », a-t-il déclaré.
Le député Melhem Khalaf, expert en droit constitutionnel et ancien président de l’Ordre des avocats de Beyrouth, a exprimé sa satisfaction quant à la reprise de l’enquête sur le port, mais a précisé que ce n’était pas le principal enjeu.
« Il ne s’agit pas de ressenti, mais d’action », a-t-il dit.
« Nous voulons tous cette approche. Nous voulons respecter le processus. C’est une pierre angulaire de l’État. Sinon, nous perdrons la démocratie et l’État de droit. »
M. Khalaf avait commencé à dormir dans la chambre du parlement depuis janvier de l’année dernière pour protester contre l’incapacité répétée de ses collègues députés à convenir d’un candidat à la présidence. Il a finalement quitté le bâtiment, valise à la main, après que M. Aoun a été élu jeudi dernier.
Il a décrit les nouveaux dirigeants du Liban comme « très qualifiés » et a exprimé sa satisfaction quant à leurs profils.
« Regardez, nous serons heureux s’ils appliquent l’État de droit. Nous avons besoin de notre État de droit, c’est ce dont nous avons besoin. Nous avons besoin d’un État de justice », a déclaré M. Khalaf à The National.
« Avec cette approche, nous pouvons créer de l’espoir pour le peuple et les familles… et construire un État démocratique. »
Points à retenir
- Le juge Tarek Bitar reprend l’enquête après des paralysies politiques importantes.
- Le nouveau président et le Premier ministre désigné sont perçus comme porteurs d’espoir pour un changement systémique.
- Les victimes de l’explosion continuent d’attendre justice alors que les efforts d’enquête sont entravés par des obstacles juridiques.
- Des voix s’élèvent pour la reprise d’une enquête indépendante et la transparence judiciaire au Liban.
La situation au Liban met en lumière les défis fondamentaux d’une justice efficace dans un contexte où la politisation de la justice complique les efforts de réconciliation. Alors que les nouveaux leaders sont perçus comme des signes d’espoir, l’exigence d’un changement radical du système reste au cœur des préoccupations des Libanais. Il sera intéressant d’observer comment ces développements influenceront l’avenir politique et judiciaire du pays.
L’espoir d’une justice au Liban est palpable, mais il faut rester vigilant et exiger un véritable changement dans ce système corrompu. Les victimes méritent une enquête transparente.
Sandrine, cet article
est poignant et met en lumière l’urgence de justice au Liban. Les voix des victimes doivent être entendues pour apporter un changement réel.
C’est vraiment incroyable de voir le juge Tarek Bitar reprendre l’enquête. J’espère que justice sera enfin rendue et que le Liban retrouvera un peu de sérénité !
Sandrine, cet article résonne avec une profonde tristesse mais aussi un brin d’espoir. La quête de justice est essentielle pour le Liban et ses habitants.