mer. Juil 8th, 2026

Les fêtes de Noël sont souvent marquées par des émotions contradictoires. La joie des célébrations coexiste avec des sentiments de perte. Pour ceux qui pleurent un être cher, la période des fêtes peut être particulièrement difficile, car ils ressentent une absence incommensurable lors de chaque célébration.

Le syndrome de la chaise vide : pourquoi à Noël ?

Les émotions liées à la tristesse, qui ressurgissent souvent durant des périodes significatives après la perte d’un proche, peuvent engendrer un trouble connu sous le nom de syndrome de la chaise vide. “Le sentiment de perte devient plus saillant et intensifie le malaise que l’on ressent. Les émotions telles que la tristesse, la mélancolie, le vide, le désir, la frustration, l’impuissance ou la colère peuvent surgir en évoquant la mémoire de la personne disparue,” explique la psychologue Patricia Gutiérrez Albaladejo, professeure universitaire et fondatrice de Familiando.es.

La période des fêtes est particulièrement propice à ce trouble, surtout chez les personnes âgées. “Chaque deuil est unique, mais il est connu que les adultes vivent des niveaux de malaise plus élevés face à la perte et éprouvent des résistances plus importantes à traiter l’information traumatique. Les plus jeunes, quant à eux, n’ont pas la même capacité à se souvenir en détails d’un proche décédé car ils n’ont pas accumulé autant d’expériences,” précise-t-elle, ajoutant qu’il est crucial de tenir compte de l’étape développementale des jeunes.

Durant ces fêtes, les sentiments de nostalgie peuvent être normaux, mais il est important de savoir quand cela devient problématique. La psychologue évoque certains signes qui pourraient indiquer la gravité de cette nostalgie : “Si des souvenirs avec la personne absente deviennent trop envahissants, si nous éprouvons une tristesse intense à l’idée de leur absence, ou si nous cherchons à éviter les célébrations et à ne pas évoquer la mémoire de ceux qui manquent, il est temps de se questionner sur notre processus de deuil.” Elle souligne l’importance d’explorer ces sensations pour mieux les comprendre et les partager avec les autres.

Une bombe à retardement émotionnelle

Les experts s’accordent à dire que le deuil peut devenir pathologique si l’absence d’un être cher entrave notre quotidien. “Si cela nous empêche de ressentir du bien-être ou de l’enthousiasme, il est temps de mettre en place des ressources pour le gérer,” affirme Patricia Gutiérrez. La mise en œuvre de ces ressources peut s’avérer être l’étape la plus difficile. “Face à un deuil, l’on peut ressentir qu’alléger notre malaise reviendrait à trahir la mémoire de la personne disparue, mais c’est une fausse croyance. En se souvenant de l’absence avec amour et gratitude, nous pouvons créer un lien plus fort à travers des souvenirs positifs,” assure-t-elle.

Considérer les absents de manière traumatique peut devenir une bombe à retardement : “Un mauvais traitement émotionnel de la perte rend notre monde plus sombre, nous submerge de sentiments négatifs et empêche toute connexion joyeuse avec la vie,” résume la psychologue.

Mieux accompagnés

Ceux qui ont traversé un deuil le savent bien, la solitude est un sentiment récurrent tout au long du processus, mais il est préconisé d’inclure le soutien des proches. “Il est essentiel de se laisser accompagner par ceux qui nous entourent, même si la tentation d’évoluer seul est forte. Nous devons avoir confiance en l’aide que peuvent apporter les autres durant les moments les plus difficiles,” explique la fondatrice de Familiando.es. Comment solliciter ce soutien ? Voici quelques recommandations de l’expert :

  • Dénommer la situation : “Il faut d’abord reconnaître que nous vivons un moment difficile sur le plan émotionnel face à cette perte.”
  • Exprimer son mal-être : “Communiquer ses émotions aide les autres à comprendre notre état d’esprit et nos besoins. Cela ne fait pas disparaître la douleur, mais permet d’affronter le vide et l’incompréhension que nous ressentons.”
  • Identifier des ressources d’aide : “Il est crucial de déterminer ce qui peut réellement nous aider, que ce soit en parlant du deuil ou en se maintenant actif d’une manière qui ne cherche pas à fuir nos émotions.”
  • Accepter la tristesse : “Il est important de se connecter à la tristesse sans craindre de rester bloqué. Nos émotions sont temporaires, elles viennent nous transmettre un message et ont un rôle que nous ne devons pas ignorer.”

La recette du bien-être

Comme le souligne la psychologue, le processus de deuil nécessite l’implication de l’entourage. Que peuvent faire les autres pour éviter que la personne en deuil n’atteigne un état toxique ? “L’accompagnement doit commencer dès le début. Cela peut passer par une simple question : ‘Comment te sens-tu maintenant que ton être cher n’est plus parmi nous?’ Il est essentiel de ne pas éluder cette réalité. Notre rôle est d’accompagner, de reconnaître et de gérer correctement les espaces et les moments de silence. Si la personne répond de manière évasive, nous devons le respecter tout en restant disponibles : ‘Je suis là si tu as besoin de quoi que ce soit’ est un message d’accompagnement qui exprime à la fois analyse, respect et chaleur,” conclut la spécialiste.

Pour que le syndrome de la chaise vide ne devienne pas traumatique, il est déterminant de respecter l’équilibre émotionnel. Le processus de deuil doit être traversé dans chacune de ses phases, de la première (négation) à la dernière (acceptation et dépassement). Ignorer cela peut nuire à la santé mentale. Pourtant, notre société semble privilégier les expériences joyeuses, même si célébrer sans cesse est irréaliste.

La psychologue Patricia Gutiérrez insiste que cela aussi peut nuire. “La recette du bien-être ne réside pas dans l’inhibition, la dissimulation ou l’évitement des émotions désagréables. Les émotions ne sont ni bonnes ni mauvaises; elles nous renseignent sur nos besoins essentiels. Il est crucial d’écouter aussi bien celles qui nous élèvent que celles qui nous renvoient à nos peurs. Identifier ce que l’on ressent, ce dont on a besoin et quand demander de l’aide est fondamental. Avec ces simples clés, nous protégeons notre bien-être ainsi que celui des autres,” conclut Patricia Gutiérrez.

Bon à savoir

  • Accepter le deuil : chaque personne traverse le deuil à son propre rythme et il est normal d’éprouver une multitude d’émotions.
  • Consulter un professionnel : un psychologue peut apporter des outils supplémentaires pour gérer les émotions et le processus de deuil.
  • Soutien des proches : partager ses sentiments avec des amis ou des membres de la famille peut aider à alléger le poids de la douleur.


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