Pour la Sécurité Sociale, votre maladie compte, mais l’algorithme qui priorise les inspections accorde plus de poids à votre province qu’à la nature de votre maladie elle-même. Depuis 2018, un système d’intelligence artificielle analyse quotidiennement des milliers de congés de maladie afin d’estimer quels dossiers ont le plus de chances de se terminer par un rétablissement. Bien qu’il ne remplace pas le médecin, il organise l’agenda administratif, déterminant qui doit être convoqué en premier.
Ce système, comme le révèle une documentation technique, accorde un poids statistique trois fois plus important à la variable territoriale qu’à un diagnostic précis. Chaque dossier reçoit une note comprise entre 0 et 1, exprimant ainsi la probabilité que le travailleur soit capable de reprendre le travail lors de sa prochaine révision.
Le système prend en compte divers éléments, tels que l’âge, le sexe et l’historique des congés, tout en plaçant le code postal parmi les facteurs les plus déterminants. De plus, des critères économiques comme la base de cotisation et le nombre de travailleurs dans l’entreprise sont également pris en compte, illustrant ainsi que l’affiliation professionnelle importe autant que la nature de la maladie.
Malgré des affirmations selon lesquelles le système n’extrait que des « variables générales » et jamais personnelles, des indicateurs statistiques incluant le sexe sont utilisés pour évaluer la durée moyenne du congé maladie. Ce facteur semble avoir une influence significative, renforçant l’idée que la géographie pèse davantage que la condition médicale proprement dite.
En pratique, cela signifie que des personnes vivant dans des provinces avec des taux de rétablissement plus élevés peuvent se retrouver traitées plus rapidement que d’autres, même si leurs conditions physiques semblent comparables. Par exemple, deux assistantes administratives de 47 ans, toutes deux souffrant d’une hernie discale, ne connaîtront pas le même traitement si elles habitent dans des régions différentes.
En somme, ce n’est pas tant une évaluation clinique individuelle que statistique qui façonne le traitement des dossiers, soulevant des interrogations éthiques sur l’équité de ce système. Des chiffres récents indiquent qu’un pourcentage plus élevé de travailleurs examinés manuellement par des inspecteurs ont reçu un avis favorable pour leur congé, suggérant une possible inefficacité du système automatisé.
Points à retenir
- Le système d’IA priorise les inspections en fonction de la province plutôt que du diagnostic.
- Chaque dossier reçoit une note entre 0 et 1, représentant la probabilité de rétablissement.
- Des facteurs tels que la base de cotisation et l’historique des congés influencent la décision.
- Le sexe et la géographie ont un rôle prépondérant dans le traitement des dossiers.
- Les inspections manuelles des médecins semblent plus efficaces que celles de l’algorithme.
Je ne peux m’empêcher de réfléchir à la manière dont cette approche algorithmique d’un système aussi sensible remet en question notre notion de justice sociale. Nous devons nous interroger : le progrès technologique devrait-il s’appliquer à des décisions humaines si délicates ? Malgré les avancées, il semble que l’impersonnalité de l’IA ne puisse pas se substituer à l’empathie et au jugement des praticiens. Comment allons-nous concilier efficacité et humanité dans nos systèmes de santé ?