Un électrocardiogramme (ECG) est l’une des analyses cardiaques les plus simples. Pendant environ dix secondes, des électrodes enregistrent l’activité électrique du cœur. À partir de ces données, les médecins peuvent en déduire le rythme et la fréquence cardiaque, ainsi que détecter d’éventuels signes d’infarctus.
Des chercheurs de l’Imperial College de Londres souhaitent, cependant, aller beaucoup plus loin. Une intelligence artificielle, développée par l’équipe de recherche, examine les ECG traditionnels à la recherche de signaux de insuffisance cardiaque et de maladies des valves cardiaques, des éléments souvent invisibles à l’œil nu. Le temps d’analyse est inférieur à deux secondes. Ces résultats ont été présentés lors du congrès annuel de la Société Européenne de Cardiologie (ESC) à Munich.

L’IA détecte des signaux invisibles aux cardiologues dans les ECG
Ce projet a été soutenu par le National Heart and Lung Institute de l’Imperial College de Londres et financé pendant plusieurs années par la British Heart Foundation (BHF). De cette initiative est née la société Cardiovolt.ai, qui développe désormais cette technologie pour un usage clinique.
Pour entraîner l’IA, l’équipe a exploité plus de 1,6 million d’ECG provenant du Brésil, tous liés à des antécédents médicaux. En outre, plusieurs millions d’examens provenant des États-Unis ont également été utilisés. Les algorithmes sont conçus pour repérer les motifs révélateurs de maladies, bien souvent invisibles sur l’ECG.
“Nous souhaitions réaliser des analyses qui dépassent les capacités humaines”, a déclaré le chercheur Arunashis Sau. La BHF qualifie cette technologie de « surhumaine ».
Lors des tests, la précision diagnostique pour les maladies cardiaques se situait entre 83 et 93 %. Les chercheurs ont également noté que des informations sur d’autres maladies, comme le diabète ou des problèmes rénaux, pouvaient également être extraites des ECG.
Identification de l’insuffisance cardiaque dans jusqu’à 81 % des cas
Les résultats présentés au congrès de l’ESC concernant l’insuffisance cardiaque et les maladies des valves cardiaques sont particulièrement prometteurs. En analysant plus de 65 000 patients aux États-Unis, le système a réussi à identifier jusqu’à 81 % des cas d’insuffisance cardiaque et jusqu’à 90 % des maladies de valves cardiaques, comme rapporté par des médias britanniques, dont le Guardian.
Il est important de noter que cette technologie ne remplacera pas les cardiologues ni les échographies cardiaques. L’IA ne peut ni confirmer ni exclure de manière fiable la présence de ces maladies à partir d’un ECG. Son rôle sera plutôt de signaler les patients à haut risque nécessitant des examens complémentaires.
Fu Siong Ng, professeur de cardiologie à l’Imperial College, explique que les chercheurs visent à détecter des anomalies « qu’un médecin humain ne pourrait jamais repérer ». Un échocardiogramme viendra ensuite confirmer les résultats.
L’IA capable d’examiner chaque ECG à l’hôpital
Cela ouvre la voie à une application supplémentaire. Le logiciel pourrait examiner automatiquement des ECG, même ceux réalisés pour d’autres raisons médicales. Ainsi, un patient sans antécédent connu d’insuffisance cardiaque pourrait être diagnostiqué avant que des symptômes graves n’apparaissent.
Ng a mentionné que ce modèle pourrait théoriquement s’appliquer à tous les ECG d’un hôpital, permettant de détecter les patients à haut risque pour des examens plus ciblés.
La mise en œuvre pratique de cette technologie dans le système de santé britannique est actuellement examinée. Une étude prospective impliquant 590 participants a été lancée en novembre 2025 et examine des patients recevant un échocardiogramme. Des ECG seront enregistrés simultanément à l’aide d’un appareil classique à douze canaux, d’une Apple Watch, d’un stéthoscope numérique et d’appareils KardiaMobile, tous comparés aux résultats de l’échocardiographie.
La conclusion de cette étude est attendue pour août 2027. Cette technologie n’est donc pas encore disponible pour un usage clinique standard.
Points à retenir
- Les chercheurs de l’Imperial College London ont développé une IA pour analyser les ECG.
- Cette technologie peut identifier des signaux invisibles d’insuffisance cardiaque et de maladies des valves.
- Les taux de précision pour le diagnostic des maladies cardiaques se situent entre 83 et 93 %.
- Jusqu’à 81 % des cas d’insuffisance cardiaque pourraient être détectés.
- Cette IA ne remplace pas les cardiologues, mais les aide à cibler les patients nécessitant une attention particulière.
- Des études cliniques sont en cours pour évaluer son efficacité dans le système de santé britannique.
En étudiant cette avancée, je me sens à la fois optimiste et curieux des implications futures de cette technologie. L’idée qu’une machine puisse détecter des problèmes de santé invisibles à l’œil humain est à la fois fascinante et effrayante. Pourrons-nous un jour compter entièrement sur l’IA dans le domaine médical, ou y aura-t-il toujours une place pour l’expertise humaine ? C’est un débat passionnant qui mérite d’être approfondi.
