Eugenio Derbez, acteur, producteur et réalisateur mexicain connu notamment pour CODA et Radical, est revenu sur son parcours et sa vision de l’industrie du cinéma lors de la cinquième édition d’Iberseries & Platino Industria à Madrid. Cofondateur et président du studio 3Pas, il a partagé ses réflexions sur sa transition de la comédie au drame ainsi que sur son rôle croissant en tant que producteur.
Interrogé sur l’impact de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur du divertissement, Derbez a anticipé une vague importante de projets alimentés par cette technologie. Cependant, il a tenu à souligner que l’IA ne peut pas reproduire les émotions authentiques qu’apportent les acteurs humains. « L’IA n’a pas d’âme », a-t-il affirmé, avant de prédire que le public serait prêt à payer davantage pour une œuvre non produite par l’IA. « Au final, on va au cinéma pour voir une vraie connexion entre deux personnes, quelque chose qui touche le cœur, pas seulement les yeux. »
Il a insisté : « L’IA nous aidera à créer des effets extraordinaires impossibles auparavant, mais elle possède aussi un côté sombre. Jusqu’à présent, elle manque d’émotion et d’âme. »
Bien que Derbez n’ait pas cité nommément l’actrice virtuelle Tilly Norwood, ses propos s’inscrivent dans le débat actuel sur l’intégration de ces talents digitaux dans l’industrie, que certains grands agents envisagent désormais.
Le comédien a aussi évoqué ses débuts difficiles à Hollywood, où ses succès locaux étaient souvent méprisés. « Je disais : ‘Je suis numéro un au Mexique.’ Mais on me répondait : ‘Qu’as-tu fait à Hollywood ?’ Ce n’était pas pris au sérieux car c’était ‘trop mexicain’, » a-t-il témoigné.
Lorsqu’enfin l’univers hollywoodien lui a ouvert ses portes, on lui a d’abord proposé des rôles comiques, mais Derbez voulait explorer des thèmes plus profonds. Il ne souhaitait pas forcément devenir producteur au départ, mais « j’ai dû le faire » pour concrétiser ses projets les plus ambitieux.
Le succès d’CODA, récompensé aux Oscars, lui a ainsi permis de porter des films plus risqués comme Radical, une œuvre qui raconte le quotidien difficile d’élèves dans une école défavorisée du Mexique, bouleversée par l’arrivée d’un professeur innovant.
« J’étais le comédien, celui qui faisait rire, mais personne ne prêtait attention, » confie-t-il. « Avec CODA et Radical, j’ai commencé à être invité à des réceptions. » Il cite en exemple des acteurs comme Tom Hanks, Jim Carrey ou Robin Williams, qui ont eux aussi marqué la transition entre comédie et drame.
L’authenticité, selon Derbez, est un pilier fondamental du succès. Il a aussi évoqué son installation aux États-Unis à 52 ans, une étape qu’il jugeait nécessaire et qui a marqué un tournant dans sa carrière.
En tant que producteur, il reçoit quotidiennement de nombreuses propositions. « Comment distinguer une bonne idée d’une mauvaise ? » s’interroge-t-il. Le producteur souligne la difficulté de faire voyager un humour trop local dans un marché mondialisé. « Aujourd’hui, nous créons pour un public global, ce qui n’était pas le cas avant la pandémie. » Il cite l’exemple de succès internationaux récents tels que Squid Game, La Casa de Papel, ainsi que Parasite ou la série Rome.
« Ce qui rend une idée universelle, c’est l’émotion, » conclut-il. « Quand on touche le public, l’œuvre voyage. E.T. a réussi grâce à cette connexion émotionnelle. »
Points à retenir
- Eugenio Derbez a fait le choix de passer de la comédie au drame pour être pris plus au sérieux au-delà du Mexique.
- Il insiste sur l’importance de l’authenticité et des émotions vraies dans le cinéma, notamment face aux avancées de l’IA.
- L’intelligence artificielle est vue comme un outil puissant pour les effets visuels, mais elle ne remplace pas la sensibilité humaine.
- Le marché du divertissement est devenu global, rendant nécessaire l’adaptation des contenus au-delà des spécificités culturelles locales.
- Le succès international d’œuvres non anglophones démontre que l’émotion reste le vecteur principal de connexion avec le public.
- Le parcours de Derbez souligne les défis des acteurs latino-américains pour s’imposer dans l’industrie hollywoodienne traditionnellement fermée à la diversité.
En somme, si l’IA promet un futur éblouissant côté effets spéciaux, elle ne semble pas présager la fin des artistes humains, à moins que le public ne préfère finalement s’en remettre à des robots pour pleurer devant un écran. Mais ce serait peut-être un peu triste, non ? Moi, en tout cas, je garde mes popcorns prêts pour un bon vieux clash d’émotions authentiques.
