mer. Juin 24th, 2026

Des milliers d’étudiants britanniques ont été épinglés ces dernières années pour avoir abusé de ChatGPT et d’autres outils d’intelligence artificielle, tandis que les formes traditionnelles de plagiat connaissent un net recul, révèle une enquête du Guardian, média de référence.

Une enquête sur les violations de l’intégrité académique pointe près de 7 000 cas avérés de tricherie à l’aide d’outils d’IA en 2023-24, soit 5,1 cas pour 1 000 étudiants, contre 1,6 cas pour 1 000 en 2022-23.

Les chiffres jusqu’en mai suggèrent une nouvelle hausse cette année, avec environ 7,5 cas avérés pour 1 000 étudiants. Pourtant, selon les experts, ces cas ne représentent que la partie visible de l’iceberg.

Ce phénomène pose un défi majeur aux établissements universitaires, qui doivent repenser leurs méthodes d’évaluation face à l’émergence de technologies comme ChatGPT et autres outils d’écriture assistée par IA.

Avant l’essor de l’IA générative, en 2019-20, le plagiat représentait près des deux tiers des cas de fraude académique. La pandémie avait accentué cette tendance, avec le transfert massif des examens en ligne. Mais aujourd’hui, la nature de la triche a évolué avec la démocratisation de l’IA.

Le sondage révèle une baisse des cas confirmés de plagiat classique, passant de 19 à 15,2 pour 1 000 étudiants en 2023-24, et les premières données suggèrent une nouvelle diminution, à environ 8,5 pour 1 000.

Évolution des cas avérés de fraude pour 1 000 étudiants : baisse du plagiat, montée en puissance des fraudes à l’IA, stabilité des autres fraudes.

Sur 155 universités sollicitées par la loi sur la liberté d’information, 131 ont répondu en fournissant des données sur les cas prouvés de fraude académique. Plus de 27 % n’enregistraient pas encore la fraude liée à l’IA comme une catégorie distincte, témoignant d’une certaine lenteur à appréhender ce nouvel enjeu.

La fraude à l’IA pourrait être largement sous-estimée. Un sondage de février du Higher Education Policy Institute révèle que 88 % des étudiants utilisent des outils d’IA pour leurs examens. Une étude de l’Université de Reading illustre cette difficulté : 94 % des travaux générés par IA soumis dans leurs systèmes d’évaluation ne furent pas détectés.

Peter Scarfe, professeur associé en psychologie à Reading, souligne que la tricherie a toujours existé mais que l’IA introduit un nouveau type de défi. La détection de l’IA est bien plus complexe que celle du plagiat, car il est quasiment impossible de prouver l’usage d’IA sans accuser à tort les étudiants.

Il estime aussi impossible de revenir à des examens uniquement en présentiel, alors que les étudiants continueront de recourir à l’IA. L’éducation doit donc s’adapter, plutôt que de jouer à l’autruche.

Par ailleurs, les réseaux sociaux comme TikTok regorgent de tutoriels vantant des outils destinés à contourner les détecteurs d’IA en “humanisant” les textes générés par ChatGPT.

Thomas Lancaster, spécialiste de l’intégrité académique à l’Imperial College de Londres, rappelle que la tricherie à l’aide de l’IA est difficile à prouver quand l’étudiant sait retoucher le contenu, tout en espérant que les étudiants apprennent malgré tout dans ce processus.

Harvey*, diplômé en gestion d’entreprise dans une université du nord de l’Angleterre, confie avoir utilisé l’IA pour générer idées et structurer ses travaux, avec pour objectif de remodeler complètement ces contributions avant remise.

Amelia*, première année en music business dans une université du sud-ouest, avoue que l’IA a surtout profité à ses amis en difficulté, notamment ceux atteints de dyslexie, pour organiser leurs idées sans faire le travail à leur place.

Le secrétaire d’État à la science et à la technologie, Peter Kyle, soutient que l’IA peut favoriser l’égalité des chances, notamment pour les enfants dyslexiques.

Les géants de la tech ciblent clairement les étudiants : Google leur offre un accès gratuit à son outil Gemini pendant 15 mois, tandis qu’OpenAI propose des tarifs réduits aux universités en Amérique du Nord.

L’académique Lancaster souligne que, même si certains examens semblent vains aux yeux des étudiants, il est essentiel de se concentrer sur des compétences difficilement remplacées par l’IA, comme la communication, le relationnel, et l’aptitude à exploiter la technologie émergente en milieu professionnel.

Enfin, un porte-parole du gouvernement affirme un investissement de plus de 187 millions de livres dans des programmes de formation nationale, tout en publiant des directives pour encadrer l’usage de l’IA à l’école, invitant les universités à équilibrer bénéfices et risques afin de préparer les étudiants aux métiers du futur.

*Noms modifiés.

Points à retenir

  • La tricherie traditionnelle recule, comme un vieux disque rayé qu’on remplace par des playlists plus modernes : l’intelligence artificielle.
  • Les universités, parfois aussi rapides à s’adapter qu’une tortue sous anesthésie, peinent à catégoriser et détecter ces nouvelles formes de triche.
  • Détecter un texte plagié, c’était simple autrefois. Aujourd’hui, repérer une copie faite par une IA ressemble davantage à débusquer un caméléon dans un magasin de bonbons.
  • Malgré un usage massif d’IA, le système d’évaluation reste souvent le même. Certains préféreraient encore croire à la magie plutôt qu’admettre que les outils ont changé la donne.
  • Les géants de la technologie ont flairé le bon filon et offrent bien volontiers leurs joujoux aux étudiants, histoire de créer une nouvelle génération dépendante… mais ingénieuse.

Au final, on en vient à se demander si l’intelligence artificielle ne fait pas simplement ressortir au grand jour une vérité bien connue : l’envie de tricher est un vieux démon que l’humanité ne réussira jamais à chasser. Plutôt que de se battre contre ses ombres, ne serait-il pas plus sage d’apprendre à jouer avec elles ? Ou alors, on peut toujours continuer à courir après des poussières d’étoiles dans un laboratoire poussiéreux. À vous de voir.


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