Attaché à une ceinture de sécurité, Agile One avance lentement sur le podium. Dix pas en avant, un regard à gauche, un regard à droite, un léger salut, puis demi-tour pour revenir. Ce robot humanoïde révèle sur la plus grande foire industrielle au monde à Hanovre tout ce dont il est capable – et c’est impressionnant.
Le public applaudit. Les ingénieurs ressentent un grand soulagement. Tout fonctionne parfaitement. Le Chancelier fédéral a déjà visité le stand. « Le niveau supérieur est atteint », déclare Bettina Schön-Behanzin. Elle fait partie de la direction d’Agile Robots SE, une entreprise fondée à Munich il y a huit ans. Issue du Centre aérospatial allemand, la société a bouclé plusieurs levées de fonds et acquisitions. Aujourd’hui, elle est considérée comme l’un des grands espoirs en Europe.
La domination de la Chine
Il semble nécessaire d’espérer, car alors que les États-Unis dominent désormais le secteur des systèmes d’intelligence artificielle, la Chine excelle dans le domaine de la robotique. Selon la Fédération Internationale de Robotique, environ deux millions de robots travaillent dans les usines chinoises, avec un ajout annuel de 250 000 unités. Ce chiffre est non seulement le plus élevé au monde, mais également trois fois supérieur aux nouvelles acquisitions annuelles en Europe.
Des start-ups chinoises telles qu’Unitree, Agibot ou Ubtech apportent un nouveau souffle à la production de robots humanoïdes, marquant un tournant depuis l’époque où le japonais Honda et son robot Asimo faisaient figure de pionniers. Cette dynamique pourrait cependant changer.
À l’occasion de cette foire, l’Académie allemande des sciences techniques (Acatec) a élaboré une « feuille de route » pour la Physical AI. Ce qui était jusqu’alors un système d’IA abstrait émerge maintenant sous forme d’installations autonomes et de robots humanoïdes – des machines de haute technologie intelligentes capables de se mouvoir.
La demande d’une exemption face au “AI Act” européen
Les entreprises industrielles d’Europe ne souhaitent plus rester à la traîne face à la concurrence mondiale. Elles s’équipent et se préparent, mais cela nécessite un cadre politique économique plus flexible. Les associations des constructeurs de machines, telles que le VDMA, ainsi que celle des électrotechniciens, ZVEI, demandent sur cette foire que les systèmes d’IA destinés à un usage industriel soient exemptés des restrictions strictes des « AI Acts » de l’UE, pour se développer librement comme chez leurs homologues américains et chinois.
Le Chancelier Merz, présent à Hanovre, a promis de défendre cette demande à Bruxelles, expliquant que les normes de l’UE sont perçues comme un carcan par les entreprises et les institutions de recherche. Cette rigidité pourrait pousser des géants tels que Siemens à effectuer leurs investissements en IA en Asie et en Amérique plutôt qu’en Europe. De plus, des fabricants comme ABB ont déjà vendu des parties de leur activité en Asie.
Peter Leibinger, président du BDI (Fédération allemande de l’industrie), a exprimé lors du forum économique à Hanovre que les entreprises étouffent sous la bureaucratie locale. Les règles européennes pour les systèmes d’IA ne sont qu’un exemple parmi d’autres de cette situation préoccupante, bloquant le développement et menaçant la compétitivité.
SAP présente une nouvelle machine d’emballage
Dans ce contexte, l’intelligence artificielle ouvre un nouveau chapitre. Jan-Henning Fabian, membre du conseil de recherche Industrie 4.0 d’Acatec et responsable du centre de recherche ABB en Allemagne, souligne que la Physical AI entre dans le vif du sujet. Il décrit cela comme la transformation de l’industrie moderne, visible dans les halls de la foire.
En collaboration avec le constructeur de machines Uhlmann, SAP a dévoilé une machine d’emballage qui s’ajuste automatiquement sans intervention humaine. Matthias Deindl, responsable chez SAP, la qualifie de « système dynamique », montrant comment les données industrielles peuvent être exploitées. « Grâce à notre forte industrie, nous avons un trésor de données en Allemagne », explique-t-il.
Des robots autonomes et intelligents
Beckhoff Automation illustre l’intégration de l’IA générative dans les installations industrielles. « Nous travaillons sans code ni commandes », déclare Fabian Bause. L’IA permet aux machines de constater elles-mêmes les problèmes et de rechercher des solutions. Cela pourrait être la clé pour réaliser de véritables usines autonomes, offrant aux machines une forme d’intelligence bien au-delà des automatismes actuels.
Des approches alternatives du Mittelstand allemand
Un acteur altruiste se profile avec Jörg Hermes de SEW Eurodrive, une entreprise familiale de 95 ans basée à Bruchsal. « Nous voulons une robotique made in Europe », affirme Hermes. Son équipe travaille sur un système d’exploitation robotique permettant de connecter les machines au-delà de leurs systèmes traditionnels. Ils privilégient les environnements de production entièrement automatisés.
Les robots prennent le relais des humains dans les ateliers
Le startup Agile Robots, basée à Munich, a développé un robot capable de simuler des tâches humaines dans une installation industrielle. Grâce à des capteurs et des puces avancés, il peut se déplacer, s’orienter dans l’espace et organiser des tâches par lui-même. « Agile One peut réaliser des productions industrielles », affirme Schön-Behanzin, qui met en avant des démonstrations pratiques sur leur stand.
Points à retenir
- Agile One illustre les avancées de la robotique sur le marché industriel.
- La rivalité entre États-Unis et Chine impose un défi à l’Europe dans le secteur technologique.
- Les entreprises demandent un assouplissement des réglementations pour favoriser l’innovation en IA.
- Des solutions autonomes et intelligentes sont en cours de développement, promettant des usines plus efficaces.
- Les start-ups allemandes expérimentent de nouvelles voies pour répondre aux besoins de la robotique moderne.
Il est fascinant de constater à quel point la scène technologique évolue rapidement. Ces innovations ne concernent pas seulement les entreprises, mais également la société dans son ensemble. Comment va-t-on intégrer ces avancées dans notre quotidien ? Cette question mérite d’être explorée plus en profondeur, car elle pourrait bien déterminer le contexte socio-économique des années à venir.
