Publié le : 16 novembre 2025, 21h10

De nombreux jeunes se retrouvent dans une situation délicate au moment de choisir leur carrière. Face à la crainte que l’intelligence artificielle menace les emplois de bureau, un nombre croissant de jeunes envisagent sérieusement une carrière dans l’artisanat. Est-ce une bonne direction ?

À Munich, Leonhard, 18 ans, est sur le point de passer son baccalauréat et est enthousiaste à l’idée de ce qui l’attend après l’école. Cependant, comme ses camarades, il doit réfléchir à son avenir professionnel. « Je suis encore assez incertain quant à ce que je veux faire après le bac », confie-t-il. « En allant au lycée, on s’attend à ce que l’on poursuive des études supérieures. Je ne sais pas si la fac me conviendrait, ni si l’effort en vaudrait la peine. Je ne veux pas étudier pour un emploi qui pourrait disparaître dans quelques années », explique Leonhard.

Le secteur de l'artisanat devient une voie professionnelle attrayante pour de nombreux jeunes face à l'avancée de l'IA.
Le secteur de l’artisanat semble séduire de plus en plus de jeunes, en raison de l’essor de l’IA. © IMAGO/Robert Kalb

Leonhard fait référence aux préoccupations de nombreux jeunes qui observent avec attention l’évolution de l’IA, souvent perçue comme une menace pour les emplois de bureau. Les postes d’entrée, pourtant souvent convoités, pourraient selon certains rapports disparaître très bientôt. Devrait-on vraiment encourager les jeunes à se tourner vers l’artisanat ?

Les craintes des jeunes professionnels : un constat justifié

Le Professeur Dr. Friedrich Hubert Esser, président de l’Institut fédéral de formation professionnelle à Bonn, reconnait que les jeunes entrants sur le marché du travail font face à des défis. « Oui, le monde du travail évolue rapidement et l’intelligence artificielle joue un rôle croissant dans cette transformation », affirme-t-il. Environ 20 % des travailleurs ressentent déjà des impacts liés à l’IA, et ce phénomène ne devrait faire que s’intensifier.

Cependant, il relativise l’impact de l’IA sur les difficultés des nouveaux professionnels, suggérant que la conjoncture économique actuelle en Allemagne est tout aussi significative. « Dans une période de tension économique, les employeurs hésitent à recruter », indique Esser, rappelant que des situations similaires avaient été observées lors de la crise financière et récemment pendant la pandémie.

L’IA, un frein à la carrière ? Vers un avenir également pour les diplômés

Pour sa part, Dr. Nicole Richter, professeure de gestion à la Haute Ecole de Düsseldorf, ne considère pas l’IA comme le principal obstacle à la carrière des jeunes. Elle note que les exigences pour les postes d’entrée évoluent : « Les emplois d’entrée changent, car on ne cherche plus uniquement des personnes pour exécuter des tâches répétitives », souligne-t-elle. Les compétences technologiques, la pensée critique, et les compétences sociales sont devenues primordiales.

Richter met en avant que se lancer dans l’artisanat ne doit pas être une décision précipitée en raison de l’essor de l’IA. « Il est essentiel de fonder sa carrière sur ses intérêts et compétences », déclare-t-elle, tout en reconnaissant l’importance de considérer le secteur artisanal durant la planification de carrière.

Une carrière dans l’artisanat ? Les avantages de la formation

Il n’est donc pas impératif pour les jeunes de se diriger vers l’artisanat, mais cela peut s’avérer bénéfique. Selon la Chambre des Métiers de Munich, l’artisanat présente de nombreux atouts. « L’artisanat favorise les liens régionaux, des structures familiales, ainsi que des perspectives de promotion ou d’indépendance », indique Alexander Tauscher, porte-parole de la Chambre. Ce secteur demeure également résilient face aux crises, car des compétences telles que la réparation de chauffages ou d’installations sanitaires seront toujours nécessaires.

Tauscher ajoute que les parcours professionnels dans l’artisanat sont souvent courts, et qu’après une formation d’environ trois ans, il est possible de commencer un cursus de maître. À terme, devenir chef d’entreprise à un jeune âge n’est pas une utopie dans l’artisanat.

Des revenus attractifs dans l’artisanat

En outre, une carrière dans l’artisanat peut s’avérer financièrement lucrative. Bien que la Chambre n’ait pas accès à des chiffres précis, des études indiquent que les bénéfices annuels de certains métiers peuvent dépasser 100 000 euros. Les salaires des artisans sont souvent comparables ou supérieurs à ceux des académiciens.

« Créer quelque chose de tangible » : un abiturient munichois évoque son intérêt pour l’artisanat

Leonhard envisage sérieusement une carrière dans l’artisanat, notamment en tant que menuisier. Pour lui, la possibilité de créer des objets concrets est un atout majeur. « Quand je construis une table, je vois la satisfaction du client. C’est un travail significatif qui aide les gens », conclut Leonhard.

Points à retenir

  • Les jeunes hésitent de plus en plus à poursuivre des études universitaires en raison des incertitudes du marché du travail.
  • Des compétences non techniques, comme la pensée critique, deviennent vitales sur le marché de l’emploi.
  • L’artisanat offre une alternative viable, avec des perspectives d’évolution et des carrières en forte demande.
  • Le secteur artisanal prouve sa résilience dans des périodes économiques difficiles.
  • Les revenus dans l’artisanat peuvent dépasser ceux de nombreux diplômes universitaires, et les parcours de formation sont souvent courts.

Avec ces éléments, je ne peux m’empêcher de réfléchir à la manière dont nous, en tant que société, valorisons encore trop souvent les diplômes au détriment des métiers manuels. Peut-être est-il temps de réévaluer nos critères et d’encourager les jeunes à explorer toutes les facettes de leur potentiel, notamment dans des domaines parfois négligés. Quel avenir souhaitons-nous bâtir ensemble ?


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