Que ce soit au travail, en famille ou lors d’interactions sociales, lorsqu’une attaque est ressentie, beaucoup cherchent souvent la réplique parfaite. Cependant, la répartie n’est pas toujours la réponse la plus appropriée. La formatrice en communication, Marie-Theres Braun, nous explique pourquoi il peut parfois être plus avisé de sortir de l’argumentation.
« C’est un savoir de base », cette phrase retentit lors d’une réunion, que ce soit entre collègues ou face à des clients. Imaginons une certaine Julia, qui a simplement posé une question. Sur le chemin du retour, plusieurs réponses lui viennent à l’esprit : « Heureusement qu’il y en a au moins un qui sait tout ici », ou encore « Tu peux sans doute nous expliquer cela plus en détail ». Trop tard. Si seulement elle avait eu la présence d’esprit d’être plus réactive à ce moment-là.
C’est cette sensation d’impuissance qui pousse beaucoup à rechercher la répartie. Elle promet de ne plus jamais se sentir diminué ou de connaître ces moments où la réponse idéale ne surgit qu’ultérieurement, souvent sous la douche ou juste avant de s’endormir. Bien que la répartie puisse effectivement renforcer la confiance de ceux qui, par le passé, se retrouvaient souvent sans voix, elle cache souvent une véritable peur : être perçu comme incompétent.
Des phrases telles que « C’est un savoir de base », « Cela vient avec l’expérience » ou « Vous vous êtes vraiment penché sur le sujet ? » apportent peu d’informations concrètes. Cependant, elles véhiculent un message relationnel fort : « Je me situe en position d’évaluer votre compétence ». Beaucoup réagissent alors non seulement à ce qui est dit, mais aussi à ce qui est sous-entendu : « Prouve-moi que tu es compétent ». Répondre maintenant, c’est accepter ce défi. Répliquer avec esprit, c’est aussi l’accepter. Chacun tente de le surmonter, mais par des chemins différents.
C’est là que la réactivité s’avère tentante. Elle promet de réussir à passer l’épreuve, mais sans jamais envisager de l’éviter. Ainsi, cela peut parfois prolonger la lutte de pouvoir, plutôt que de la résoudre.
Quand la répartie devient piégeante
Il est vrai que l’on peut apprendre à réagir plus rapidement. Beaucoup semblent réactifs simplement parce qu’ils ont vécu des situations similaires à maintes reprises et ont développé un panel de réponses. Cela peut être utile. Cependant, cette maîtrise dépendra toujours de la capacité à formuler quelque chose de pertinent au moment opportun.
Ce que la psychologie de la communication appelle la « souveraineté de premier ordre » consiste à chercher à maîtriser chaque défi de communication, à avoir toujours une réponse prête, à ne pas montrer de doute, et à ne jamais se retrouver muet. Cet idéal est difficile, voire impossible, à atteindre. Qui s’en rapproche se sentira plus en confiance – jusqu’à ce qu’un moment d’incapacité survienne.
Il existe une deuxième forme de souveraineté. Elle ne demande pas : « Comment réussir chaque évaluation ? », mais plutôt : « Dois-je vraiment accepter cette évaluation ? » Cette souveraineté de second ordre renonce à l’obligation d’apporter au toujours une réponse brillante. Nous n’avons pas à nous prouver constamment, ni à réagir rapidement et brillamment en toutes circonstances. Elle permet de prendre le temps de comprendre une situation, d’accepter d’être parfois mutique ou de montrer que nous sommes touchés par une remarque. Elle marie professionnalisme et humanité.
Le paradoxe est le suivant : moins nous cherchons activement une réponse intelligente, plus elle peut parfois surgir d’elle-même.
La liberté de ne pas se soumettre à l’évaluation
La souveraineté symbolise l’indépendance. Elle ne consiste pas à jouer selon les règles des autres, mais à décider librement si nous voulons participer au jeu ou non.
Cela commence par un shift important : chaque remarque ne doit pas avoir la portée que l’interlocuteur lui confère. À partir de « Il m’a ridiculisé », on peut reformuler par « Il a essayé de me ridiculiser ». De même, « Elle m’a traité comme un idiot » peut devenir « Elle a tenté de me traiter comme un idiot ». Cela ne réduit pas nécessairement la force du propos, mais nous redonne une part de contrôle.
Il suffit parfois de signaler qu’une perspective a été énoncée – et non une vérité objective. Par exemple, un collègue peut dire à un autre : « Puis-je te donner un conseil ? » Le « non » pourrait le faire passer pour incapable de prendre les critiques, tandis qu’un « oui » accepterait un rapport hiérarchique. Une réponse alternative pourrait être : « Un conseil, non, mais tu peux me donner ton avis ». Sur « C’est un savoir de base », lui faire écho par « Intéressant que vous le voyiez ainsi » est tout à fait envisageable.
Certaines remarques nous touchent plus particulièrement, parce qu’elles affectent notre image personnelle. Si quelqu’un dit : « Votre présentation d’hier était véritablement médiocre. Combien de temps y avez-vous consacré ? Cinq minutes ? », l’impulsion immédiate est de corriger ce jugement : « Je ne suis pas idiot », « J’étais bel et bien préparé ». L’attention est alors entièrement focalisée sur nous-mêmes.
En réorientant l’attention vers la situation, de nouvelles questions émergent : Quels points précis sont critiqués ? Qu’aurait dû changer ? Est-ce une question de fond ou de personne ? Avant de répondre de manière instinctive, nous pouvons d’abord analyser ce qui se passe réellement. En détournant la pression de devoir prouver notre compétence, notre réponse se transforme et de nouvelles possibilités apparaissent.
Dans les réunions, nous avons souvent l’impression qu’il nous fallait défendre notre compétence, en particulier en présence d’autres personnes. Ce faisant, nous sous-estimons le jugement des autres présents. Beaucoup perçoivent clairement quand une critique est inappropriée ou sévère. Parfois, susciter la réaction la plus impressionnante n’est pas la réussite, mais voir un affront initial tomber à plat.
C’est là que réside la différence avec la réplique classique, qui peut rester coincée dans la dynamique d’un échange. Une forme coopérative d’affirmation de soi établit des frontières sans transformer l’autre en adversaire – et sans se mettre sous pression pour devoir prouver quelque chose.
Répondre à l’impact
Il est parfois suffisant de nommer l’impact d’une remarque : « Ça sonne dur », « Cette question est très personnelle », ou encore « Cela semble tendu ». Plutôt que de discuter de notre propre compétence, on fait d’abord ressortir la manière dont la communication se déroule. Certains réalisent alors comment leurs mots sont perçus, tandis que d’autres admettent que c’était bien l’effet espéré. Dans les deux cas, cela aide à mieux appréhender la situation.
Il peut aussi être pertinent d’exprimer sa surprise ou son silence : « Je suis sans voix » ou « Je suis étonné que vous disiez cela ». À nouveau, l’accusation n’est pas directement contestée, mais est d’abord recontextualisée.
Certains défis prospèrent lorsque nous les renvoyons immédiatement. Si nous ne le faisons pas, ils perdent souvent leur morsure. Il suffit alors de se concentrer sur le sens qui peut rester valide sans attaque. Par exemple, à « Tu es très émotif », on peut répondre : « C’est vrai, ce sujet me touche profondément ». Ou encore, à « Comment peut-on penser de manière si compliquée ? », une réponse comme : « Certes, cette approche prend en compte de nombreux aspects ». Parfois, il s’agit alors de diminuer la portée d’une critique pour garder la conversation constructive.
Sortir par une approche méta
Il arrive que le sujet ne soit pas une simple phrase, mais un schéma. Pour certaines personnes, de petites piques et blagues font partie intégrante de leur quotidien. C’est leur manière de tisser des relations. Dans certains groupes, cela peut même créer une culture de communication propre. Participer à cela est optionnel : « Je remarque qu’ici, beaucoup d’humour circule. J’aimerais malgré tout revenir au sujet ». Cela peut également aller en tant que leader ou durant des formations : « J’observe ici une multitude de blagues, presque comme une compétition. Je m’interroge sur l’impact que cela a sur la dynamique de l’équipe ». De cette manière, la discussion porte sur la manière d’interagir à l’avenir, plutôt que sur un propos spécifique.
Le véritable malentendu réside souvent dans le fait que de nombreuses personnes désirent des techniques pour gagner chaque échange verbal. Il est effectivement possible d’apprendre à réagir plus vite et à être moins souvent muet. Cela peut s’avérer utile. Ceux qui se sont déjà sentis démunis ne souhaitent pas revivre ce moment. Parfois, une réplique claire est nécessaire pour poser des limites.
Si la répartie est un bon outil, elle ne suffit pas à elle seule. Elle est souvent confondue avec la véritable souveraineté. Les mêmes mots peuvent être exprimés pour des raisons très différentes : on peut répliquer par besoin de prouver sa valeur, ou pour faire un choix conscient de s’exprimer. La souveraineté de second ordre voit la réplique comme une option, pas comme une nécessité. Nous n’avons pas à répondre instantanément. Nous pouvons accepter de ne pas tout savoir, de montrer notre vulnérabilité, et même de ne pas répondre aux attentes de notre interlocuteur.
Peut-être que là réside toute la confusion autour de la réplique : nous confondons réponses rapides et maîtrise. En réalité, la vraie souveraineté n’est pas de gagner chaque échange, mais d’avoir la liberté de choisir d’y participer ou non.
Points à retenir
- La répartie n’est pas toujours la solution idéale : parfois, se retirer de l’échange est préférable.
- La confiance en soi ne dépend pas uniquement de la capacité à répondre rapidement et brillamment.
- On peut recadrer des remarques pour en reprendre le contrôle, sans nécessairement répondre sur le fond.
- Il est nécessaire de distinguer entre une critique personnelle et une question de fond avant de réagir.
- Une réponse posée permet souvent d’ouvrir de nouvelles perspectives.
- Prendre le temps d’analyser la situation mène à des réponses plus mesurées et adaptées.
- Accueillir une critique tout en la recontextualisant peut diminuer son impact.
En tant que passionné de communication humaine, je constate que notre manière d’interagir révèle souvent plus sur nous-mêmes que sur les autres. La maîtrise de la parole est un voyage continu. L’art de gérer les échanges et de se positionner, c’est une danse délicate entre assertion et vulnérabilité. Je crois qu’en comprenant mieux nos réactions et celles des autres, nous pouvons transformer même les moments de tension en opportunités de réellement se connecter. Ne devrions-nous pas tous aspirer à un échange plus authentique ?
