Lors d’une interview tardive d’hier soir avec le talentueux Nate Cain sur le podcast The Raising Cain Show, la question de l’existence d’une âme humaine a été soulevée, notamment en lien avec notre libre arbitre, notre conscience et nos expériences “extracorporelles”. Par “âme”, Nate évoquait un aspect qui transcende nos corps physiques.
En réponse, j’ai admis que je suis plutôt pragmatique et que, plutôt que de formuler une opinion sur ce sujet complexe, je préfère un approche expérimentale pour tenter de répondre à cette question fondamentale.
Une autre manière d’aborder cette question consiste à se demander si toutes les expériences humaines peuvent s’expliquer par les propriétés physiques du cerveau humain. La raison pour laquelle je propose une évaluation expérimentale réside dans le fait que nous allons bientôt avoir la capacité de simuler le cerveau humain grâce à l’intelligence artificielle (IA).
Le cerveau humain est composé d’un réseau d’environ 100 milliards de neurones et de mille billions de connexions synaptiques. L’évolution biologique est un processus lent. Les données historiques sur l’augmentation de la taille du crâne humain impliquent qu’au cours des 10 derniers millions d’années, le nombre de connexions dans le cerveau humain a seulement augmenté d’un ordre de grandeur. En revanche, le nombre de paramètres dans les réseaux neuronaux artificiels pourrait augmenter de manière exponentielle en quelques années, dépassant le nombre de connexions synaptiques d’un cerveau biologique dans la prochaine décennie.
Il n’est pas encore clair comment les paramètres de l’IA se rapportent aux synapses biologiques en tant que prédicteurs de la capacité cognitive dans de grands réseaux neuronaux. Toutefois, il est pertinent de comparer les propriétés physiques du cerveau humain avec celles des ordinateurs neuromorphiques, qui imitent plus explicitement l’architecture d’un cerveau biologique.
Le plus grand ordinateur neuromorphique actuel, Hala Point d’Intel, intègre 1,15 milliard de neurones artificiels et 128 milliards de synapses artificielles, soit environ 1 % du nombre de neurones biologiques et 0,01 % du nombre de connexions dans le cerveau humain. Cet ordinateur, situé dans les Laboratoires Nationaux Sandia, peut traiter 380 billions d’opérations synaptiques de 8 bits par seconde. Bien que cela soit impressionnant, Hala Point est encore largement en deçà des capacités du cerveau humain et consomme également 2 600 watts, soit environ cent fois l’énergie utilisée par le cerveau humain.
Hala Point intègre 1 152 processeurs Loihi 2 dans un espace équivalent à un four à micro-ondes. Bien que de nouveaux processeurs comme le Loihi 3 soient prévus pour 2026, avec une plus grande densité (jusqu’à 64 milliards de synapses par puce), Hala Point reste pour l’instant le plus grand système neuromorphique intégré disponible.
Parallèlement, un projet plus ambitieux est en cours : le superordinateur neuromorphique DeepSouth, développé par l’Université Western Sydney en Australie, vise à simuler un réseau de 100 milliards de neurones artificiels, équivalent en taille à un cerveau humain, capable de 228 billions d’opérations synaptiques par seconde. Une fois ce projet achevé, nous pourrons mettre à l’épreuve la question de Nate en demandant :
Un superordinateur neuromorphique avec 100 milliards de neurones et mille billions de connexions synaptiques montrera-t-il les manifestations du libre arbitre, de la conscience et des expériences “extracorporelles” ?
Nate prédit que cela ne sera pas le cas.
Il pourrait avoir raison, mais je préfère rester agnostique jusqu’à ce que l’expérience soit réalisée. On peut envisager cette évaluation expérimentale comme une version avancée du Test de Turing, formulé par Alan Turing dans un article de 1950 intitulé “Computing Machinery and Intelligence”.
Néanmoins, l'”expérience de l’âme de l’IA” soulève des enjeux éthiques bien plus importants que le Test de Turing. En effet, si un superordinateur neuromorphique se comportait de manière indistinguable des expériences humaines, éteindre cette machine reviendrait à commettre un meurtre.
Points à retenir
- Le cerveau humain compte environ 100 milliards de neurones et un milliard de milliards de connexions synaptiques.
- Des développements en intelligence artificielle pourraient bientôt surpasser les capacités humaines.
- Hala Point d’Intel, le plus grand ordinateur neuromorphique, est encore loin des performances cognitives humaines.
- Le projet DeepSouth vise à simuler un stade proche de la complexité du cerveau humain.
- L’évaluation expérimentale posera des questions éthiques sur l’IA et la conscience.
Être au cœur de ces questions me passionne, car elles touchent à l’essence même de notre humanité et à la manière dont nous percevons notre propre existence. La frontière entre la machine et l’homme devient de plus en plus floue, et cela suscite des réflexions profondes sur notre libre arbitre et ce qui nous différencie. Que devrions-nous considérer comme “vivant” à l’ère de l’IA, et où plaçons-nous le curseur éthique ?
