L’intelligence artificielle n’est plus une simple promesse pour le secteur de la santé en Europe : elle est déjà présente dans les hôpitaux, les processus de diagnostic, les services aux patients et les décisions de gouvernance. Le récent rapport de l’OMS/Europe constitue la première évaluation complète de la préparation des 27 États membres de l’Union européenne, soulignant une transformation rapide et généralisée, motivée par un objectif commun : améliorer les soins aux patients.
Le secteur de la santé en Europe est donc en pleine phase d’accélération concernant l’adoption de l’intelligence artificielle. Le rapport intitulé « L’intelligence artificielle façonne les systèmes de santé : état de préparation à travers l’Union européenne », basé sur des données collectées entre juin 2024 et mars 2025, révèle que l’ensemble des 27 États membres de l’UE considèrent l’IA comme un facteur important ou modéré pour améliorer les soins et les résultats sanitaires. De plus, 96 % des pays estiment que l’IA est utile pour soulager la pression sur le personnel de santé, et 89 % pour améliorer l’efficacité du système.
Dans le domaine clinique, près de 74 % des pays de l’UE utilisent déjà des outils de diagnostic assisté par IA, tandis que 63 % emploient des plateformes conversationnelles ou des chatbots pour aider les patients. L’OMS/Europe indique que la maturité de l’adoption de ces technologies est plus avancée que dans le reste de la région européenne, particulièrement dans les domaines de l’imagerie, de la radiologie, de la dermatologie et de l’ophtalmologie. Les chatbots, eux, se révèlent des outils engageants pour soutenir l’autonomie des patients.
Le rapport souligne que l’UE entre dans cette nouvelle ère à un moment crucial, bénéficiant du premier cadre juridique mondial spécifiquement dédié à l’IA, l’AI Act, adopté en juin 2024. Le projet d’Espace européen des données de santé est également attendu pour redéfinir d’ici 2029 les règles d’utilisation et de réutilisation des données de santé. Pour l’OMS/Europe, cette architecture réglementaire pourrait garantir que l’innovation repose sur des fondements de sécurité, de droits, de transparence et de responsabilité.
Cependant, en dépit de cet enthousiasme, des questions sur la préparation réelle des systèmes de santé émergent. Actuellement, seulement 26 % des pays européens proposent une formation continue sur l’IA, et 22 % l’incluent dans la formation initiale ; seul 15 % garantissent les deux. Ce constat est d’autant plus crucial que les professionnels de santé restent légalement et éthiquement responsables, même lorsque les décisions cliniques s’appuient sur des technologies dont ils n’ont pas toujours une compréhension approfondie. L’OMS/Europe appelle donc à investir dans l’alphabétisation numérique, l’éthique, la gouvernance des données et une intégration réfléchie de l’IA dans la pratique clinique.
Un autre enjeu concerne la relation avec les citoyens et les patients. Bien que 81 % des États membres impliquent des parties prenantes dans la gouvernance de l’IA en santé, ce processus se concentre principalement sur les gouvernements, les prestataires de soins de santé et le secteur académique, négligeant souvent les associations de patients et l’opinion publique. Ce manque de consultation pourrait engendrer des résistances et accroître des inégalités existantes.
Stratégiquement, l’Europe adopte principalement des approches transversales. 85 % des pays de l’UE ont déjà une stratégie nationale relative à l’IA, mais seulement 11 % disposent d’une stratégie spécifique pour la santé, tandis que 15 % sont en cours de développement. L’OMS/Europe souligne qu’une coordination générale peut favoriser la cohérence, mais qu’elle risque d’être trop vaste pour répondre aux besoins spécifiques des systèmes de santé. À l’inverse, des stratégies verticales peuvent accélérer l’implémentation et les investissements ciblés, mais doivent être coordonnées pour éviter toute fragmentation.
Quelle est la situation de l’Italie dans ce contexte ? Le rapport classe notre pays parmi les États les plus actifs, mais encore en phase de structuration. L’Italie fait partie des quatre pays de l’UE élaborant une stratégie nationale spécifique pour le secteur de la santé, aux côtés de Chypre, de la République tchèque et de l’Espagne. Elle figure également parmi les dix pays qui ont déjà affecté des fonds à des projets d’IA en santé après avoir défini des priorités nationales.
Sur le plan réglementaire, l’Italie se distingue en ayant publié des lignes directrices éthiques pour l’IA en santé, aux côtés de la France, et en étant l’un des six pays ayant élaboré des recommandations pratiques sur l’« éthique par conception » pour les systèmes d’IA en santé. Le pays développe également des standards juridiques pour les dommages liés à l’IA. De plus, l’Italie dispose déjà d’un “health data hub” national, une plateforme permettant d’agréger et de réutiliser des données de santé, élément clé pour valider des applications d’IA fiables.
Il est notable que l’Italie utilise toutes les sept grandes catégories d’application de l’IA recensées, mais avec des niveaux de maturité variables. Le rapport indique néanmoins un usage encore informel des technologies, ce qui souligne un manque de modèles structurés et durables. Par ailleurs, au niveau de la consultation des parties prenantes, l’Italie a impliqué des acteurs gouvernementaux et académiques, mais moins d’autres groupes essentiels comme les prestataires de santé et les patients, ce qui pourrait fragiliser la confiance du public.
Quant aux compétences, il reste des efforts à fournir. L’Italie n’apparaît pas parmi les pays offrant une formation adéquate sur l’IA aux professionnels de santé, ce qui soulève une question cruciale : introduire des outils innovants ne suffit pas ; il est nécessaire de former les médecins, infirmiers et autres professionnels à les utiliser de manière éclairée.
En somme, le rapport de l’OMS/Europe délivre un message nuancé. D’une part, l’UE s’affirme comme un leader dans l’alliance entre innovation, réglementation et droits en matière d’intelligence artificielle appliquée à la santé. D’autre part, le véritable défi réside dans la capacité à transformer ces initiatives en pratiques cliniques sûres et équitables. Pour réussir, l’OMS/Europe identifie trois priorités : renforcer la préparation de la main-d’œuvre, établir une gouvernance inclusive et créer des centres d’excellence pour tester et partager les bonnes pratiques.
Points à retenir
- La majorité des pays de l’UE reconnaissent l’importance de l’IA pour améliorer les soins et l’efficacité des systèmes de santé.
- Un usage croissant des outils de diagnostic assistés par IA et des chatbots pour le soutien aux patients est observé.
- Une attention particulière doit être portée à la formation des professionnels de santé à l’IA.
- Le manque de consultation des patients et du public pourrait nuire à l’acceptation des nouvelles technologies.
- Le développement de stratégies spécifiques pour la santé est encore insuffisant au sein de l’UE.
En tant qu’observateur passionné de l’évolution de la santé numérique, je suis convaincu que ces innovations peuvent transformer radicalement le paysage médical. Néanmoins, il est primordial d’impliquer toutes les parties prenantes pour bâtir un système de confiance. L’avenir de notre santé sera sans aucun doute façonné par notre capacité à naviguer dans cette transition avec prudence et inclusivité.
