jeu. Juil 9th, 2026

Avec ses propres pieds et sa propre tête

Un dirigeant culturel, ami de longue date et informaticien de profession, m’a récemment écrit : « Ce qui m’intrigue, c’est l’approche d’une personne envers l’intelligence artificielle qui a toujours fait de ses idées et de son autonomie intellectuelle une raison de vivre. » L’échange a eu lieu à l’Université de l’Insubrie, près de Varese, où j’avais ouvert mon cours d’Histoire de la montagne à des membres de la section.

Des retraités, généralement plus familiers avec les environnements alpins que les étudiants, participaient au cours, ce qui a enrichi les échanges entre les générations. Un jeune homme distingué, à l’apparence que j’associais aux agents infiltrés de mes années universitaires, s’est révélé être l’un des auditeurs les plus intéressés et cultivés. C’est lui qui a initié cet échange.

Pour un auteur, il n’est pas toujours facile de répondre favorablement à une sollicitation, mais j’ai hésité entre plaisir et incertitudes. J’ai décidé d’accepter cette demande, bien que mes réflexions sur l’alpinisme soient intimement liées à mes propres expériences personnelles.

“Tout change” – mais pas tout

Je comprends les réticences de mon ami à l’égard de la bureaucratie numérique. Quel rapport y a-t-il entre cette intelligence artificielle et ce que je ressens profondément dans ma manière d’être, qui s’ancre dans l’alpinisme ? Pourtant, je réalise que mon autonomie intellectuelle doit évoluer et s’adapter à l’époque actuelle, tout en demeurant fidèle à mes convictions. C’est désagréable d’admettre que certaines idées que je jugeais incompatibles avec les miennes ont également leurs mérites.

Mon alpinisme représente non seulement l’autonomie et la liberté de choix, mais aussi la responsabilité des décisions prises, bonnes ou mauvaises. Cette notion de liberté, qui s’enrichit d’expériences et d’idées, croise désormais l’IA, même dans les moments où j’étais perdu dans mes pensées.

“La liberté se loue”

Été 2025, je vois une promotion touristique pour les Dolomites dans un quotidien du Trentino-Alto Adige. Les journaux s’en sortent avec de la publicité, mais je souhaiterais des limites de sens et de décence. La slogan “La liberté se loue” me scandalise. Pour moi, la liberté va bien au-delà d’une simple transaction commerciale ou d’un véhicule bruyant. En 1959, posséder un moteur permettait de conquérir des libertés concrètes, mais cette liberté devait être méritée, elle ne se louait pas.

Cette façon de penser me semble déformer l’essence même de la liberté et de l’alpinisme. Les mots portent un sens et aujourd’hui, même l’alpinisme est affecté par l’intrusion de l’IA. Refuser d’assumer cette responsabilité individuelle, se dédouaner des conséquences de ses actes, est une dérive dangereuse.

Responsabilité individuelle

Perdre cette responsabilité humanise nos actes, mais cela pose le problème de l’éthique. L’IA semble priver l’individu de son autonomie. Nous avons peut-être ignoré trop longtemps la nécessité de défendre nos libertés responsablement, et l’IA réduit notre responsabilité directe.

Le véritable alpinisme, qui se nourrit de choix libres et passionnés, pourrait revendiquer un ensemble de valeurs en dehors des logiques mercantiles. Je propose que nous redéfinissions cette notion d’alpinisme comme “un engagement et une beauté stupéfiants, réalisés sans IA ni supervision”. Au fond, il est essentiel de conserver l’authenticité de notre pratique et de nos récits, indépendamment des outils contemporains de communication.

Réponse inattendue

L’IA n’est pas capable de fournir des réponses précises à nos questionnements existentiels, et ce n’est pas ce que l’alpinisme attend d’elle. Au contraire, l’alpinisme nous offre une libération face aux réflexions qu’apporte l’IA, fort de son héritage culturel et de sa vocation à la liberté.

Je ne consulte pas l’IA pour mes doutes ou mes réflexions, je lis et j’apporte la voix de l’expérience humaine, car c’est cela qui compte réellement. La liberté d’explorer, d’apprendre et de transmettre nos récits est primordiale. Même dans un monde où l’IA cherche à s’immiscer, notre autonomie reste une force.

Points à retenir

  • L’alpinisme offre une forme d’autonomie politique et culturelle.
  • Le débat sur l’IA soulève des questions éthiques sur la responsabilité individuelle.
  • Chaque génération a un rôle à jouer dans l’échange de connaissances.
  • La liberté ne peut être achetée, elle doit être conquise.
  • Une redéfinition de l’alpinisme comme un engagement sans artifice technologique est nécessaire.

En tant qu’alpiniste, je pense que ce débat autour de l’IA est révélateur de notre époque. Sommes-nous vraiment prêts à sacrifier notre liberté pour quelques avancées technologiques ? L’alpinisme nous enseigne que chaque pas, chaque décision doit être mûrement réfléchi. Laissons-nous emporter par les défis de notre temps tout en restant ancrés dans nos valeurs fondamentales. Le chemin de la montagne n’est pas seulement une ascension, mais aussi une quête de sens dans notre rapport au monde.


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