mer. Juin 24th, 2026

Meta mise des milliards sur la robotique humanoïde

Meta a récemment révélé à l’occasion d’un entretien que la construction de robots humanoïdes représente son prochain « gros pari au niveau de la réalité augmentée ». Un projet d’envergure qui pourrait se chiffrer en milliards de dollars.

Andrew Bosworth, directeur technique de Meta, a confié qu’un groupe dédié à la recherche en robotique avait été lancé en début d’année sur ordre de Mark Zuckerberg. Bien que cette équipe existe depuis un moment, peu d’informations sur sa stratégie avaient été dévoilées jusqu’à présent.

« Le matériel, ce n’est pas ce qui pose le plus de problème, » assure Bosworth. « Ce n’est certes pas une tâche aisée, mais ce n’est pas le goulet d’étranglement. C’est le logiciel qui l’est. »

Pour illustrer son propos, il a pris un verre d’eau posé sur la table entre nous : « Un des plus grands défis en robotique est la manipulation fine. Nos robots peuvent se tenir debout, courir, faire des acrobaties parce que le sol est fiable. En revanche, attraper ce verre sans le casser ni renverser l’eau, c’est une autre paire de manches. »

Meta travaille sur son propre humanoïde, surnommé en interne « Metabot », mais Bosworth envisage de licencier la plateforme logicielle à d’autres fabricants. « Notre rôle ne sera pas forcément de construire le matériel. On s’en inspire un peu comme Google licence Android aux fabricants de téléphones. L’idée est que toute entreprise puisse utiliser notre logiciel si son robot répond aux spécifications. »

Le laboratoire d’Intelligence Artificielle « Superintelligence » de Meta collabore étroitement avec la division robotique pour élaborer un « modèle monde », capable de simuler le logiciel nécessaire à l’animation d’une main agile.

« Le robot n’a pas encore de boucles sensorielles suffisantes pour pouvoir, par exemple, extraire délicatement un trousseau de clés d’une poche de jean comme un humain le ferait. Il faut donc créer ces bases de données. »

Meta n’aurait pas engagé cette démarche sans être convaincu que ses modèles d’IA pourront relever ce défi, confie Bosworth, évoquant l’expertise d’Alexandr Wang, à la tête du nouveau laboratoire.

Interrogé sur l’approche d’Elon Musk avec son robot Optimus, Bosworth estime que la méthode ne peut pas être la même que celle utilisée pour la conduite autonome chez Tesla. « Ils refusent d’utiliser des LiDAR, misant uniquement sur la vision et la quantité massive de données recueillies. Pour les voitures, ça marche, mais pour les robots, la collecte de données reste un mystère. »

À la tête de la division robotique se trouve Marc Whitten, ancien CEO de Cruise, start-up spécialisée dans la conduite autonome. Bosworth met en avant les talents recrutés cette année, comme Sangbae Kim, expert renommé de MIT, ou Jinsong Yu, ingénieur principal chez Meta qui a développé le logiciel des prototypes de lunettes AR Orion.

Malgré les ambitions affichées, la stratégie de Meta en robotique reste encore à définir pleinement. Bosworth évoque la compétition acharnée au niveau des fournisseurs de silicium, notamment Nvidia et Qualcomm, tout en étudiant toutes les options techniques. Il minimise aussi la nécessité d’une main aussi complexe que celle d’Optimus, préférant une solution plus pragmatique : « Je ne pense pas qu’il faille 23 degrés de liberté dans la main. Deux pouces, ce serait déjà pas mal. Au final, moi, j’ai seulement deux pouces. »

Points à retenir

  • Meta investit massivement dans la robotique humanoïde, considérée comme son nouveau grand pari après la réalité augmentée.
  • La principale difficulté technique se trouve au niveau du développement logiciel, notamment pour la manipulation fine des objets.
  • Meta envisage de commercialiser sa plateforme logicielle auprès d’autres fabricants, abandonnant l’idée d’être seul constructeur matériel.
  • Le nouveau laboratoire d’IA Superintelligence collabore avec l’équipe robotique pour créer un « modèle monde » capable de simuler avec précision des mouvements complexes.
  • Des talents de renom ont rejoint Meta récemment, renforçant son expertise en robotique avancée.
  • La formation des jeux de données sensoriels complexes reste un challenge crucial pour atteindre un contrôle moteur fin.
  • Meta adopte une vision pratique en visant un degré de dextérité suffisant sans complication excessive.

Ce projet reflète la conviction de Meta que les avancées en IA et robotique peuvent dépasser les obstacles techniques traditionnels. Il faut cependant rester prudent, car déployer une main habile dans un monde physique n’a rien d’un simple coup de baguette magique. Peut-être que dans quelques années, nos robots auront enfin autant de dextérité qu’un humain dans un café. D’ici là, on peut espérer que Meta ne finira pas par inventer un robot qui préfère attraper les verres… par la base, en les retournant irrémédiablement. Après tout, avoir deux pouces, c’est bien ; savoir comment s’en servir, ça reste un art. »


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