sam. Août 15th, 2026

Suite au cas australien, le président Macron a également suggéré d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs. Ursula von der Leyen a fait des déclarations qui laissent présager une telle mesure à l’échelle européenne. Cependant, le Conseil constitutionnel français a rejeté cette interdiction spécifique, arguant qu’elle porterait une atteinte inappropriée et disproportionnée à la liberté d’expression et de communication des jeunes, étant appliquée même à des services dont les risques ne sont pas clairement établis.

Il est également important de noter que Meta a été condamnée par un tribunal du Nouveau-Mexique à une amende de plus de 940 millions de dollars et à mettre en place d’importantes restrictions sur Facebook et Instagram en lien avec les dommages causés aux mineurs par l’utilisation des réseaux sociaux.

Dans le même ordre d’idées, la campagne de publicité d’Apple à Milan, qui montrait un enfant d’un an tenant un smartphone, a été retirée suite aux protestations des citoyens et à l’intervention de la garante pour l’enfance, Marina Terragni.

Que faire alors ? Interdire ? Sanctionner ? Éduquer ? Laisser les choses en l’état ?

De nombreuses études et publications démontrent les dangers liés à l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes, et rares sont ceux qui s’opposent à la nécessité d’une intervention éducative et normative immédiate.

Interdire ou éduquer aux réseaux sociaux ?

En Italie, le ministre Valditara s’est exprimé depuis longtemps contre l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs. En mars dernier, il a dédié 100 millions d’euros à la formation des enseignants, étudiants et familles à un usage approprié des plateformes sociales et de l’intelligence artificielle. Dans ce cadre, les “pacts numériques” se développent, établissant des accords communautaires entre familles pour gérer l’usage des écrans et promouvoir des activités extrascolaires hors ligne. Les ateliers de “Media Literacy” visent à enseigner une utilisation critique des outils numériques plutôt que de les subir.

Toutefois, si l’orientation est vers l’interdiction, même en Italie où cela semble recueillir un consensus politique bipartite, est-il pertinent de promouvoir l’éducation à des plateformes interdites ?

Du feu à la braise

Le cas australien montre que plus de 70 % des mineurs parviennent à contourner l’interdiction, se présentant comme des adultes et ne bénéficiant donc d’aucun filtre protecteur. De plus, les tribunaux, les autorités et les gouvernements exercent des pressions sur les plateformes, y compris Meta, TikTok et YouTube, pour qu’elles veillent à l’application de cette interdiction. Mais d’autres risques existent, même si une interdiction était effectivement appliquée avec succès : des jeux vidéo, des sites pornographiques et des chatbots IA pourraient alors émerger en remplacement des réseaux sociaux. De la braise au feu.

Des réseaux sociaux alternatifs ?

Les réseaux sociaux sont-ils uniformes, ou existe-t-il des plateformes plus éthiques et éducatives ?

Lors d’un congrès à Bruxelles sur le thème “Au-delà des Big Tech, concevoir l’avenir numérique de l’Europe”, j’ai fait connaissance d’Anna Zeiter, PDG de W, un réseau social européen alternant à X, conforme aux normes et principes de l’UE. Son initiative mérite d’être soulignée, tout comme celle de la plateforme anglaise Ripple Social. Pourtant, s’agit-il de proposer des réseaux alternatifs pour les jeunes, ou plutôt des alternatives à ces réseaux ?

Les smartphones et les réseaux sociaux n’ont pas été conçus pour les enfants. Ils peuvent être considérés comme des jouets défectueux, diffusés auprès des mineurs pendant 20 ans sans jamais être retirés du marché. Personne ne laisserait un enfant de 8 ans conduire une voiture ; pourquoi donc lui laisser l’accès incontrôlé à des outils numériques destinés aux adultes ?

Reconstruire les relations dans la communauté éducative

En établissant un lien direct entre les individus et les plateformes digitales, les réseaux sociaux ont désintermédié la communauté éducative traditionnelle — écoles, familles, associations, églises, éditeurs — remplaçant des relations réelles par des centaines de contacts virtuels, gérés par des algorithmes conçus pour créer une dépendance. Avec jusqu’à 5 heures d’utilisation par jour, cela réduit considérablement les interactions réelles entre pairs, l’apprentissage et la concentration, ainsi que la participation à des activités sociales et sportives. L’interdiction des smartphones dans les écoles, déjà adoptée dans plusieurs pays, découle des distractions constantes dues aux notifications des réseaux sociaux et aux systèmes de messagerie instantanée, avec des effets néfastes déjà largement mesurés sur l’apprentissage.

Le laboratoire des alternatives aux réseaux sociaux

Les acteurs de la communauté éducative doivent retrouver un rôle dans les relations réelles des jeunes de moins de 15 ans, en proposant des activités alternatives traditionnelles mais aussi des initiatives innovantes telles que les pacts numériques et les ateliers de Media Literacy.

Cependant, il est essentiel de ne pas ignorer le territoire numérique, qui fait partie intégrante de l’expérience des générations à partir de la Z. Les alternatives aux réseaux sociaux doivent être physiques — sur ce point, les pédagogue et psychologues s’accordent — tout en cherchant à développer de nouvelles applications appropriées dans la sphère digitale.

Il s’agit de concevoir des solutions qui offrent des expériences numériques en petites quantités mais de haute qualité, par exemple grâce à un choix sélectif de contenus en ligne. Un autre objectif devrait être de promouvoir des activités phygitales, alliant le physique et le numérique. Par exemple, des applications en ligne pourraient aider à trouver des groupes sportifs ou des propositions associatives dans la région. Enfin, l’edutainment — à travers des outils comme Prodigy Math Game ou Kahoot! — pourrait également jouer un rôle clé. Le ludique est un facteur important dans l’engagement des jeunes envers les outils numériques, tout comme l’exemple de Pokémon Go, un jeu de réalité augmentée qui incitait à l’interaction et à l’exploration du monde réel.

Enfin, des applications pour l’édition créative, comme Picsart, pourraient également être bénéfiques. Dans un cadre contrôlé, l’IA générative peut devenir un outil précieux pour stimuler la créativité. Quoi qu’il advienne en matière d’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs, le débat médiatique, juridique et pédagogique devrait s’organiser pour favoriser la conception de nouvelles applications alternatives.

Points à retenir

  • Le débat sur l’interdiction de l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs se renforce en Europe.
  • Des études soulignent les dangers liés à l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes.
  • Des initiatives éducatives, comme les pacts numériques, émergent pour encadrer l’utilisation des écrans.
  • Les réseaux sociaux présentent des risques de contournement par les mineurs, même en cas d’interdiction.
  • Il existe une nécessité de développer des alternatives digitales et physiques pour les jeunes.

En conclusion, la question de l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs est complexe et nécessite une réflexion approfondie. Nous devons envisager des solutions qui équilibrent une protection adéquate et une éducation constructive. Les enjeux sont trop importants pour être laissés de côté ; je me demande si nous avons les moyens d’agir efficacement pour guider la génération actuelle vers des environnements numériques plus sains.


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