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De plus en plus de pays envisagent d’interdire ou de restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 16 ans. Toutefois, ces mesures pourraient provoquer des effets indésirables, selon le sociologue Olivier Steiner.
En Suisse, avant de considérer une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les jeunes, il est essentiel d’évaluer les impacts à long terme, souligne Steiner, professeur à la Haute école professionnelle du nord-ouest de la Suisse (FHNW), dans une interview accordée à Keystone-ATS.
Au niveau international, les données scientifiques restent insuffisantes, comme le révèle la situation en Australie, qui a récemment adopté une loi similaire.
« Pour l’instant, une telle décision semble prématurée pour la Confédération », affirme le sociologue. « De plus, les premiers signaux indiquent que de nombreux jeunes contournent facilement une telle interdiction. »
Les risques impliqués
Un des principaux dangers réside dans le fait que cette interdiction pourrait accroître les risques. « La consommation de médias pourrait alors échapper encore plus au contrôle des adultes », déclare le professeur.
Autrement dit, interdire l’accès pourrait rendre les réseaux sociaux encore plus attrayants pour les jeunes.
« En effet, les premiers retours d’expérience en Australie sont préoccupants. Selon une étude de l’UNICEF, environ un quart des adolescents concernés contournent activement les restrictions », explique Steiner.
« Lorsqu’un accès est interdit, cela se fait souvent en cachette, compromettant ainsi un élément crucial de la protection des mineurs : le soutien de leurs parents et enseignants. »
Un besoin d’éducation des parents
Alors, que pense l’expert des compétences numériques des adultes dans ce contexte ?
« Ce domaine nécessite encore des efforts considérables », assure le sociologue. « De nombreux parents ne sont pas conscients des risques ou, à l’inverse, sont eux-mêmes des utilisateurs excessifs de ces dispositifs. Les écoles abordent ce sujet d’une manière encore trop sporadique », regrette Steiner. Selon lui, un dialogue avec les jeunes et un échange sur leurs expériences en ligne sont essentiels.
« Plutôt qu’une interdiction, il faudrait adopter des mesures visant à renforcer les compétences numériques des jeunes et des parents. Des restrictions plus efficaces sur les plateformes elles-mêmes sont aussi nécessaires », conclut-il.
Identifiez les risques majeurs
En matière de protection des mineurs, les plateformes régies par des algorithmes et des systèmes de récompenses, telles que TikTok, Instagram, Snapchat, Facebook, X, Reddit et Pinterest, présentent de sérieux dangers, selon le professeur.
Sur ces réseaux, les risques tels que la consommation compulsive, l’exposition à des contenus extrêmes, le cyberharcèlement ou l’escroquerie en ligne se manifestent souvent chez des jeunes qui rencontrent déjà des difficultés dans leur vie personnelle ou scolaire.
« Cela crée une spirale négative : des problèmes personnels engendrent une consommation médiatique risquée, renforçant l’isolement social », résume Steiner.
Les aspects positifs des réseaux sociaux
Cependant, il existe aussi des aspects positifs : « Nous oublions souvent que beaucoup de jeunes vivent également des expériences positives sur les réseaux sociaux. En particulier, les adolescents marginalisés y trouvent du réconfort et du soutien, et peuvent échanger avec des personnes partageant les mêmes intérêts et difficultés », ajoute-t-il.
« Dans une de nos études, certains jeunes ont déclaré que leur smartphone était à la fois leur meilleur ami et leur pire ennemi », ce qui prouve la complexité de la question.
« Il est primordial de dialoguer avec les jeunes et de leur permettre d’exprimer leurs expériences », conclut Steiner. « Non pas en imposant un interdit, mais en leur demandant ce qu’ils apprécient et ce qui les met mal à l’aise. »
Points à retenir
- Les interdictions d’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs pourraient avoir des effets indésirables.
- Le soutien des parents et des enseignants est essentiel dans l’éducation des jeunes face aux médias.
- Les compétences numériques des adultes doivent être renforcées pour mieux guider les jeunes.
- Les dangers des réseaux sociaux sont liés à des enjeux plus larges comme l’isolement social et les problèmes personnels.
- Il est important de reconnaître les aspects positifs des interactions en ligne, en particulier pour les jeunes marginalisés.
Je pense qu’il est temps d’initier un vrai dialogue sur la place des réseaux sociaux dans la vie des jeunes. Les solutions doivent aller au-delà des simples interdictions, et il est crucial d’encourager des échanges ouverts pour mieux comprendre et accompagner les jeunes dans cette réalité numérique.
