lun. Juin 15th, 2026

Des rumeurs circulent sur Internet affirmant que l’Union européenne développerait sa propre plateforme de médias sociaux pour remplacer X. Selon ces affirmations, ce nouveau réseau, baptisé « W », serait financé par les contribuables et servirait d’outil de censure.

Ces allégations ont particulièrement pris de l’ampleur sur X, où il est prétendu que le projet serait soutenu par « Bruxelles », financé par les contribuables et viserait à renforcer le contrôle de l’UE sur les discours en ligne.

Un post, qui a reçu plus de 60 000 vues, indique que « 500 millions de nos fonds publics seraient investis dans un système de censure où tout serait vérifié, corrigé et supprimé ». Un autre post, qui a atteint plus de 570 000 vues, prétend que l’Union européenne s’apprêterait à lancer « W ».

Cependant, un porte-parole de la Commission européenne a précisé à The Cube, l’équipe de vérification des faits d’Euronews, que l’UE ne lançait ni ne finançait de plateforme de médias sociaux. Actuellement, il n’existe aucun projet soutenu par l’UE portant le nom de « W ».

Qu’est-ce donc que « W » – et comment est-il financé ?

D’après la directrice générale Anna Zeiter, « W » est une start-up de médias sociaux privée basée en Suède, financée par des investisseurs privés, principalement originaires des pays nordiques.

Contrairement aux affirmations circulant sur la toile, l’entreprise ne reçoit aucune aide publique. De plus, elle n’est pas soutenue par la Commission européenne. La semaine dernière, « W » a présenté son projet lors du Forum économique mondial à Davos.

Parmi les principaux actionnaires se trouve l’entreprise suédoise We Don’t Have Time, qui détient 25 % de « W ». Ce dernier a indiqué à The Cube avoir été mandaté l’an passé par la Commission européenne pour des travaux de communication autour de la COP30, dans le cadre du Global Mayor’s Convention et de la direction générale de l’énergie.

Cependant, ces financements ne sont pas liés à « W ». Zeiter souligne que « W » est entièrement financé de manière indépendante et fonctionne comme une entreprise autonome enregistrée en Suède.

Une surveillance européenne ?

Anna Zeiter affirme que l’entreprise se sent « européenne », en raison de son siège social, de son hébergement et de ses restrictions d’investissement. « W » prévoit de stocker ses données sur des serveurs européens appartenant à des sociétés européennes, limitant ainsi les investisseurs à l’Europe.

La start-up cite des fournisseurs comme Proton (Suisse) et UpCloud (Finlande), ce qui la différencie des plateformes comme X ou Meta, qui ont une infrastructure mondiale. Par exemple, X indique avoir des bureaux aux États-Unis et en Irlande, transférant potentiellement les données des utilisateurs vers ces pays.

Une autre affirmation circulant suggère que l’UE surveille ou censurerait directement le contenu sur « W », ce qui est trompeur. Les plateformes opérant dans l’UE doivent respecter le Digital Services Act (DSA), qui impose des obligations pour réduire les risques systémiques et retirer les contenus illégaux.

Cette législation exige des plateformes qu’elles s’attaquent aux contenus illégaux et rendent leurs pratiques de modération transparentes. Cependant, elle ne confère pas à la Commission européenne le pouvoir de contrôler ou de modérer directement les publications.

De plus, ces règles s’appliquent à toutes les grandes plateformes en Europe, y compris X et Meta. Ainsi, « W » n’est soumis à aucune surveillance particulière que celle appliquée à d’autres réseaux sociaux.

Selon Zeiter, un des objectifs principaux de « W » est de favoriser plus d’interactions humaines et moins de bots, afin de contrer les campagnes de désinformation qui se sont propagées sur d’autres plateformes.

Un des moyens envisagés pour y parvenir est la vérification d’identité. Zeiter, qui a précédemment travaillé chez eBay sur la confidentialité et l’intelligence artificielle, a déclaré à The Cube que « W » souhaite faire appel à des tiers pour cette vérification, sans stocker les données des utilisateurs directement sur sa plateforme.

La volonté de l’UE en matière de souveraineté technologique

Bien que « W » ne soit pas une initiative de l’UE, celle-ci pousse de plus en plus vers une « souveraineté technologique » pour réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers concernant les technologies essentielles.

En janvier, le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante appelant à un développement accru de l’infrastructure européenne pour l’informatique en nuage, la production de semi-conducteurs et l’intelligence artificielle.

Par ailleurs, un groupe de 54 députés a exhorté la Commission à examiner le soutien aux alternatives européennes aux plateformes américaines, visant plus d’appuis pour l’innovation dans le domaine des médias sociaux, et non la création d’un réseau par l’UE elle-même.

Cependant, cette demande n’a aucune force légale et n’a pas conduit la Commission à développer un projet similaire.

Points à retenir

  • Le projet « W » est une start-up privée, non financée par l’UE.
  • Elle vise à stocker les données sur des serveurs européens.
  • Les rumeurs de censure ou de surveillance par l’UE sont infondées.
  • Les exigences du Digital Services Act s’appliquent à toutes les plateformes, y compris « W ».
  • « W » se concentre sur la lutte contre les bots et les contenus faux.

Il est fascinant de voir comment l’idée de souveraineté numérique prend forme au sein de l’UE, même avec des initiatives privées telles que « W ». Cela nous pousse à envisager l’avenir des médias sociaux et le rôle qu’une approche européenne pourrait avoir dans un paysage numérique de plus en plus complexe. L’innovation, l’indépendance et la transparence devraient être au cœur de cette évolution, n’est-ce pas ?


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