Les réseaux sociaux offrent une portée disproportionnée aux climatosceptiques
Après 20 ans d’existence des réseaux sociaux, le constat est décevant : les contenus climatiques atteignent principalement ceux qui y croient déjà. Parallèlement, les opinions divergent de plus en plus sur différentes plateformes.

Un cameraman filme la démo nationale pour le climat sur la Place Fédérale à Berne, avec des dizaines de milliers de participants, le 30 septembre 2023. Photo : Marcel Bieri (Keystone)
Les attentes selon lesquelles les réseaux sociaux transformeraient en profondeur le débat sur le changement climatique et feraient entendre des voix au sein de la population n’ont été que partiellement satisfaites. C’est ce que révèle une étude menée par Mike S. Schäfer (Université de Zurich) et Julia Metag (Université de Münster), publiée dans le journal scientifique Nature Climate Change.
Malgré la possibilité d’un plus grand nombre de participants aux discussions en ligne, les voix établies des politiques, des autorités et des médias traditionnels conservent la plus grande portée. Parmi les participants non traditionnels — comprenant des groupes civiques, des mouvements de base (comme «Fridays for Future»), des citoyens isolés et des influenceurs indépendants — les opinions sceptiques remportent une attention disproportionnée.
Parallèlement, la structure des débats évolue. Alors que les bulles d’opinion étaient auparavant principalement observées à l’intérieur de réseaux individuels, une séparation entre différentes plateformes émerge.
Algorithmes et réseaux affaiblissent le journalisme climatique
Le journalisme climatique classique est sous pression en raison de cette évolution. D’un côté, les revenus publicitaires se dirigent vers de grandes entreprises du numérique, de l’autre, les algorithmes pénalisent souvent les publications contenant des liens externes. Cela affaiblit, selon l’étude, le rôle de médiation des médias. De plus, les contenus liés au climat sont surtout atteints par des personnes déjà très intéressées par la thématique. Les moins intéressés sont moins souvent exposés aux informations climatiques en comparaison avec les médias traditionnels.
Dans l’ensemble, les sujets climatiques ne représentent qu’une infime partie des publications sur les réseaux et se classent bien derrière les contenus de divertissement et de mode de vie. Il n’est pas possible de prouver un effet uniforme sur le niveau de connaissance de la population, mais selon l’étude, les utilisateurs ont tendance à surestimer leur connaissance des enjeux climatiques.
Points à retenir
- Les contenus sur le climat atteignent principalement un public déjà conscient.
- Les voix des climatosceptiques sont particulièrement amplifiées sur les réseaux sociaux.
- Une séparation des opinions s’opère entre les différentes plateformes sociales.
- Le journalisme climatique lutte face à une concentration des revenus dans le numérique.
- Les utilisateurs surestiment souvent leur connaissance en matière de climat.
Ces observations donnent matière à réflexion sur l’évolution du discours public autour du climat à l’ère numérique. Quelles solutions envisageons-nous pour redynamiser un débat essentiel, tout en assurant un accès à l’information pour tous ? La question mérite d’être posée avec la passion qui nous anime tous pour l’avenir de notre planète.
