
AUDIO : Comment les algorithmes des géants de la technologie influencent notre consommation de l’actualité (4 min)
Date de parution : 07.11.2025 à 06h00
Les algorithmes sur les plateformes en ligne déterminent ce que nous voyons, influençant ainsi notre perception des nouvelles et les thèmes qui en ressortent, ce qui pose problème tant pour les médias que pour la société.
Un nombre croissant de personnes se renseigne à travers des réseaux sociaux tels qu’Instagram, YouTube, TikTok ou Facebook. Pourtant, ce qui leur est affiché n’est plus soumis à une censure humaine : un algorithme en décide. Ces systèmes de recommandation automatisés analysent les comportements des utilisateurs, influençant directement les contenus qui apparaissent sur les écrans. Ce phénomène, bien qu’il semble pratique, a des conséquences profondes sur la consommation des nouvelles et le débat public.

Matthias Spielkamp et son équipe d’AlgorithmWatch, analysent les algorithmes des réseaux sociaux.
Les algorithmes sélectionnent les contenus de manière individualisée. Ils évaluent ce que les utilisateurs aiment, combien de temps ils passent sur certains contenus et avec qui ils sont connectés. Cela crée un flux d’informations personnalisé, très axé sur le divertissement et la popularité. Les algorithmes des grands réseaux sociaux pèsent différemment certains critères.
Instagram et l’influence du cercle personnel
« Sur Instagram, on se base davantage sur l’environnement personnel, sur des questions telles que : quel est votre cercle d’amis ? Avec qui êtes-vous connecté ? Qui suivez-vous ? Quels contenus avez-vous déjà partagés ? Quels ont reçu vos likes ? », explique Matthias Spielkamp, directeur de l’ONG AlgorithmWatch.
TikTok et la popularité des contenus
En revanche, TikTok fonctionne différemment. « Ce réseau accorde peu d’importance au cercle social par rapport à Instagram. Il se concentre principalement sur le temps que les utilisateurs passent sur chaque contenu et cherche à proposer des contenus similaires », souligne Spielkamp. Quelle que soit la priorité mise en avant par un algorithme, l’objectif est clair : capter l’attention et garder les utilisateurs le plus longtemps possible sur la plateforme.
La valorisation basée sur les clics
Il est problématique que les algorithmes évaluent la pertinence uniquement sur la base de la popularité. Ce que beaucoup voient semble automatiquement important. Les sujets qui n’attirent pas de clics disparaissent de la vue, même s’ils sont d’une grande importance journalistique. Cela relègue des critères de nouvelles classiques comme l’actualité, la pertinence sociale et l’importance politique au second plan.
Spielkamp met en garde : « Cette logique conduit à la création d’un profil de popularité idéal pour chaque utilisateur. En conséquence, les utilisateurs n’ont qu’une vision très restreinte des événements ». Le résultat : la perte d’une base commune pour le débat dans une société.
Les grandes entreprises technologiques derrière ces plateformes opèrent avec des algorithmes largement opaques. L’activiste du web Markus Beckedahl appelle donc à une surveillance indépendante. « Nous avons besoin d’institutions de confiance, démocratiquement contrôlées et capables d’appréhender comment les données sont traitées en coulisse, comment les algorithmes sont configurés. Cela implique un droit d’accès aux données qui doit être rigoureusement appliqué », déclare-t-il.
Leopold : Les nouvelles doivent atteindre les citoyens
Les médias doivent également s’adapter à des conditions en mutation. Juliane Leopold, rédactrice en chef numérique de ARD-Aktuell, considère cela comme un défi constant. La Tagesschau surveille en permanence les évolutions sur des plateformes comme YouTube, TikTok et Facebook, testant de nouveaux formats pour y maintenir leur visibilité. L’objectif est de présenter des informations fiables même dans un environnement dominé par les algorithmes, par exemple, en proposant des formats d’actualités plus courts ou un nouvel accès aux contenus.
Les médias publics, en particulier, portent une responsabilité importante. Ils doivent toucher le plus grand nombre possible de personnes, peu importe leur source d’information. Leopold souligne : « Notre rôle est de déterminer où les nouvelles peuvent toucher les citoyens. Cela signifie que nous devons analyser où les gens cherchent des informations et ensuite essayer de nous insérer dans ces espaces ». Il est crucial aujourd’hui que les informations soient facilement accessibles pour le public.
Points à retenir
- La montée des algorithmes dans le domaine de l’information modifie notre perception des actualités.
- Les contenus deviennent de plus en plus personnalisés, influencés par nos interactions sociales.
- Les plateformes comme Instagram et TikTok adoptent des stratégies différentes dans leur fonctionnement.
- La popularité des contenus peut supplanter leur valeur informative, ce qui peut nuire au débat public.
- Une surveillance indépendante des algorithmes est de plus en plus demandée pour garantir la transparence.
- Les médias publics doivent trouver de nouvelles façons de se rendre visibles dans un paysage médiatique en transformation.
En considérant ces éléments, je me questionne sur l’avenir de notre consommation d’information. Serons-nous capables de retrouver un équilibre entre l’objectivité journalistique et l’impact des algorithmes sur notre vision du monde ? L’importance de comprendre ces mécanismes est cruciale, non seulement pour les consommateurs d’informations, mais également pour les médias qui doivent naviguer dans cette nouvelle réalité. Il est essentiel d’engager la discussion sur la responsabilité collective autour des médias et de leur influence sur notre société. Chaque voix compte, et il est temps que nous nous engagions à construire un espace d’information qui reflète la diversité de notre expérience collective.