mer. Juil 22nd, 2026

Les prix élevés de l’immobilier à Barcelone ont déjà entraîné plusieurs départs de résidents vers d’autres municipalités de la métropole, en quête de logements plus abordables. Ce phénomène, déjà observable avant l’éclatement de la bulle immobilière, s’accentue aujourd’hui avec des prix de location et d’achat atteignant des sommets. Cependant, au-delà des coûts, un nouveau facteur pourrait intensifier l’exode barcelonais dans les années à venir : le changement climatique. Ce changement pourrait attirer des résidents vers des zones périphériques, plus proches de la nature et offrant un meilleur confort thermique.

Le concept de “réfugié climatique” devient de plus en plus tangible. Bien qu’il soit généralement associé à des pays éloignés, ses effets commencent également à se faire sentir à l’échelle locale. Les vagues de chaleur, qui frappent de plus en plus fréquemment la Catalogne, en particulier dans les zones urbaines, pourraient bien en être le catalyseur.

Dans ce contexte, l’Institut de Science et Technologie Environnementale de l’Université Autonome de Barcelone (ICTA-UAB) a élaboré le premier indice permettant d’évaluer, quartier par quartier, la “vulnérabilité à la gentrification climatique” des 36 municipalités de la région métropolitaine de Barcelone. Cet indice ne détermine pas quelles zones sont susceptibles de subir une gentrification, mais met en lumière les risques et les zones les plus vulnérables. Parmi elles, des localités comme Badia del Vallès, Valldoreix, Sant Cugat del Vallès, Sant Adrià de Besòs, Castelldefels, ainsi que certaines zones de Sant Boi de Llobregat et de Torrelles de Llobregat.

La gentrification, processus par lequel les habitants d’une région sont remplacés par des résidents plus aisés, pourrait ici être directement liée aux effets du changement climatique, notamment aux hausses de température qu’il entraîne.

“La gentrification climatique représente le phénomène par lequel des investissements dans de nouveaux espaces verts, l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, peuvent induire des processus de spéculation et d’inégalité, augmentant ainsi le prix de l’immobilier dans certaines zones et déplaçant les populations vulnérables“, explique Amalia Calderón-Argelich, chercheuse à l’ICTA-UAB et à l’Université Ouverte de Catalogne (UOC). Pour elle, il s’agit d’une question de “justice environnementale”, car elle considère essentiel que chacun puisse vivre confortablement dans un contexte de changement climatique.

Ce phénomène a déjà été observé ces dernières années dans la rue Consell de Cent à Barcelone, où la transformation en un axe vert a provoqué une flambée des loyers et des prix commerciaux. Les chercheuses soulignent donc l’importance d’adopter des politiques de verdissement urbain et d’efficacité énergétique, tout en mettant en garde contre les risques que cela pourrait engendrer sans une planification adéquate en matière de logement. “Il est crucial de penser que, alors que le changement climatique nous impose des vagues de chaleur plus longues et intenses, les priorités des résidents peuvent évoluer. Des zones jusqu’alors non considérées comme gentrifiables pourraient devenir très attrayantes sur le plan environnemental et de confort thermique”, continue Calderón-Argelich.

Les périls à L’Hospitalet, Ciutat Vella et le Besòs

Au-delà des zones boisées de la périphérie et des villes plus adaptables aux politiques de verdissement, l’indice révèle également que des zones densément peuplées, peu arborées et comprenant de vieilles habitations — et donc moins efficaces sur le plan énergétique — pourraient également être touchées par la gentrification climatique.

C’est notamment le cas des quartiers du nord de L’Hospitalet de Llobregat, de certaines sections de Ciutat Vella et du Besòs, dans des municipalités comme Sant Adrià de Besòs ou Badalona. Amalia Calderón-Argelich précise que bien qu’elles ne soient pas particulièrement attrayantes pour un meilleur confort thermique, ces zones affichent une vulnérabilité sociale et économique élevée, rendant leurs habitants “facilement déplaçables”, en raison pour une grande partie d’une population locataire. Dès lors, des investissements conséquents pour lutter contre les effets du climat et améliorer les espaces verts pourraient ne pas être viables si cela entraîne une hausse des prix et que les résidents ont déjà des ressources limitées.

À propos de l’étude

L’équipe du projet ClimateJusticeReady de l’ICTA-UAB, dirigée par Isabelle Anguelovski et Amalia Calderón-Argelich, avec l’analyse de Lisa Hannuschke, a été en charge de la publication d’un indice de vulnérabilité à la gentrification climatique dans la région métropolitaine de Barcelone, accessible gratuitement. Ce travail a été réalisé en collaboration avec le Syndicat des Locataires et le service technique de gestion de projets de l’Institut de Changements Climatiques et de Qualité de l’Air de l’Area Métropolitaine de Barcelone (AMB).

Les chercheurs soulignent que la gentrification climatique est un phénomène déjà observé dans des villes comme Boston ou Miami, en lien avec des inondations fréquentes et l’élévation du niveau de la mer. Ce projet est l’un des premiers à l’analyser systématiquement dans le contexte méditerranéen européen. “Il s’agit de la première fois qu’un tel niveau de détail et d’une telle combinaison de variables — exposition à la chaleur, accès aux espaces verts, vulnérabilité sociale, année de construction des bâtiments ou équipements publics — sont disponibles en un seul endroit de manière visuelle et immédiate”, ajoutent-ils.

Points à retenir

  • Les départs de Barcelone vers d’autres municipalités s’intensifient en raison des coûts élevés de l’immobilier.
  • Le changement climatique pourrait devenir un facteur majeur dans le déplacement des populations.
  • L’ICTA-UAB a créé un indice pour mesurer la vulnérabilité à la gentrification climatique.
  • Les politiques de verdissement doivent être accompagnées d’une planification du logement.
  • Des zones traditionnellement non gentrifiables pourraient voir leur attractivité augmentée par les effets climatiques.

À la lumière des enjeux soulevés par cette étude, il est fascinant de réfléchir à la manière dont notre environnement et nos choix urbains impactent notre qualité de vie. La question de la gentrification, exacerbée par le changement climatique, devrait nous inciter à envisager des solutionsqui assurent un équilibre entre améliorations environnementales et protection des populations vulnérables. Ce débat, je le crois, mérite d’être au centre de nos préoccupations actuelles, car il touche à la justice sociale et environnementale, deux dimensions essentielles de notre futur collectif.


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