Au forum social de Gênes, qui rassemblait associations, ONG, partis politiques, syndicats, centres sociaux et collectifs mobilisés contre le G8 de juillet 2001, presque 1 200 entités ont participé : 86 organisations locales, 929 nationales et 172 internationales.
Cette diversité reflète un mouvement allant de Reggio de Calabre à Udine, où coexistaient des pratiques variées, allant d’Arcigay aux différentes sections des Acli, en passant par les Caritas diocésaines, l’association Liste lesbique italienne, le Comité Kurdistan et le WWF.
Pour analyser comment la structure et l’identité de ce monde social ont évolué au cours des vingt-cinq dernières années, en se concentrant sur la critique du néolibéralisme, nous avons sélectionné 157 entités parmi les 929 signataires nationaux et avons contacté les 145 entités disposant d’un site Internet ou d’un mail.
Les trajectoires observées sont variées. Certaines organisations, comme le Groupe Abele, fondé à Turin en 1965 par don Luigi Ciotti, ont vu leur structure se renforcer, passant de 130 à 305 bénévoles et de 111 à 130 employés. D’autres, comme Banca Etica, également créée avant le G8, ont élargi leur effectif de 38 à 470 travailleurs et comptent maintenant 50 715 membres.
En revanche, l’organisation humanitaire Un Ponte, ayant élargi ses activités, a vu le nombre d’employés passer de 30 à 223, bien que les bénévoles soient passés d’environ 90 à 50. De même, le Cefa, ONG active dans onze pays, a doublé ses membres et employés, tout en maintenant le nombre de bénévoles constant.
À côté de cela, des réalités comme l’Arci affichent une stabilité, avec un léger déclin du nombre de ses sections de 5 389 à 4 043. La Fondation Roberto Franceschi Ets ainsi que l’association Italia nostra ont vu des changements d’organisations internes sans modifications significatives de leur nombre de membres. En revanche, certaines initiatives liées aux mobilisations « no global » comme Attac Italia ont fortement diminué.
Le secteur associatif, quant à lui, a connu une réelle expansion. Selon l’Istat, il comptait environ 370 000 institutions non lucratives en 2023, contre un peu plus de 200 000 en 2001. Aujourd’hui, 47 % de ces structures sont des associations de promotion sociale.
Cependant, cette croissance numérique n’a pas conduit à une plus grande capacité d’influence, comme l’indique Giulio Marcon, qui note un certain apolitisme au sein des organisations, désormais plus focalisées sur des opérations de services aux dépens d’un activisme plus marqué.
La fragmentation observée après les événements de Gênes, renforcée par une répression qui a opposé le mouvement, a également modifié les dynamiques internes, amenant à une quête d’identité au sein des organisations. Les jeunes, confrontés à des crises multiples, éprouvent des difficultés à croire en un futur meilleur.
Pour des mouvements comme Extinction Rebellion, la transition de la prise de conscience à l’action s’avère complexe. Les membres témoignent d’une volonté d’inscrire leur engagement dans un cadre civil non-violent, conscient des défis climatiques à venir.
Cette nouvelle génération, bien qu’attirée par les initiatives sociales, rencontre une réelle difficulté à allier loisirs et engagement politique. Les structures locales, parfois plus engagées dans des activités récréatives, peinent à insuffler une dimension militante.
Le monde associatif, en pleine mutation depuis les réformes de 2016, requiert une redéfinition des priorités et des missions. Des acteurs tels que Leopoldo Grosso suggèrent un retour aux vocations premières des organisations afin de redynamiser leur engagement social.
En définitive, ce désir de transformation, né dans les années 2000, doit persister, même si les défis contemporains sont d’une tout autre envergure. La mémoire et les enseignements du mouvement anti-globalisation peuvent éclairer les voies d’une action plus ciblée et engageante.
Points à retenir
- Près de 1 200 entités ont participé au forum social de Gênes en 2001, témoignant de la diversité du mouvement.
- La majorité des organisations ont vu leurs effectifs fluctuer avec des résultats variés en termes de bénévolat et d’emplois.
- Le secteur associatif italien a connu une croissance significative, atteignant près de 370 000 institutions actives.
- Cependant, ce développement n’est pas synonyme d’une plus grande influence politique, un constat partagé par plusieurs acteurs du milieu.
- La fragmentation du mouvement post-Gênes a accentué les défis liés à l’identité et à l’engagement des jeunes générations.
Ma réflexion personnelle sur ce sujet me pousse à m’interroger sur l’évolution de l’engagement social et politique. Comment faire pour que les mouvements actuels atteignent leurs objectifs sans perdre de vue l’esprit critique qui a façonné leurs origines ? La responsabilité de repenser le social repose sur nous tous, et je crois fermement qu’il est possible de construire un avenir plus juste en s’inspirant des luttes passées tout en nous adaptant aux réalités d’aujourd’hui.
