
Une préoccupation croissante émerge face à l’invasion de contenus de faible qualité générés par l’intelligence artificielle, souvent désignés par le terme « AI slop », qui viennent polluer l’espace informationnel sur Internet. En réponse, de grandes plateformes technologiques intensifient leurs efforts pour supprimer, étiqueter ou diminuer la visibilité de ces contenus.
Selon une récente information du New York Times, cette problématique touche non seulement les réseaux sociaux et services de streaming musical, mais également les sites d’évaluation, les archives académiques et les applications de rencontres. Les entreprises s’engagent activement à éliminer ou à limiter l’exposition de ces contenus de faible qualité.
Par exemple, Spotify a supprimé 75 millions de contenus, en raison de téléchargements massifs, de doublons et de spams. Ce chiffre représente une part significative par rapport à l’ensemble de son catalogue.
LinkedIn a également placé ce défi au cœur de ses priorités, en introduisant un bouton permettant aux utilisateurs de signaler les contenus de mauvaise qualité.
Pinterest a décidé d’augmenter les possibilités de personnalisation pour ses utilisateurs afin qu’ils puissent choisir la quantité d’articles générés par l’IA qu’ils souhaitent voir. De son côté, TikTok teste actuellement des fonctionnalités similaires aux États-Unis pour réguler l’affichage de ces contenus.
Le réseau social a déjà appliqué des labels automatiques à plus de 3 milliards de vidéos générées par l’IA, et il a supprimé plus de 377 000 vidéos en infraction avec ses politiques durant le premier trimestre 2026.
Google, via son équipe de recherche pour YouTube, a également évincé 130 000 chaînes qui produisaient des contenus de qualité inférieure sur une période de six mois.
Le terme « slop » prend de plus en plus d’importance pour illustrer le phénomène croissant de l’IA. Le dictionnaire Merriam-Webster a même élu « slop » comme mot de l’année pour 2025.
En France, la plateforme de musique Deezer a révélé qu’en 2023, presque la moitié des titres ajoutés quotidiennement à son système étaient générés par l’IA, dont une proportion significative n’avait jamais été écoutée par les utilisateurs. Selon le New York Times, plus d’un tiers des contenus uploadés sur Apple Music proviennent également de l’IA.
Aiden Walker, chercheur à la Carnegie Endowment for International Peace, souligne que l’inquiétude croissante des individus face aux impacts que l’IA pourrait avoir sur l’environnement, la santé mentale et l’emploi commence à se faire sentir. Il les compare à « une infection supplémentaire dans une plaie déjà ouverte ». Pour Walker, cette montée des mécontentements pourrait marquer un tournant dans la réaction des entreprises face à ces problématiques.
Les entreprises technologiques, souvent accusées d’encourager la production massive de contenus, élaborent des stratégies pour réduire la prolifération de ces contenus cliquesbait de faible qualité.
Néanmoins, elles ont historiquement encouragé l’utilisation de l’IA pour permettre aux utilisateurs de créer du contenu facilement. Une expérience menée par Kapwing a montré qu’en 2025, plus de 20 % des vidéos brèves recommandées aux nouveaux utilisateurs de YouTube étaient de qualité médiocre et générées par l’IA. L’un des canaux ayant connu un grand succès dans ce cadre aurait généré 4,25 millions de dollars par an avant d’être exclu du programme de monétisation de YouTube.
En date de juin 2026, 60 % des vidéos postées sur TikTok étaient également identifiées comme des « AI slop », d’après les données de Kapwing. En juillet, Meta a tenté d’utiliser les contenus d’Instagram comme référence pour entraîner des outils de génération d’images, mais a dû mettre fin à son initiative en raison d’une forte opposition en seulement trois jours.
Paul Shoblin, un chercheur en IA à l’Université de l’Ohio, déclare que le « AI slop » est un phénomène à double tranchant. Alors que de nombreuses plateformes ont profité de l’engagement des utilisateurs grâce à ces contenus, il constate que ce phénomène peut devenir un fardeau lorsque des contenus de faible qualité rendent difficile la découverte d’œuvres de qualité.
Pour les entreprises technologiques, examiner chaque exemple de « AI slop » pour décider de son maintien ou de son retrait est un défi. De ce fait, elles recourent à des technologies d’intelligence artificielle pour détecter ces contenus problématiques.
Google a choisi de ne pas analyser chaque vidéo individuellement, mais de rechercher des schémas tels que la fréquence de upload et des formats de contenu répétitifs, afin d’identifier des comportements problématiques. Cela a permis de supprimer 50 000 comptes jugés abusifs.
Cependant, certains experts des médias numériques émettent des réserves concernant une utilisation trop large de ces méthodes, craignant qu’elles n’affectent également les créateurs légitimes produisant un grand nombre de contenus. Cette inquiétude est rapportée par le New York Times.
Points à retenir
- Les grandes plateformes technologiques s’efforcent de contrôler la propagation des contenus de faible qualité générés par l’IA.
- Des outils de signalement ont été mis en place pour permettre aux utilisateurs d’identifier ces contenus.
- Une attention particulière est portée sur l’impact de l’IA sur la santé mentale et l’environnement.
- Des efforts de régulation apparaissent sur des plateformes variées, allant de TikTok à YouTube.
- Les méthodes de détection utilisées par les entreprises soulèvent des questions sur la protection des créateurs authentiques.
Il est essentiel de continuer à réfléchir aux conséquences de la prolifération de contenus générés par l’IA. En tant qu’utilisateurs et consommateurs de contenu, nous devons rester vigilants. La question qui se pose est de savoir comment nous, en tant que société, pouvons promouvoir une qualité plutôt qu’une quantité, face à ce défi artistique et informationnel qui se dessine à l’horizon.