La période des fêtes avait autrefois une véritable importance pour la télévision. C’était le moment où les chaînes déployaient des efforts considérables pour acquérir les droits de diffusion des derniers films de James Bond ou pour retransmettre les douze jours du Seigneur des Anneaux dans l’ordre. Les grilles de programmes étaient libérées de toute autre émission alors que les familles se rassemblaient dans un silence respectueux, prêtes à profiter d’un événement télévisuel unique. Au Royaume-Uni, le réseau électrique devait anticiper de fortes hausses de consommation, notamment lorsque la nation faisait chauffer ses bouilloires pendant les coupures publicitaires, ou lorsque Frodo revenait enfin au Comté.
De nos jours, l’image que l’on se fait d’une maison typique ressemble à un schéma en coupe où chacun est isolé dans sa chambre, les visages éclairés par des écrans individuels. Le père est dans la cuisine avec son ordinateur portable, regardant des rediffusions d’anciens épisodes de Top Gear via BBC iPlayer ; sur le canapé, la mère visionne un drame Netflix sur sa tablette, les écouteurs en place ; à l’étage, deux adolescents sont plongés dans l’univers captivant de TikTok, chacun avec son téléphone. On présume que ce petit monde sera finalement interrompu par le livreur de Deliveroo qui sonnera à la porte.

Il est sans surprise d’apprendre que les chiffres concernant les téléspectateurs britanniques – un bon reflet des marchés télévisuels matures – montrent que moins de la moitié de la génération Z envisagerait un jour de regarder la télévision en l’allumant tout simplement. Au cours des deux heures de visionnage par jour pour les 16 à 24 ans, plus de trois quarts de ce temps est consacré aux plateformes de partage de vidéos. Ainsi, même le streaming, qui permet de voir ce que l’on souhaite à tout moment, semble insatisfaisant. Sur YouTube et TikTok, les choix sont limités : des contenus similaires à ceux déjà vus sont proposés, et il faut choisir entre les garder ou passer à autre chose. Mais, en fin de compte, cela ne diverge guère de la télévision linéaire, à travers laquelle nous avons passé des décennies à zapper.
La télévision de Noël pourrait bien être le signe avant-coureur d’un retour à la programmation classique. C’est cette période joyeuse de l’année où la télévision traditionnelle semble avoir fait quelques excès avant le déjeuner et continue son effet décalé jusqu’au Nouvel An. Il y a une sensation chaleureuse à savoir que l’on peut allumer son vieux téléviseur avec son café du matin et plonger dans Les Muppets dans un Noël de folie avant même de penser à se doucher. D’ailleurs, ne négligeons pas ce moment privilégié : Chantons sous la pluie est prévu juste après. Et certainement, quelqu’un dans le service de programmation chez Broadcasting House sourit à l’idée que les téléspectateurs pourraient passer des dilemmes sexy dans Proposition indécente (Réveillon de Noël, BBC2, 22h30) à la messe moins séduisante de Notre Dame des Martyrs Anglais, Cambridge (Réveillon de Noël, BBC1, 23h50).
Une bonne manière de programme la télévision, et même d’inciter les jeunes à se rassembler en famille pour une expérience de visionnage intergénérationnelle, serait d’utiliser cet esprit de Noël quelque peu anarchique tout au long de l’année. Les Coupes du Monde et Wimbledon exercent un attrait similaire sur l’imaginaire national, et les grilles de programmes s’adaptent en conséquence. Un calendrier saisonnier un peu étrange et délibérément aléatoire pourrait bien être le cadeau qui continue de faire plaisir tout au long de l’année. Comme beaucoup de choses revenant à Noël, l’esthétique est parfois désordonnée, mais cela plaît à tout le monde. La télévision de Noël ? Elle compte toujours.
Points à retenir
- La télévision familiale en période de fêtes favorise le rassemblement intergénérationnel.
- Moins de la moitié de la génération Z envisage de regarder la télévision de manière traditionnelle.
- Les plateformes de partage de vidéos dominent le temps de visionnage des jeunes.
- La programmation festive peut être un moyen d’attirer un public plus large tout au long de l’année.
- Les événements sportifs comme la Coupe du Monde influencent également la matière programmée.
En fin de compte, la question qui se pose est celle de la volonté de renouer avec des moments de partage à travers la télévision. Que ce soit durant les fêtes ou à d’autres occasions, ces instants de convivialité semblent se raréfier dans notre monde hyper-connecté. Devons-nous vraiment accepter cette fragmentation de l’expérience familiale, ou pouvons-nous trouver des moyens de combiner tradition et modernité ?