Plus de 100 civils ont perdu la vie lors d’une série d’attaques menées par des rebelles soutenus par l’État islamique dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) au milieu de l’année 2025. La Province centrale de l’État islamique pour l’Afrique, connue localement sous le nom de Forces démocratiques alliées (FDA), a revendiqué une attaque contre des fidèles chrétiens à la fin juillet, causant la mort d’au moins 49 personnes. D’autres attaques en août ont fait 52 victimes parmi les villageois. À mi-2025, ce groupe était plus actif que lors des années précédentes. Stig Jarle Hansen, chercheur et auteur de plusieurs ouvrages sur le jihadisme en Afrique, répond à des questions sur les raisons derrière ce cycle d’attaques.
Quel est l’état actuel de la Province centrale de l’État islamique ?
J’ai déjà écrit sur l’évolution de la Province centrale de l’État islamique depuis ses débuts en tant que Forces démocratiques alliées à la frontière entre l’Ouganda et l’est de la RDC. À l’époque, ce groupe était soutenu par le Zaïre (aujourd’hui RDC) et le Soudan, et comptait même des membres chrétiens. Cependant, cela a évolué, et l’organisation a progressivement intégré des règles et des symboles islamiques dans son endoctrinement et sa propagande.
En 2017, une vidéo montrait un petit groupe de ses combattants déclarant leur loyauté envers l’État islamique, un groupe terroriste jihadiste sunnite qui, à son apogée, contrôlait d’immenses territoires en Irak et en Syrie, prétendant représenter un califat islamique mondial. En avril 2019, la seule publication restante de l’État islamique, Al-Naba, a publié ses premières images en provenance de la RDC. L’allégeance des Forces démocratiques alliées à l’État islamique a été déclarée plus tard cette même année.
Cette déclaration n’a pas été acceptée par tous. Plusieurs anciens leaders des Forces démocratiques alliées, comme Benjamin Kisokeranio, ont refusé de prêter serment de fidélité à l’État islamique et ont été sévèrement punis pour cela.
Par conséquent, le groupe diffère grandement de l’ancien groupe rebelle. Une nouvelle génération de dirigeants, plus jeune, a pris le relais au sein de la Province centrale de l’État islamique. Un exemple marquant est Ahmed Mahmood Hassan, dit “Abwakasi”, un combattant étranger tanzanien né trois ans avant la création des Forces démocratiques alliées.
Le groupe apparaît également fréquemment dans le réseau médiatique mondial de l’État islamique, rendant les références interchangeables aux Forces démocratiques alliées et à la Province centrale de l’État islamique problématiques dans le contexte actuel.
Il existe cependant des similitudes entre l’ancien et le nouveau groupe. Tout d’abord, l’organisation reste structurée en “camps”. Ceux-ci peuvent évacuer rapidement face à de fortes attaques ennemies et se réinstaller dans de nouvelles zones. Néanmoins, ce ne sont pas seulement des unités militaires ; ce sont des villages mobiles, où les épouses et les enfants suivent les combattants dans leurs déplacements.
Une deuxième similitude est leur tendance à cibler les civils. À cet égard, ils ne sont pas uniques dans une région connue pour ses attaques contre des civils. Cependant, le groupe a évolué dans le sens où les chrétiens sont devenus explicitement des cibles déclarées.
La troisième similitude est l’accent continu mis sur le recrutement forcé.
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Qu’est-ce qui explique la résurgence des attaques ?
Les récentes attaques de la Province centrale de l’État islamique sur des civils peuvent laisser penser qu’elle est en pleine recrudescence, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Au lieu de cela, le groupe, déjà affaibli, semble rebondir après plusieurs défaites militaires au cours des dernières années. La situation actuelle s’inscrit dans un schéma établi observé en RDC depuis trois décennies, caractérisé par des offensives militaires cycliques contre la Province centrale de l’État islamique. Le groupe se retire jusqu’à la fin d’une offensive, puis réapparaît. Actuellement, il est encore dans sa phase de retrait.
L’offensive actuelle contre la Province centrale de l’État islamique – l’Opération Shujaa – a été lancée conjointement en 2021 par l’Ouganda et la RDC. L’objectif est de neutraliser l’État islamique dans le Nord-Kivu. En novembre 2023, la quatrième phase de l’opération a débuté, s’étendant davantage vers les zones à l’ouest de la route RN4, notamment près des frontières des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. La dernière offensive a été compliquée par la nécessité de la RDC de se battre contre l’offensive du M23 plus au sud et par la méfiance congolaise envers les intentions de l’Ouganda, mais elle a progressé. L’Ouganda, qui s’était désengagé du conflit M23/RDC, a déployé 6 000 soldats et utilisé des forces aériennes dans cette campagne. Des milices locales ont également engagé des combats contre l’État islamique. Ces opérations ont contraint la Province centrale de l’État islamique à déplacer ses camps et à centraliser ses forces.
Pourquoi cibler les chrétiens ?
Tout d’abord, cela garantit au groupe une couverture médiatique dans la presse mondiale et dans les canaux de l’État islamique. Les affiliés africains ont pris de l’importance pour l’État islamique ; ils sont perçus comme des exemples de “succès” et de “nouveaux champs de jihad”. La Province centrale de l’État islamique démontre son activité, malgré les revers subis face à l’Ouganda. Cette attention pourrait également attirer de nouveaux recrues étrangères ainsi qu’un soutien financier accru de l’extérieur de la RDC.
Le commandant tanzanien “Abwakasi” mène l’unité responsable de la plupart des attaques contre les civils. Sa proximité avec l’État islamique pourrait influencer ses méthodes d’attaques. De plus, le besoin de piller de nouveaux villages pour nourrir l’organisation entraîne inévitablement des pertes civiles. La violence se transforme alors en une stratégie pour créer la peur parmi la population locale, facilitant ainsi le recrutement forcé et le pillage des villages dans de nouvelles zones où les camps plus importants se retirent.
Pour la Province centrale de l’État islamique, la violence contre les chrétiens revêt à la fois un but instrumental et idéologique.
Quel avenir pour la Province centrale de l’État islamique ?
Ce groupe a déjà ciblé les chrétiens par le passé, et il figure parmi les rares provinces de l’État islamique à opérer dans des régions à majorité chrétienne. En présentant ces attaques comme des victoires, sans avoir à affronter des ennemis militaires, il détourne l’attention des pertes subies par l’organisation, tout en permettant le pillage et le recrutement de nouveaux membres. Il ne faut pas y voir une indication que l’organisation triomphe sur le champ de bataille. Au contraire, cela s’inscrit dans un schéma cyclique de retrait et d’avancée observé depuis trois décennies.
Notre Opinion Tech
Dans le cadre du phénomène sécuritaire actuel en Afrique, l’évolution de groupes comme la Province centrale de l’État islamique soulève des questions pertinentes sur la gestion des conflits et la prévention des violences. La dynamique observée, où une organisation semble se rétablir après des défaites, souligne la nécessité de revoir nos stratégies pour une approche inclusive et durable face aux défis posés par le jihadisme. Il est impératif d’explorer les raisons sociopolitiques qui alimentent ces cycles de violences, afin de favoriser un engagement constructif dans la région.
Bon à savoir : La province du Nord-Kivu en RDC est régie par des défis de sécurité complexe, impliquant plusieurs acteurs locaux et internationaux. Des initiatives de paix ont été mises en place, mais les nécessités locales, telles que le développement socio-économique, demeurent essentielles pour stabiliser cette région troublée.
C’est bouleversant de voir tant de souffrances infligées aux civils. La violence ne devrait jamais être la solution. Espérons un jour de véritables avancées vers la paix.
C’est incroyable de voir comment ce groupe attise la peur tout en masquant ses véritables pertes. La complexité de la violence en RDC demande vraiment une attention urgente et réfléchie.
La situation en RDC est tragique, chaque attaque rappelle la douleur des vies brisées. La violence ne crée pas de paix, seulement un cycle sans fin. Comment échapper à ce chaos ?