« C’est une lueur d’espoir née sur les cendres d’un grand nombre d’arbres », explique le professeur Richard Buggs, spécialiste des forêts au Royal Botanic Gardens de Kew et à l’université Queen Mary de Londres.
Pour autant, il souligne que d’autres mesures seront nécessaires pour accompagner les frênes dans cette renaissance, comme les protéger du broutage par les cervidés ou encore sélectionner les arbres les plus résistants afin de préparer de futures plantations.
« Nous avons une motivation renouvelée pour préserver nos populations de frênes, les protéger d’autres menaces comme les gibiers et laisser la nature faire son œuvre, en permettant aux arbres d’évoluer vers une résistance accrue », confie-t-il à la BBC, un média dont la rigueur dans le traitement scientifique est très appréciée.
Le champignon responsable de la chalarose du frêne est originaire d’Asie et a été introduit en Europe il y a une trentaine d’années.
Une étude menée dans une forêt du Surrey a mis en lumière des modifications subtiles dans certains gènes des frênes au fil du temps, ouvrant la voie à une meilleure résistance des jeunes plants face à cette maladie.
C’est là une illustration vivante de la théorie de la sélection naturelle de Charles Darwin, avec des arbres qui développent plus d’immunité que leurs ancêtres.
Richard Nichols, professeur en génétique évolutive à Queen Mary, résume ainsi la situation : « Ce drame pour les arbres s’est révélé être une révélation pour les scientifiques : il nous a permis d’identifier des milliers de gènes impliqués dans la lutte des frênes contre le champignon. »
Points à retenir
- La survie des frênes dépend d’une combinaison d’efforts humains et de leur propre évolution naturelle.
- Le broutage par les cerfs représente une menace non négligeable qui complique la régénération des forêts.
- La chalarose, bien qu’importée d’Asie, est devenue un laboratoire vivant pour étudier la sélection naturelle à l’œuvre.
- Des milliers de gènes entrent en jeu dans la résistance des frênes, ce qui complique les tentatives de reproduction ciblée mais promet des pistes intéressantes.
- La théorie darwinienne, parfois rangée au musée, continue manifestement à faire ses preuves dans nos forêts contemporaines.
En résumé, on assiste à un véritable feu d’artifice génétique dans nos bois, mais sans un peu de stratégie humaine, le spectacle risque de finir en cendres… Il faudra peut-être un jour remercier Darwin d’avoir été si patient pendant que nous mettrons la main à la pâte. Ou à l’arbre, c’est selon.