mer. Juin 24th, 2026
Rapport des Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine, intitulé « Comprendre et traiter la désinformation sur la science »

En décembre, les Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine ont publié un rapport d’étude consensuel, intitulé « Comprendre et traiter la désinformation sur la science ». Ce document fait état de deux années de recherche menée par un comité d’experts pluridisciplinaires ayant pour objectif de « caractériser la nature, l’ampleur et les impacts de la désinformation scientifique et de fournir des orientations sur les interventions, les politiques et les recherches futures ».

Lisa Fazio, professeure associée de psychologie et de développement humain au Peabody College de Vanderbilt, a été membre de ce comité. Dans l’entretien suivant, elle partage des conseils basés sur le rapport du comité et ses recherches concernant l’apprentissage, tant des informations vraies que fausses, ainsi que la manière de corriger les erreurs de connaissance.

Lisa Fazio

Sommaire

Quelles sont les leçons les plus importantes ou significatives de ce rapport pour les décideurs, les communicateurs scientifiques et le grand public ?

La désinformation scientifique est un problème complexe. Déterminer ce qui constitue ou non de la désinformation scientifique n’est pas une tâche aisée, car la science est un processus plutôt qu’un ensemble de faits. Ce que nous considérons comme désinformation à un moment donné peut ne plus l’être ultérieurement.

Dans le rapport, nous mettons en lumière nos connaissances sur la manière dont se propage la désinformation scientifique, tant de manière intentionnelle qu’involontaire, ainsi que sur les actions que nous pouvons entreprendre pour diminuer sa propagation et ses impacts. Il est crucial, lorsque nous discutons de ces problématiques, de cibler des exemples concrets plutôt que de rester dans des généralisations vagues concernant la désinformation, afin de fonder nos échanges sur des éléments factuels.

« Définir ce qui est et ce qui n’est pas de la désinformation scientifique n’est pas facile, car la science est un processus… »

Où la désinformation se propage-t-elle le plus largement ? Comment et pourquoi ?

Nous possédons le plus d’informations sur la désinformation scientifique diffusée via les réseaux sociaux. Cela est en partie dû au fait que jusqu’à récemment, les scientifiques avaient un accès relativement bon aux données de Twitter et pouvaient suivre les évolutions. Maintenant que l’accès via l’API a été restreint sur Twitter, qui est devenu X, Facebook et d’autres sources, nous savons moins de choses. Mais les sources sont multiples.

Les gens peuvent entendre de la désinformation scientifique sur des podcasts, des émissions de télévision, par leurs amis et leur famille, et en naviguant sur Internet. La pluralité des sources rend difficile le suivi des canaux précis par lesquels la désinformation est propagée.

Quels sont les aspects spécifiques des plateformes ou les dynamiques des médias sociaux qui favorisent la propagation de la désinformation ?

Sur les réseaux sociaux, il est facile de sortir les informations de leur contexte et de les remettre en scène de manière trompeuse. Par exemple, on peut poster une photo d’un parc rempli de déchets en prétendant que c’est le résultat d’une protestation environnementale, alors qu’il s’agit en réalité d’une image prise après un concert. Les plateformes comme TikTok compliquent les choses, car il est difficile de déterminer qui publie l’information et pourquoi on devrait lui faire confiance. Il n’existe pas de moyens rapides pour savoir si la personne parle de son domaine d’expertise ou non.

Comment les individus, les communautés et les institutions peuvent-ils atténuer de manière proactive la désinformation sur la science ?

Le rapport identifie quatre axes d’intervention concernant la désinformation scientifique : l’offre, la demande, la distribution et l’appropriation.

Un des axes consiste à réduire l’offre de désinformation, ce qui pourrait passer par une promotion d’un journalisme scientifique de qualité, un meilleur accès à des informations précises, ou encore la restriction de la désinformation, par exemple en dé-monétisant des vidéos contenant de la désinformation scientifique sur des plateformes comme YouTube.

Il est également crucial de répondre à la demande d’informations précises, car souvent les gens se tournent vers la désinformation faute d’alternatives. Il est donc primordial d’offrir des informations accessibles et de réduire les conditions sociétales qui rendent ces campagnes de désinformation attractives.

Enfin, il est important de réfléchir à des moyens de limiter l’appropriation de la désinformation par le public, en développant notamment l’éducation aux médias numériques et en mettant à disposition des vérifications de faits sur les contenus douteux.

Certaines personnes soutiennent que la vérification des faits constitue une forme de censure. Quelle est votre opinion sur ce sujet ?

Il est essentiel de se souvenir que la vérification des faits représente un discours additionnel. Parfois, les plateformes choisissent de supprimer ou de limiter la portée des publications qui ont été vérifiées, mais cela n’est pas le cœur de leur démarche. La vérification des faits apporte simplement un contexte supplémentaire.

Est-il préférable pour les entreprises de médias sociaux de vérifier une publication sans réduire sa portée, permettant ainsi à davantage de personnes de trouver l’information factuelle, ou est-il plus judicieux de réduire autrement la portée de la publication originale ?

Le problème majeur réside dans le fait que la vérification des faits prend du temps, si bien qu’elle arrive souvent après que la désinformation a déjà été largement diffusée. Chaque entreprise de médias sociaux doit établir ses propres règles à cet égard. Dans la majorité des cas, il est probable qu’elles choisissent de réduire la portée des publications contenant de la désinformation, ce qui ne les empêche pas de rester visibles sur le compte de l’utilisateur.

Quelle réflexion avez-vous autour de l’utilisation de notes communautaires par X et Meta comparativement aux vérificateurs de faits professionnels ?

Je considère que les vérificateurs de faits professionnels sont indispensables, tandis que les notes communautaires peuvent constituer un bon complément. Bien que la vérification par la communauté puisse fonctionner dans certains cas, elle ne peut pas soutenir le dispositif à elle seule. Les vérificateurs de faits ont une formation spécialisée et leur travail est essentiel pour offrir une information fiable.

Le résumé du rapport indique que, « la science et la médecine figurent parmi les institutions les plus dignes de confiance aujourd’hui », mais il précise également qu’à partir de 2020, cette confiance a diminué. Quels en sont les causes ?

La raison de cette baisse de confiance est encore floue. Une part de cette problématique réside dans la politisation des scientifiques et des attaques de la part de politiciens. De plus, la pandémie de COVID-19 a vu les scientifiques s’adapter en temps réel à de nouvelles données, ce qui a également contribué à éroder cette confiance.

Outre l’éducation sur la littératie numérique, il est essentiel d’enseigner dès le plus jeune âge que la science est un processus en constante évolution et non pas une somme de faits immuables.

« …la science est un processus et non un résultat… »

Les scientifiques et les professionnels de la santé devraient-ils jouer un rôle plus proactif dans les communications publiques ?

Je ne pense pas que chaque scientifique doive s’engager dans la communication scientifique, mais j’aspire à en voir davantage le faire. C’est une méthode efficace pour atteindre le public. Les scientifiques sont encore relativement bien perçus aux États-Unis. Cependant, ils se heurtent à une concurrence de taille de la part de ceux qui diffusent de la désinformation, souvent soutenus par des ressources financières importantes.

Le rapport mentionne également que les organisations de santé communautaires doivent anticiper et gérer proactivement la désinformation qui pourrait émerger après des catastrophes naturelles. En se préparant à de telles situations, les communautés peuvent mieux réagir et contrer la propagation de fausses informations.

De nombreux faux articles scientifiques sévissent désormais dans la littérature. Comment la communauté scientifique peut-elle s’attaquer à ce problème ?

Le rapport évoque également le problème des « science junk » – des revues qui ne pratiquent pas la révision par les pairs, et des articles qui semblent avoir été publiés dans des revues respectables mais qui ne le sont pas. La communauté scientifique doit collaborer pour identifier des sources d’information fiables et promouvoir ces dernières.

Si les gouvernements se désintéressent du financement et de la promotion de la science de qualité, comment la communauté scientifique et les donateurs peuvent-ils combler ce vide financier ?

Il existe un rôle indéniable pour la philanthropie dans de telles situations. Cependant, il est crucial de reconnaître que l’une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont réussi ces dernières décennies repose sur une communauté scientifique robuste et un financement fédéral solide. Perdre cela serait réellement dommageable.

De plus, il est à noter que le gouvernement ne doit pas être chargé de décider ce qui est ou ce qui n’est pas de la désinformation scientifique. Ce rôle incombe aux scientifiques, aux organisations scientifiques ainsi qu’aux journalistes.

« …le gouvernement ne devrait pas décider ce qui est et ce qui n’est pas une désinformation scientifique… »

Comment d’autres pays ont-ils abordé avec succès la désinformation ?

Les interventions doivent être adaptées aux spécificités de chaque pays et de son contexte social. Des pays d’Europe du Nord, par exemple, ont eu beaucoup de succès en intégrant l’éducation à la littératie numérique dans les programmes scolaires.

Ces approches variées pourraient inspirer des réformes dans d’autres contextes, notamment en ce qui concerne le renforcement de la confiance dans les institutions scientifiques.

Comment les écoles et les parents devraient-ils éduquer leurs enfants sur l’identification et la réduction de la propagation de la désinformation ?

L’éducation joue effectivement un rôle clé, même si elle ne peut pas à elle seule résoudre le problème. Apprendre aux enfants à évaluer la source de l’information et à comprendre pourquoi ils devraient lui faire confiance est fondamental. La pratique du « lateral reading » est une méthode efficace pour cela.

Dans quelle mesure la désinformation émane-t-elle de campagnes stratégiques de désinformation ?

Nous savons que des campagnes de désinformation organisées sont une source significative de désinformation scientifique. Ces campagnes sont souvent menées à des fins lucratives, notamment par des industries cherchant à dissimuler les impacts réels de leurs produits. La désinformation émanant de secteurs comme le tabac ou le pétrole en est un exemple frappant. Il est crucial de comprendre les motivations derrière cette diffusion d’informations erronées afin de mieux les combattre.

Comment les individus et les organisations doivent-ils atténuer la propagation de la désinformation générée par l’IA ? L’IA peut-elle être utilisée comme un outil de vérification des faits pour réduire la désinformation ?

Certains travaux sur la vérification des faits assistée par l’IA montrent des promesses, bien que des outils comme ChatGPT ne soient pas encore adaptés à cette tâche. Néanmoins, ces systèmes pourraient être utiles pour aider les vérificateurs à identifier les contenus nécessitant des investigations plus approfondies.

Pour l’instant, la désinformation générée par l’IA reste peu répandue, mais il existe un potentiel d’augmentation, notamment à travers des images ou vidéos manipulées. Il est donc essentiel de veiller à ce que l’usage de l’IA ne complique pas davantage le discernement entre informations fiables et fausses.

Notre Opinion Tech

À mon sens, la lutte contre la désinformation scientifique repose non seulement sur la compréhension des dynamiques à l’œuvre dans les réseaux sociaux, mais aussi sur un engagement accru des scientifiques dans la communication. Il est crucial que la communauté scientifique prenne l’initiative de former le public à la compréhension critique des informations scientifiques. Cela ne se résume pas simplement à des campagnes de sensibilisation, mais à une éducation systématique qui renforce la confiance envers la science en montrant que celle-ci est un processus vivant et dynamique.

Bon à savoir : La compréhension de la désinformation et des mécanismes qui la propagent est essentielle, surtout dans un monde où l’accès à l’information est à la fois facilité et complexe.

Article original rédigé par : Prénom Nom.


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit
3 thoughts on “Questions/Réponses avec Lisa Fazio, professeure à Vanderbilt : Décryptage des fausses informations sur la science.”
  1. La désinformation scientifique est comme une ombre dans la lumière de la vérité. Aurons-nous le courage d’éclairer nos pensées avec des faits tangibles et lumineux?

  2. Super article, Serge ! La désinformation est vraiment un sujet crucial. J’adore comment tu mets l’accent sur l’importance de l’éducation dès le jeune âge. Bravo !

  3. La désinformation scientifique est un véritable défi. En tant qu’artisane, je crois qu’une bonne éducation est essentielle pour aider chacun à démêler le vrai du faux.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *