Vous avez un accès complet à cet article via votre institution.

Les ravins urbains, comme celui-ci à Kinshasa, République Démocratique du Congo, représentent un risque croissant.Crédit : Matthias Vanmaercke
La production de connaissances scientifiques se fait généralement à distance des risques que cherchent à comprendre les chercheurs et des personnes affectées par ces dangers. Pourtant, dans certaines régions du monde, les chercheurs travaillent directement au contact des dangers, évoluant dans des environnements instables avec des ressources limitées et parfois dans des conditions mettant leur vie en danger. Une étude publiée cette semaine dans Nature rappelle à quel point les enjeux sont élevés lors de ce type de recherche et souligne l’urgence de mieux soutenir ces travaux.
L’objet de l’étude était les ravins urbains — des canyons profonds, souvent en expansion rapide, formés principalement par l’écoulement des eaux pluviales sur des sols sableux instables. Dans la plupart des villes, particulièrement dans les régions tropicales, la formation de ces ravins s’accélère lorsque les eaux de pluie, s’accumulant sur les routes et les toits dépourvus de systèmes de drainage appropriés, sont canalisées vers des sols non protégés. Une fois formés, ces crevasses sont capables de s’étendre sur des centaines de mètres, dévastant les villes sur leur passage, engloutissant maisons et infrastructures, et ruinant des vies.
Les conséquences des ravins urbains ont déjà été documentées dans des études menées au Nigeria, en Ouganda, en République du Congo et au Brésil. Dans l’étude de Nature, des chercheurs basés en Belgique, en République Démocratique du Congo (RDC) et en Pologne ont utilisé une combinaison d’imagerie satellite et de recherches de terrain pour produire une carte nationale des ravins urbains à travers la RDC. Ils ont identifié près de 3 000 ravins répartis sur 26 des 47 villes étudiées. Kinshasa, la capitale en pleine expansion de la RDC, qui compte près de 18 millions d’habitants, est l’une des plus touchées, avec 868 ravins recensés pour une longueur cumulée de 221 kilomètres.
Les chercheurs estiment qu’environ 120 000 personnes ont été déplacées par les ravins urbains en RDC entre 2004 et 2023. Dans les dix prochaines années, 28 % des 550 000 personnes vivant dans la zone d’expansion prévue des ravins risquent d’être déplacées si aucune mesure n’est prise.
Dommages persistants
Il est clair qu’une partie de ce qui doit être fait l’est. La formation et l’expansion des ravins peuvent généralement être évitées grâce à une meilleure planification urbaine et à l’amélioration des systèmes de drainage. Cependant, dans de nombreuses villes en pleine croissance des pays à revenu faible et intermédiaire, les efforts de planification urbaine ne suivent pas le rythme. Une fois un ravin formé, sa stabilisation pour prévenir toute extension ultérieure engendre des coûts énormes dans des endroits où les ressources financières sont souvent limitées, où les mandats institutionnels pour régler le problème sont flous, et où les capacités techniques font défaut. Ainsi, les dommages continuent.
Les personnes qui subissent le plus ces atteintes sont souvent les plus pauvres de la société. Ce sont souvent ces individus qui se retrouvent à construire des maisons et à s’installer sur des terrains dangereux. Bien qu’ils puissent comprendre les risques qu’ils encourent, ils n’ont souvent d’autre choix que de vivre dans ces conditions. Les personnes vivant en bordure d’un ravin en expansion constatent souvent qu’elles ne peuvent pas vendre leur terrain, les laissant piégées, n’ayant d’autres options que de chercher refuge chez des proches lors des nuits de pluie, lorsque le risque de nouvel effondrement est accru.
Cette étude récente nous rappelle que la recherche de haute qualité, ayant le potentiel de changer le monde, émane souvent de travaux réalisés dans des conditions difficiles avec des ressources limitées, loin des laboratoires high-tech. Pendant la rédaction de l’article pour Nature, l’un des auteurs de l’étude se trouvait dans l’est de la RDC lorsque le conflit a de nouveau éclaté dans la région, entraînant d’importantes coupures de courant et des défaillances fréquentes des réseaux de téléphonie mobile — des obstacles invisibles dans la publication finale.
Plus largement, cette étude rappelle également les responsabilités auxquelles cette recherche engage. Lors de leurs travaux de terrain, les scientifiques ont été confrontés aux conséquences dramatiques de la formation des ravins pour les personnes sur le terrain. Lors d’une expéditions à Kinshasa en 2019, l’équipe a rencontré une mère dont la maison familiale était située près du bord d’un ravin. Deux jours plus tard, plusieurs de ses enfants ont perdu la vie lorsqu’un ravin s’est effondré du jour au lendemain près d’une maison de proche où la famille avait cherché refuge. Au moins 40 personnes ont trouvé la mort cette nuit-là.
Comme de nombreuses autres familles, celle de Kinshasa a exprimé son espoir que la recherche puisse mener à des solutions durables. Les attentes doivent cependant être tempérées : la science seule ne peut résoudre ces problèmes. Pour les communautés vivant sous des menaces immédiates, il est urgent de traduire la recherche en actions concrètes. Trouver des solutions et agir en conséquence doit être perçu comme une responsabilité sociale — une responsabilité qui place les besoins des communautés affectées en priorité.
La recherche dans des conditions difficiles devrait être mieux soutenue, financée et valorisée. Les institutions, les bailleurs de fonds et les éditeurs doivent prendre davantage conscience des efforts nécessaires pour produire de telles études et de l’importance de rendre les résultats publics. L’objectif ultime de la science n’est pas seulement de comprendre le monde, mais aussi d’aider à le rendre plus sûr. L’ensemble de l’écosystème de la recherche doit s’unir pour atteindre cet objectif.
Notre Opinion Tech
Dans un monde où la science de terrain et la recherche appliquée sont souvent reléguées au second plan, il est essentiel de reconnaître leur importance. Ces études, menées au cœur des crises, fournissent des données cruciales pour orienter les politiques publiques et les interventions d’urgence. À l’avenir, il serait judicieux que les bailleurs de fonds et les institutions académiques redéfinissent leurs priorités afin de favoriser des recherches qui mettent l’accent sur les besoins des communautés les plus vulnérables.
Bon à savoir : Les ravins urbains sont non seulement une source de danger immédiat pour les habitants, mais ils sont également révélateurs d’une planification urbaine inadaptée. La mise en œuvre de systèmes de drainage efficaces et d’une meilleure réglementation peut jouer un rôle déterminant pour prévenir l’émergence de ces ravins dévastateurs.
C’est fascinant de voir comment la science peut vraiment changer des vies, surtout dans des environnements aussi difficiles. Espérons que cela inspire des solutions durables pour ces communautés vulnérables!
Cette étude met en lumière des enjeux cruciaux pour les villes en développement. C’est une belle invitation à agir pour rendre nos communautés plus sûres et résilientes.
Cet article met en lumière un enjeu souvent ignoré. Il est essentiel d’agir pour protéger ces communautés en détresse et de repenser notre urbanisme !
C’est fascinant de voir comment la science peut s’attaquer à des problèmes si concrets. La recherche sur les ravins urbains est essentielle pour aider les communautés vulnérables.
C’est fascinant de voir comment la recherche peut changer des vies, surtout dans des conditions difficiles. Il est crucial de donner plus de soutien à ces travaux essentiels.