mar. Juil 14th, 2026

Franco Colapinto s’approchait de son coéquipier Pierre Gasly tel un ouragan, alors qu’il ne restait que deux tours à parcourir lors du Grand Prix des États-Unis, à Austin. Précédemment, Isak Hadjar, avec Racing Bulls, avait doublé Gasly, qui peinait avec ses pneus, le reléguant à la 17e place. Colapinto, 18e à ce moment-là, était beaucoup plus rapide et se rapprochait de son coéquipier. L’Argentin était sous pression de Gabriel Bortoleto (Sauber), en embuscade pour effectuer un dépassement. Depuis plusieurs tours, Franco l’avait contenue, tout en étant systématiquement plus rapide que Gasly.

Les pneus souples qu’il avait chaussés lors du 33e tour étaient plus récents de cinq tours par rapport à ceux de Gasly. Alors qu’il se préparait à effectuer un dépassement audacieux, la radio de l’équipe a annoncé : « Ok, ami, les deux voitures doivent gérer les pneus maintenant, donc nous devons conserver nos positions, s’il te plaît ». Colapinto n’a pas fléchi et a exprimé son étonnement : « Un instant, quoi ? Maintenir les positions ? S’il est (très) lent ».

Il existe des rébellions qui semblent être des victoires, et d’autres qui définissent le caractère. Ainsi, Colapinto a choisi de marquer son territoire en doublant Gasly au premier virage à l’entame du 55e tour, poussant ce dernier à quitter légèrement la piste. Gasly a terminé la course à la 17e place.

Franco Colapinto, devant Esteban Ocon, au début de la course
JARED C. TILTON – GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Au 56e tour, Bortoleto a à son tour dépassé Gasly, confirmant la pertinence du choix d’intelligence de Colapinto. Si Franco avait suivi l’instruction de son équipe, le Brésilien aurait réussi à dépasser les deux pilotes.

À l’issue de la course, en buvant de son bidon et tentant de contenir son agitation face à la tension de la radio, Franco a expliqué : « J’étais beaucoup plus rapide (que lui) et il avait des pneus un peu plus vieux. Il était un peu plus lent, c’était la meilleure démarche à avoir compte tenu de la situation ; je devais aussi me défendre contre Bortoleto. On se battait pour les 17e et 18e position, il n’y avait pas lieu de discuter ».

Les moments forts du Grand Prix d’Austin

Effectivement, il est surprenant de penser que les stratèges d’Alpine aient ignoré la menace que représentait Bortoleto, tout près de Colapinto au moment où celui-ci a décidé d’attaquer. L’équipe avait certainement ses raisons pour une telle instruction teintée de « politique ». Est-il judicieux de récompenser Gasly avec une éventuelle 17e place, surtout qu’il ne marquait pas de point ? Si Colapinto, qui a clairement démontré qu’il avait raison, avait cédé à cette décision discutable, il aurait en grande partie perdu son identité et la flamme qui l’anime pour être compétitif.

Rappelons un épisode de 1981, lorsque Williams avait demandé à Carlos Reutemann, qui gagnait le Grand Prix du Brésil sous la pluie, de laisser passer Alan Jones.

Que décidera Alpine ?

Pierre Gasly devant Colapinto, alors que le Français était mieux placé dans la course
CLIVE MASON – GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Bien sûr, la révolte du novice n’est pas passée inaperçue, et Steve Nielsen, le directeur de l’équipe alpine, a déclaré dans un communiqué : « Nous avons donné instruction aux pilotes de maintenir leurs positions… En tant qu’équipe, toute instruction provenant des stands est irrévocable, et aujourd’hui, nous sommes déçus que cela ne se soit pas produit, et nous gérerons cela en interne ».

Pour Colapinto, cela pourrait être un tournant : Steve Nielsen et Flavio Briatore, le conseiller exécutif, doivent décider s’il faut sanctionner la désobéissance pour des raisons politiques, ou reconnaître que cette instruction était, sportivement parlant, manifestement erronée.

La visite au stand de Franco Colapinto
JOHN LOCHER – POOL

Le week-end avait mal commencé pour Franco et Pierre. Les particularités du circuit et la configuration nécessaire pour rechercher plus de vitesse étaient un véritable casse-tête pour l’Argentin.

Samedi, Franco avait terminé à une 14e place peu satisfaisante lors de la course sprint, tandis que Gasly se contentait de la 10e position, bénéficiant de l’abandon de cinq concurrents suite à l’accident causé par Oscar Piastri au virage 1 au départ. Plus tard dans l’après-midi, après avoir été 15e dans les qualifications pour le Grand Prix, Colapinto partageait son diagnostic sur les difficultés à bord de l’A525 : « Parfois, je ne comprends pas bien le réglage, comment rendre la voiture plus rapide, pas seulement ce dont j’ai besoin ».

Il ajoutait : « J’ai du mal à retrouver la confiance que j’avais acquise lors des dernières courses ; ce week-end, je peine à être constant et à éviter des erreurs avec une voiture aussi difficile à piloter. Pour Pierre, je pense que la voiture est plus facile à gérer, il préfère une voiture plus rigide, et il s’y est habitué, moi non ».

C’est là que se situe le problème pour Colapinto avec cette voiture : il lui faut une combinaison de plus grande sensibilité et la capacité d’adapter son style de conduite. D’ailleurs, il n’était pas le seul pilote à éprouver des difficultés à Austin, comme le confessait Oscar Piastri, terminant 6e, à seulement 283/1000 de son équipier Lando Norris en Q3.

Franco avait réalisé de bonnes performances lors des cinq dernières courses, battant Pierre lors des qualifications à quatre reprises et se sentant plus à l’aise avec la voiture. Les circuits précédents lui avaient permis de bénéficier de ressorts plus souples et d’un réglage plus adapté à son style.

Cependant, Austin avait été un véritable fiasco jusqu’alors. Les bourrasques de vent lui avaient fait commettre plusieurs erreurs lors de son tour rapide en qualification, le propulsant à la 15e position de la grille de départ, à 393/1000 de Gasly, qui était 14e, une distance difficile à digérer.

Franco Colapinto devant Lance Stroll
MARK THOMPSON – GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Néanmoins, le dimanche a vu émerger le véritable pilote.

Tandis que Max Verstappen filait en tête vers la victoire et que Lando Norris (McLaren) poursuivait un Charles Leclerc (Ferrari) en pleine forme pour finalement le doubler et finir second, Colapinto a, quant à lui, construit une course stratégique, qui s’avérerait être l’une des meilleures de sa saison.

Il a perdu deux positions au premier tour face à Esteban Ocon et Gabriel Bortoleto. Il a rapidement repris le dessus en doublant Ocon et, au 8e tour, il était 14e, favorisé par un incident entre Kimi Antonelli et Carlos Sainz.

Colapinto avait débuté avec des pneus mediums, tout comme Gasly et la plupart de ses rivaux. Son principal concurrent à moyen et long terme devenait Bortoleto. Ce dernier ayant commencé avec des pneus tendres, s’est arrêté au 14e tour pour chausser des pneus mediums. Avec les changements de positions dus aux arrêts au stand successifs, Franco s’est retrouvé à plusieurs moments juste derrière Gasly, le Français étant alors 13e au 22e tour. Alpine a échangé les pneus mediums de Pierre pour des tendres au 28e tour, et Colapinto a fait de même au 33e. Les deux pilotes devaient gérer délicatement leurs pneus sans perdre trop de vitesse. C’était la stratégie d’Alpine pour tenter de battre des voitures souvent plus rapides, telles que le Racing Bulls d’Isak Hadjar, le Haas d’Esteban Ocon, et l’Aston Martin de Lance Stroll, en partant de la fin de la grille.

Franco Colapinto, quelques minutes avant le départ à Austin (Photo par Rudy Carezzevoli / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)
RUDY CAREZZEVOLI – GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Au 36e tour, après son changement de pneu, Colapinto était 19e, dernier. Cependant, il commençait à réaliser des temps équivalents à ceux de Gasly, qui se trouvait 16e, juste derrière Bortoleto. L’équipe Sauber a opéré une stratégie erronée en rappelant le Brésilien une seconde fois au stand au 37e tour pour lui remettre un autre jeu de pneus tendres.

Gasly a commencé à perdre en rythme à partir du 40e tour. Alors que le Français se trouvait à la 17e position et Franco à la 18e, il était temps de prendre des décisions. Au 52e tour, Franco s’est retrouvé dans la zone DRS du Français, à moins d’une seconde derrière, tout en étant pressé par Bortoleto, dont les pneus étaient plus frais.

La surprenante instruction des stands a alors été transmise : « Maintenir les positions ».

Colapinto n’a pas hésité et a réussi son dépassement au premier virage. Il avait géré ses pneus avec soin et a terminé à la 17e place, dépassant également Bortoleto. Son équipe commence à en prendre note.


Points à retenir

  • Franco Colapinto se démarque en montrant une détermination forte sur la piste.
  • Les stratégies de l’équipe peuvent parfois ne pas correspondre aux besoins des pilotes sur le circuit.
  • Les défis techniques et psychologiques des pilotes influencent leurs performances.
  • La gestion des pneus reste cruciale dans les courses, surtout face à des rivaux compétitifs.
  • Le dialogue entre pilotes et équipes est essentiel pour le succès sur le terrain.

En tant que passionné de sport automobile, je trouve fascinant de voir comment chaque course est une microcosme de tactiques, de réactions humaines et d’instincts. Colapinto a prouvé que la rébellion peut parfois être nécessaire pour préserver son identité en tant que pilote. Cela soulève des questions sur la dynamique au sein des équipes et sur l’équilibre entre l’obéissance et la personnalité qui définit un athlète. N’est-ce pas là la véritable essence de la compétition ?


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