Les pilotes n’étaient pas particulièrement enchantés par le circuit de Caesars Palace. John Watson, de McLaren, apprécié pour sa rapidité sur les circuits urbains, n’a pas caché son désenchantement. « C’est probablement le circuit de F1 le moins attrayant sur lequel j’ai jamais roulé », a-t-il déclaré. Pour Laffite, il était « indigne d’accueillir un événement se faisant appeler grand prix ». Le jugement de Jones était tout aussi accablant, mais avec une touche d’inventivité : « On dirait qu’ils ont traîné un chemin de chèvres en bas d’une montagne et l’ont aplani. »
Dans les annales des circuits de F1, Caesars Palace se distingue par son inconfort pour les pilotes et son éloignement de toute tradition. Bien que les générations futures n’aient peut-être pas un bon souvenir du circuit de Las Vegas, critiqué pour son manque de caractère et ses concessions au commercialisme, au moins il n’était pas confiné dans un parking derrière un casino.
En parlant de la carrière de Carlos Reutemann, il est impossible de ne pas évoquer la tragédie de sa chute. Pilote de talent, il n’a jamais été considéré au même niveau que les grands de sa génération — Jackie Stewart, Emerson Fittipaldi, Niki Lauda, Ronnie Peterson et Gilles Villeneuve — probablement parce qu’il évitait les projecteurs. Cependant, durant la saison 1981, il avait figuré en tête du championnat depuis avril, et sa présence lors de la dernière course, encore en tête, le rapprochait d’un titre tant convoité depuis une décennie.

Frank Williams (à gauche) était soupçonné de favoriser Jones au détriment de Reutemann (à droite)
DPPI
Ce qui s’est passé dans ce maudit parking n’était peut-être pas un mystère, mais des forces obscures étaient soupçonnées : des problèmes de boîte de vitesses, des rumeurs sur les pneus, et des manœuvres supposées pour favoriser Jones. Mais peut-être était-ce simplement un homme talentueux qui a perdu ses moyens à un moment critique, relâchant ainsi l’emprise sur un rêve qu’il avait nourri toute sa vie d’adulte.
En revanche, le souvenir de Kyalami persiste. En février, Reutemann avait remporté le Grand Prix d’Afrique du Sud, qui devait être une manche du championnat 1981. Si cela avait été le cas, il aurait été couronné champion du monde de F1, indépendamment du drame de Caesars Palace. Malheureusement, à cause d’un conflit entre la FISA et la FOCA, la course a été reléguée au statut de Formula Libre, entraînant le retrait des équipes alignées avec la FISA. Cependant, la grille de départ comptait un nombre presque complet de 19 voitures.
« J’ai envoyé un message à Bernie pour lui demander d’être honnête avec mon père et de lui dire qu’il était le vrai champion du monde 1981. »
Reutemann n’est plus parmi nous, et peut-être ne saurons-nous jamais la vérité. Il reste audacieusement posé la question : pourquoi a-t-il glissé de la pole position à la huitième place à l’arrivée ? Des témoins évoquent des problèmes de transmission, des pneus et un comportement imprévisible. Des théories circulent également autour d’un coup tordu orchestré par Bernie Ecclestone, propriétaire de l’équipe Brabham.
Le temps a passé, et nous ne pouvons qu’accuser le coup. Bien qu’il n’y ait pas eu de tragédies mortelles à Las Vegas en 1981, la notion de tragédie reste pertinente. Un pilote de la trempe de Reutemann méritait un héritage plus juste. Si une défaite de dernière minute devait être son destin — la tragédie — il n’y avait aucune place pour l’absurde ou le mystère. Le championnat mondial de F1 1981 a changé de mains non pas grâce à la performance éclatante d’un pilote talentueux sur un fabuleux circuit, mais par une implosion inexplicable entourée de ragots qui perdurent depuis 44 ans.
Finalement, le circuit de Caesars Palace mérite pleinement sa place dans le hall de la honte de la F1. C’est une tache sur le championnat du monde de F1 1981 et une erreur dans l’expansion mondiale de la discipline. Il illustre bien que la gloire peut être perdue non seulement sur le circuit, mais aussi en dehors, et qu’un seul point peut tanguer entre triomphe et tragédie.
Lorsque, dans quelques jours, les 20 monoplaces s’élanceront sur la grille de Las Vegas, les lumières scintillantes ne devraient pas nous faire oublier cette course entachée d’absurdités et d’une déception tragique qui continue de hanter les esprits, même après 44 ans.
Points à retenir
- Les pilotes ont souvent critiqué le circuit de Caesars Palace, le qualifiant d’inadapté pour un grand prix.
- Reutemann, malgré son talent et sa constance, n’a jamais eu la reconnaissance qu’il méritait.
- Les controverses entourant la dernière course de 1981 restent floues et alimentent des théories du complot.
- Le circuit a été un épisode néfaste dans l’histoire de la F1, soulignant les risques de favoritisme et de manipulation.
- La legacy de Reutemann est entachée par un seul incident tragique, bien qu’il ait eu une carrière respectée.
J’ai toujours été fasciné par ces récits qui mêlent triomphe et tragédie. Que reste-t-il d’une carrière si prometteuse ? La question de l’intégrité dans le sport automobile se pose encore aujourd’hui. Les courses sont à la fois le reflet de la compétition et de l’humanité, et chaque détail compte. Nous devons garder en mémoire les leçons du passé, afin d’éviter de répéter les erreurs de notre histoire.
