Sur la planète Carcosa, des arbres noircis et tordus croissent à côté des ruines d’une ancienne civilisation extraterrestre, entourés de statues déformées par la douleur, déchirant leur peau de marbre. Des tunnels métalliques serpentent profondément sous terre, au milieu de gouffres d’une taille inimaginable garnis de câbles, donnant l’impression d’explorer les entrailles d’une gigantesque machine. Ces espaces présentent une atmosphère presque dérangeante, comme s’ils avaient été conçus pour tout sauf pour les humains.
Vous incarnez Arjun Devraj (interprété par Rahul Kohli), un agent de sécurité spatiale en mission pour retrouver des colons disparus sur ce monde alien avant que la situation ne devienne chaotique. Un classique du genre. Ici, le capitalisme spatial frôle l’illégalité et Devraj se révèle être un véritable traumanaut, traînant avec lui des bagages psychologiques lourds pour ce long voyage. Mais après tout, lutter contre des aliens devrait pallier à quelques soucis, non ?
Devraj n’est pas seulement ses traumatismes : c’est aussi un combattant rapide capable de tirer des centaines de balles à la minute tout en esquivant des projectiles douloureux lancés par des aliens robotisés. Les combats ne ressemblent en rien à une chorégraphie cinématographique. Chaque affrontement est désespéré, frénétique et chaotique ; vous sautez, vous courez et tentez de ne pas vous ridiculiser face à ce qui semble être le contenu entier d’une aire de jeux extraterrestre qui rebondit vers vous, pendant que des faisceaux laser frétillent à vos pieds.
Ce type d’action est parfois qualifié de ballet de balles, mais le ballet est élégant et maîtrisé, tandis que cela est pur chaos et instinct. C’est plutôt comme traverser une autoroute en pyjama sous une pluie d’étoiles filantes. C’est tout simplement brillant.
Un instant, vous êtes incroyable, séduisant, invincible. Le suivant, vous trébuchez, commettez des faux pas, succombez. Cependant, la mort ici n’est pas si terrible. Ce qui vous tue vous rend plus fort.
Chaque fois que vous succombez sur la planète, Devraj se reconstitue dans une substance extraterrestre. Vous pouvez alors échanger vos découvertes contre des améliorations d’armure offrant davantage de santé, de puissance d’attaque, et d’autres avantages. Vous retournez alors dans les territoires inexplorés, qui se modifient à chaque décès, recommençant le cycle. À chaque retour, une variété d’armes et d’améliorations vous attend, mais les ennemis, eux, demeurent inchangés. Cette petite pause d’amélioration entre chaque essai vous redonne confiance avant de repartir à l’assaut. Saros est un jeu impitoyable sans être insurmontable, et il y a quelque chose de savoureux à retourner dans des zones antérieures une fois équipé et capable de balayer tout sur votre passage.
Dans de nombreux jeux, le succès propulse l’histoire en avant. Cependant, Saros distille sa narration peu importe que vous viviez ou mouriez. Cela donne un aspect haché à l’intrigue mais prévient un sentiment d’énervement lorsque vous vous retrouvez en difficulté. Le jeu explore dès le départ le thème de l’obsession et continue de le développer, ce qui sert d’ancre intelligente au cycle de « lutter, mourir, recommencer ». Vous ne vous connectez peut-être pas personnellement avec Devraj, mais la narration vous plonge dans son état d’esprit, et les personnages incitent à découvrir davantage malgré le rythme saccadé de l’histoire.
Jane Perry est impressionnante en tant qu’officier supérieur, et Kohli a quelques moments révélateurs de son talent. Malheureusement, vous passez la majeure partie du jeu à contempler l’arrière de sa tête pendant qu’il tire avec différentes armes. Les conversations manquent souvent d’émotion et sont statiques, et vous ne pouvez vraiment apprécier son talent que lors des scènes cinématiques vers la fin. C’est un léger défaut dans un jeu par ailleurs bien conçu.
Et parlons des armes. Oh, les armes ! Chaque fois que vous tirez, c’est comme admirer un feu d’artifice à travers un kaléidoscope ou voir Thor frapper un enclume à Valhalla. Chaque combat est peuplé d’étincelles, de poussière et de chaleur intense. Chaque arme instantanément change la dynamique du combat. Vous devez jongler entre les tirs primaires et alternatifs pour répondre aux situations tout en esquivant, sautant, et tentant de survivre au déluge de violence. Si certains dialogues ont dû être sacrifiés pour faire place à tout cela, le développeur Housemarque a clairement fait le bon choix.
Tant de choses se passent durant l’action que vous finissez par concentrer votre attention sur le centre de l’écran, apprenant à compter sur vos réflexes et votre vision périphérique pour tout saisir en même temps que la scène explose. Saros exige beaucoup de vous ; vous dérapez jusqu’à en avoir mal aux pouces, mais il touche à quelque chose de fondamental, vous entraînant dans un état de flux où même une multitude d’orbes enflammées crachées par d’imposants aliens hostiles ne semble plus si inquiétante.
Points à retenir
- Saros offre un univers riche et dérangeant à explorer.
- La mécanique de mort et renaissance permet une progression continue malgré les échecs.
- Le thème de l’obsession est central, renforçant l’expérience narrative.
- Les combats sont dynamiques et imprévisibles, mettant à l’épreuve les réflexes du joueur.
- Les personnages, bien que parfois statiques, ajoutent une profondeur à l’histoire.
En somme, Saros représente une expérience unique dans le monde des jeux vidéo, mêlant une jouabilité intense et une narration intrigante. En tant que passionné de jeux, je trouve fascinant d’explorer ces mondes distracteurs tout en cherchant à comprendre le combat intérieur des personnages. Que ce soit la conquête des défis ou la découverte des profondeurs de l’âme humaine, Saros ouvre la porte à des réflexions sur le sens de l’échec et de la résilience. Qu’en pensez-vous ?
