lun. Août 17th, 2026

«Oncle !», appelle le jeune homme portant une casquette rouge. «Quand reviens-tu ?» Le policier, en uniforme et avec une moustache noire, regarde par les barreaux du fourgon de police, surpris. Le manifestant vient d’être arrêté, et il utilise son smartphone pour tourner la situation en dérision.

«Quand reviens-tu, oncle ?» C’est ainsi qu’on interroge un membre de la famille un peu trop emporté en Inde, mais il est clair que depuis que des centaines de milliers de jeunes ont réussi à obtenir le départ du ministre de l’Éducation il y a deux semaines, une nouvelle forme de protestation émerge dans le pays : le «protest digital». Cette séquence démontre que la génération Z, regroupant environ 400 millions d’Indiens nés entre 1997 et 2012, adopte une forme de dissidence à travers les réseaux sociaux.

La moquerie sur les réseaux sociaux à l’égard des autorités

Cela a été déclenché par le scandale d’une fuite de questions concernant un examen médical crucial. Après que le gouvernement ait dû réorganiser ce test vital pour plus de deux millions de candidats, au moins une douzaine de suicides en découlaient. Une «partition» satirique, la «Kakerlaken» (CPI), a appelé à manifester sur Instagram contre l’État et le chômage des jeunes. La réponse fut massive, et les jeunes se sont moqués des autorités avec une créativité sans précédent.

Les jeunes chantaient aux policiers armés de matraques s’ils avaient bien pris leur petit déjeuner, des vidéos humoristiques de ceux qui étaient arrêtés circulaient, et des parodies de Modi, le Premier ministre, où les jeunes se couvraient de mousse à raser pour imiter son apparence, ont inondé les fils d’actualités.

Avec le smartphone comme arme, la génération Z s’impose

Des mouvements similaires sont déjà apparus au Bangladesh et au Népal, montrant que les réseaux sociaux confèrent à cette jeune génération un pouvoir sans précédent. Néanmoins, cette dynamique digitale n’évolue pas dans un vide : l’automatisation et l’intelligence artificielle (IA) pèsent sur le marché du travail, exacerbant les raisons sous-jacentes des protestations.

Le développement de nouveaux outils d’IA par des entreprises américaines a fait chuter les actions des géants indiens de l’IT, et les prévisions sur l’impact potentiel de l’IA en termes d’emplois sont alarmantes. Si l’IA est mal implantée, cela pourrait se traduire par la perte d’un quart des emplois dans le secteur de l’IT.

Entre licenciements et embauches dans le secteur de l’IT

Ce climat de méfiance face à l’IA est palpable, surtout dans un marché du travail déjà difficile pour les diplômés. À peine sept pour cent trouvent un emploi stable la première année, et 40 % des diplômés de moins de 25 ans sont au chômage.

Ajoutons à cela une peur généralisée liée à l’IA : 70 % des membres de la génération Z craignent de perdre leur emploi à cause de cette technologie, alors que beaucoup montrent aussi un vif intérêt pour les outils d’IA.

La tendance: vers une réduction des employés ?

Des entreprises comme TCS ont déjà rapporté une baisse des effectifs, mais ont également récemment annoncé des embauches dans des rôles de soutien, suggérant une adaptation de la main-d’œuvre. A l’inverse, HCLTech a dû licencier plus de 3000 personnes en raison d’une augmentation de la productivité grâce à l’IA.

La question du futur: l’IA va-t-elle créer ou détruire des emplois ?

Malgré ces changements, l’expert en travail Manish Sabharwal suggère que se concentrer sur la création ou la destruction d’emplois est réducteur. La vraie question se pose sur la distribution des gains de productivité générés par l’IA. Si ces gains profitent majoritairement aux grandes entreprises, les inégalités risquent d’augmenter.

Où va l’IA ?

Les entreprises semblent être les seules à bénéficier des innovations d’IA, laissant de côté la population plus vulnérable qui reste dans le secteur informel. La jeunesse indienne qui veut accéder à des emplois de qualité rencontre des obstacles supplémentaires, renforcés par le manque d’éducation adéquate, notamment en matière de compétences technologiques.

Points à retenir

  • La génération Z en Inde utilise les réseaux sociaux comme plateforme de protestation.
  • Le chômage des jeunes est exacerbé par la montée de l’automatisation et de l’IA.
  • Les manifestations récentes mettent en lumière des demandes de changement et d’accès à l’éducation.
  • Les inégalités économiques pourraient se renforcer si les bénéfices de l’IA ne sont pas équitablement répartis.

La situation actuelle en Inde soulève une multitude de questions sur l’avenir du travail face aux avancées technologiques. J’observe une tension fascinante entre le potentiel de la technologie pour révolutionner le marché du travail et les risques qu’elle représente pour les emplois de demain. Comme citoyen, je ne peux m’empêcher de me demander : comment notre société pourra-t-elle naviguer dans cette ère d’incertitude tout en assurant l’intégration de tous les segments de la population dans cette nouvelle réalité ?


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