sam. Juin 13th, 2026

Grace Ashcroft pénètre dans une pièce, accroupie, en suivant cette étrange conviction vidéoludique selon laquelle se baisser fait moins de bruit. À peine entrée, elle se rend compte qu’une femme-zombie est absorbée par le nettoyage frénétique d’un miroir, au point de ne pas la remarquer. Soulagée, Grace passe son chemin. Mais moi, je reste là, car l’évolution de l’un des véritables protagonistes de la saga Resident Evil, l’esprit des zombies, m’intéresse. Ce personnage dévoreur, inspiré par les films de George Romero, commence à renaître. Romero a été le premier à saisir que l’évolution ne se produit pas chez le survivant, mais bel et bien chez le monstre.

Koshi Nakanishi, le directeur du projet, a mentionné que l’une des innovations les plus surprenantes de ce Resident Evil est que les zombies semblent se souvenir de certaines de leurs habitudes de vivants. Dans le dernier showcase, on les voit nettoyer, éteindre des lumières dans des couloirs, ou effectuer des métiers qu’ils avaient avant de mourir, comme boucher. Ce changement représente une évolution potentiellement puissante, car il nous rappelle que ces créatures étaient autrefois humaines. En voulant s’en débarrasser sans pitié, nous risquons d’oublier que nous frôlons la ligne entre l’humanité et la monstruosité.

Attention à considérer les zombies comme trop humains
Attention à considérer les zombies comme trop humains

C’est George A. Romero, un des plus grands réalisateurs de tous les temps, qui, en 1968, a redéfini à jamais la figure du zombie avec La Nuit des morts-vivants. L’humain revenant était présenté avant tout comme un acte politique, une critique des « retourneurs » du Vietnam, bientôt enracinée dans les entrailles du système américain pour dénoncer le racisme et le consumérisme. Peut-être que Mikami n’avait pas vu toute cette portée lorsqu’il a décidé de baser son horreur sur les œuvres de Romero, qui restait son inspiration principale. Aujourd’hui, avec l’évolution de ses zombies, il est pertinent de se poser des questions.

Quand il n’y aura plus de place en enfer…

Dans Resident Evil, les zombies ont souvent été la proie passive des effets du virus. Les parasites, comme Las Plagas, relèvent d’un autre genre, mais le zombie, tel que nous le connaissons, a toujours eu une dignité même sans cerveau. Mikami ne s’est pas véritablement attardé sur la portée symbolique que Romero avait insufflée au zombie. Pour Romero, les morts-vivants n’étaient pas de simples terreurs, mais des instruments pour observer l’humanité. L’année 1968 est marquée par de grands bouleversements générationnels, où la génération plus âgée était dépassée par celle des jeunes. Dans un moment aussi tumultueux, Romero a présenté un film d’horreur qui allait révolutionner le genre, avec un budget modique et une forte inspiration du roman Je suis une légende de Richard Matheson.

Les comportements de ces morts-vivants semblaient dépasser l’instinct, revenant vers des lieux familiers, utilisant des objets, et manifestant peut-être un ressentiment envers les vivants. Ce concept est au cœur de la saga de Capcom : des créatures primitives qui incarnent l’excès du consumérisme, un désir de consommer la vie elle-même. En 1978, dans Zombi (Dawn of the Dead), Romero atteint l’apogée de cette pensée : les zombies envahissent un centre commercial, mais leur attraction n’est pas vers des proies ou la promesse de nourriture ; c’est simplement un lieu qui comptait pour eux lorsqu’ils étaient vivants.

L’éternel besoin de consommation se retrouve ainsi dans les vivants et les morts, tandis que Capcom prend une nouvelle direction après Resident Evil 3, se distanciant des éléments introduits par Romero. Cependant, les zombies de Raccoon City sont plus tragiques que spectaculaires : ils errent dans leurs rues, nés d’une mémoire perdue.

Zombi, dans les années 1978, transformait déjà l'imaginaire des non-morts
Zombi, dans les années 1978, transformait déjà l’imaginaire des non-morts

Disons que je leur permets de continuer à exister

Dans Le Jour des Morts-vivants, une évolution se produit : Bub, un zombie, est soumis à des expérimentations militaires pour évaluer ce qui reste de son humanité. Il commence à apprendre, à reconnaître, développant même un lien affectif. Ce moment est crucial dans la mythologie de Romero, où la mort ne gomme pas tout. Les gestes de Bub, ainsi que ceux des zombies que l’on aperçoit dans le trailer de Resident Evil Requiem, sont des relents de vie quotidienne, marquant un changement significatif dans la perception du zombie, de simple monstre à une présence vivante dans un espace.

Romero montre ainsi une société de plus en plus déchue, où les humains perdent de vue leur collectivité sous l’emprise de la violence, tandis que les zombies, dans une forme d’évolution cognitive, prennent de plus en plus d’humanité, à mesure que l’humanité devient monstrueuse.

Bub est le zombie qui commence à évoluer
Bub est le zombie qui commence à évoluer

Les fleurs du ciel ne fonctionnent plus

Il est pertinent de se demander où se situe l’évolution des zombies dans la vision de Capcom après Requiem. Dans La Terre des Morts-vivants, Romero imagine que les zombies représentent la classe ouvrière prenant conscience de sa condition, dans un monde où les humains sont une élite capitaliste enfermée dans une cité fortifiée. Cette invasion devient alors un acte de libération, une lutte où les zombies cherchent à se venger d’une humanité qui les a toujours maltraités.

Les zombies de La terre des morts vivants représentent la classe ouvrière
Les zombies de La terre des morts vivants représentent la classe ouvrière

Dans Requiem, le souvenir humain présent chez ces morts-vivants semble d’abord un élément de gameplay intéressant, laissant entendre que quelques fragments de mémoire subsistent. Toutefois, rien ne permet de supposer que Capcom abandonne ses héros humains au profit de réflexions sur la nature humaine. C’est là que se dessine une fracture entre Capcom et Romero : la première mise en avant d’une narration héroïque, la seconde d’une vision nihiliste du monde humain.

Requiem pourrait ainsi offrir une perspective alternative sur un univers des morts célébré par son titre. Le requiem est une prière pour les défunts, qui pourtant habitent une Raccoon City dévastée par la main de l’homme. Au fond, ce ne sont pas les morts qui posent problème, mais plutôt ceux qui les ont créés. Cette interrogation commune entre Romero et Resident Evil nous pousse à nous demander : les humains ont-ils jamais vraiment été humains ?

Points à retenir

  • Les zombies dans Resident Evil montrent une évolution en se remémorant certains gestes de leur vie passée.
  • Romero a utilisé les zombies comme une critique sociale et politique.
  • Le rapport entre les humains et les zombies se complexifie, remettant en question l’idée d’humanité.
  • Resident Evil prend une direction plus axée sur l’action, éloignant le zombie de sa portée symbolique initiale.
  • La lutte de libération des zombies face à l’oppression humaine souligne un retournement des rôles entre les vivants et les morts.

À travers cette analyse, je me rends compte que la dualité entre l’humanité et le monstre pousse à une réflexion sur notre propre existence. Les zombies, en tant que témoins d’un monde en décomposition, reflètent peut-être une facette sombre de notre société. L’inversion des rôles, où les morts prennent de l’humanité et les vivants sombrent dans la cruauté, résonne profondément et invite à une introspection sur notre propre nature. Cette thématique’, au-delà du simple divertissement, engage le public à se poser des questions essentielles sur ce que signifie vraiment être humain.


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