Performance de l’opéra “Lazarus” à Munich
Pourquoi les compositeurs échouent-ils à évoquer la résurrection ?
Franz Schubert a laissé derrière lui son drame musical “Lazarus”, une œuvre inachevée. Le thème complexe de la résurrection d’un mort semble l’avoir dépassé. Récemment, la Bayerische Theaterakademie August Everding a confronté ce fragment à un texte moderne et à de la musique contemporaine, avec un résultat prometteur.

Image : Cordula Treml
Franz Schubert a connu un échec avec sa composition sur le personnage biblique de Lazarus, ressuscité par Jésus selon l’Évangile de Jean, qu’il n’a jamais achevée en 1820. Les spécialistes avancent que bien que Schubert ait été fasciné par la mort, le thème de la résurrection l’aura certainement accablé. Ce constat s’applique à toute la musique théâtrale des deux derniers siècles, où l’on ne trouve guère que des morts-vivants aspirant à la fin, comme dans “Le Vaisseau fantôme” de Wagner ou “Emilia Marty” de Janáček. Dans ce contexte, l’initiative de la Bayerische Theaterakademie August Everding était captivante : juxtaposer le fragment oratorio de Schubert avec un texte de l’auteur américain Richard France, qui traite du destin de Barabbas, le criminel relâché par Ponce Pilate, pendant que Jésus était crucifié.
Un gain pour Schubert
France suggère que Barabbas, incapable de gérer cette situation, éprouve de l’envie pour la renommée posthume de Jésus. Ces dynamiques sont absolument fascinantes, sur lesquelles Alexander Strauch a composé une nouvelle musique. La metteur en scène, Martina Veh, a déclaré : “Cette adaptation a nécessité beaucoup de temps et j’avoue avoir eu un peu d’arrogance en croyant que cela fonctionnerait. Nous avons pris le risque et je pense sincèrement que cela profite également à Schubert. À certains moments, le contraste entre la musique classique et la nouvelle m’apporte beaucoup. Ces oppositions s’attirent et reflètent d’une certaine manière l’état actuel de notre monde divisé, tant sur le plan intérieur que visible.”
Allégorie de la futilité terrestre
La représentation a eu lieu dans le vaste atrium d’une ancienne centrale de chauffage à Aubing, à Munich, surnommée l’Artkraftwerk Bergson. Ce lieu évoque des associations avec des cathédrales gothiques ou des chapelles funéraires. Les amateurs d’échos monumentaux y trouvent leur compte. La direction artistique de Martina Veh a créé des images starks mais impressionnantes pour cette méditation sur la vie et la mort. On y assiste à un véritable “rave de résurrection” dans une brume épaisse, avec des néons et des branches sèches, où le corps de Lazarus est disséqué avant que le contour de son cadavre ne soit effacé – une puissante métaphore de l’insignifiance terrestre !
Une performance convaincante
La détermination avec laquelle les jeunes interprètes de la Bayerische Theaterakademie se sont engagés dans cette œuvre est touchante. Le pathos sied souvent mieux à la jeunesse qu’à la vieillesse. Cette performance d’opéra est un bel hommage au mois des défunts qui approche, soutenue par la direction musicale de Joachim Tschiedel. Les angels, aux ailes blanches illuminées, n’étaient pas les seules à évoluer dans la grande salle : les sonorités des deux pianos ont parfaitement rempli l’espace. Au final, un audacieux pari qui s’est révélé fructueux.
Martina Veh a précisé : “Tout ce qui touche à la mort est souvent mis de côté. On préfère éviter d’en parler. La notion de résurrection est plaisante, mais le chemin qui y conduit est problématique, et je pense que nous avons tenté de nous engager dans cette réflexion.”
Points à retenir
- Schubert a laissé “Lazarus” inachevé, un reflet de ses luttes face à des thèmes complexes.
- La performance de la Bayerische Theaterakademie allie musique contemporaine à un classique inachevé.
- Barabbas, en tant qu’antagoniste, explore des thèmes de jalousie et d’envie véhiculés par Richard France.
- Le cadre de la représentation ajoute une dimension visuelle forte à l’expérience théâtrale.
- Le mélange de styles musicaux enrichit la narration et reflète notre réalité actuelle.
On peut se demander pourquoi la discussion autour de la mort et de la résurrection suscite tant de réticences. Cette représentation ouvre un espace pour réfléchir à notre rapport à la vie et à la mort. Cette dualité, souvent négligée dans nos vies trépidantes, mérite d’être explorée davantage. Qu’en pensez-vous ?
