Le Parlement letton a approuvé ce jeudi, avec 56 voix pour et 32 contre, un projet de loi destiné à retirer le pays du … Convention d’Istanbul, le traité du Conseil de l’Europe adopté en 2011 pour prévenir et combattre la violence à l’égard des femmes ainsi que la violence domestique. Cette décision fait de la Lettonie le premier État membre de l’Union Européenne à entamer officiellement son retrait d’un instrument qui considère de telles violences comme des violations des droits humains et établit des cadres pour leur prévention, la protection des victimes et la poursuite des agresseurs.
Ce traité avait été ratifié par la Lettonie à peine l’année dernière, après un long débat initié comme priorité par la Première ministre, Evika Siliņa. Désormais, le retrait nécessite l’approbation finale du président Edgars Rinkēvičs, du parti Nouvelle Unité (Vienotība), une formation libérale-conservatrice qui dirige la coalition gouvernementale et à laquelle appartient également la Première ministre. Si Rinkēvičs donne son accord, la Lettonie suivra les traces de la Turquie, qui a quitté le traité en 2021, arguant qu’il constitue une menace pour les « valeurs familiales », devenant ainsi le second pays à le faire, dans ce qui serait un pas vers la minimisation de la violence de genre.
Un débat vif
L’initiative a été portée par le parti populiste Lettonie d’abord (LPV) et a bénéficié du soutien de l’opposition conservatrice et nationaliste, ainsi que de l’Union des Verts et des Agriculteurs (ZZS), euro-sceptique. Les partisans du retrait du traité avancent que celui-ci impose une « idéologie de genre » étrangère, qui va à l’encontre des traditions familiales lettonnes et incite à l’homosexualité chez les jeunes. Ils estiment que les lois nationales existantes suffisent à protéger les femmes et les groupes vulnérables. Le débat parlementaire, intense et parfois précipité, reflète des divisions profondes au sein de la société lettone. Des critiques tant internes qu’externes mettent en garde contre le fait que ce retrait affaiblira le soutien institutionnel accordé aux victimes, supprimant ainsi un cadre complet avec des mécanismes de suivi indépendants.
Le président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), Theodoros Rousopoulos, a qualifié la décision du Parlement letton de « recul sans précédent et profondément préoccupant » pour les droits des femmes en Europe. Il a exprimé son inquiétude face au « message dangereux » que cela envoie : que « la sécurité et la dignité des femmes peuvent être mises en question ou négociées ». Rousopoulos a critiqué le processus, le qualifiant de « nourri par la désinformation » et a encouragé les autorités lettones à reconsidérer cette décision.
Le Convention d’Istanbul a été ratifié par 39 pays. Dans l’Union Européenne, cinq – Bulgarie, République Tchèque, Hongrie, Lituanie et Slovaquie – ne l’ont pas fait, invoquant des objections similaires à celles de la Lettonie. Bien que la Pologne ait clairement manifesté son intention de se retirer de l’accord sous le gouvernement conservateur et ultra-droite de Droit et Justice (PiS), la situation a évolué avec l’arrivée au pouvoir de Donald Tusk, qui a annoncé que la Pologne maintiendrait sa position par rapport au traité.
Points à retenir
- La Lettonie devient le premier pays de l’UE à se retirer de la Convention d’Istanbul.
- Le retrait nécessite l’approbation du président Edgars Rinkēvičs.
- Le débat a été marqué par des tensions internes et des divisions sociétales profondes.
- Des critiques soulignent les conséquences négatives de ce retrait sur le soutien aux victimes de violence.
- Le président de l’APCE a exprimé de vives inquiétudes quant à l’impact sur les droits des femmes en Europe.
À travers cette décision historique, il est essentiel de réfléchir à l’impact que cela pourrait avoir sur les démarches de protection des droits des femmes en Europe. Sommes-nous prêts à sacrifier des avancées significatives en matière de droits humains au profit d’une soi-disant sauvegarde de notre culture ? Ces questions méritent d’être débattues et explorées avec la plus grande attention.