Les autorités européennes, avec l’Espagne en tête, cherchent à accélérer le développement et l’implémentation de l euro numérique. Pourtant, dans un contexte où les paiements électroniques gagnent en popularité, la demande de liquidités continue d’augmenter. Selon les données du Banco de España, une réelle paradoxe s’observe : bien que le nombre de retraits d’espèces aux distributeurs ait diminué ces dernières années, le montant total de ces opérations a atteint des sommets historiques.
Méthodes de paiement en Espagne
Le Département des Systèmes de Paiement a révélé que, en 2025, le nombre de retraits d’espèces dans les distributeurs automatiques a enregistré une nouvelle baisse, avec 652 867 opérations, contre 683 390 l’année précédente. En 2019, il y avait 908 590 retraits, et il y a dix ans, en 2015, ce chiffre atteignait 918 773.
La série historique montre que le nombre de retraits a franchi la barre du million pour la première fois en 2007, atteignant 1 011 467, avec un pic en 2008 à 1 018 939. Après cela, une tendance à la baisse s’est installée. Bien que les chiffres aient connu un léger regain en 2021 et 2022, cette hausse s’est atténuée en 2023, avec 693 468 retraits. En 2024, une nouvelle baisse a été observée, suivie d’une chute supplémentaire en 2025.
Cependant, malgré la diminution du nombre de retraits, le montant total de ces opérations continue d’augmenter, atteignant des records. En 2025, le total des retraits d’espèces s’est élevé à 129,2 milliards d’euros, contre 127,5 milliards un an auparavant. À titre de comparaison, en 2019 ce montant était de 125,2 milliards et de 114,9 milliards en 2015.
Cette hausse du montant des retraits s’explique en grande partie par l’augmentation de l’inflation. Depuis janvier 2020, selon les données de l’INE, les prix en Espagne ont augmenté de 23,4%. Pendant cette même période, le total des retraits est passé de 160,6 milliards à 286,6 milliards, soit une hausse de 78,5%.
Autres moyens de paiement
Dans le même temps, les transactions avec des méthodes de paiement alternatives au cash ont également augmenté. D’après le Banco de España, « les statistiques du premier semestre de 2025 montrent que le nombre total d’opérations de paiement par instruments non monétaires a atteint 9,4 milliards, soit 8,5% de plus que l’année précédente », pour un montant total de 6,4 billions d’euros.
En termes de volume, « les paiements par carte représentent 65,7 % du total des opérations, tandis que les transferts constituent 16,8 %. Toutefois, en ce qui concerne le montant, la situation s’inverse : les transferts représentent 88,5 % du montant total des paiements non espèces, contre 3 % pour les cartes. Cela indique que les cartes sont principalement utilisées pour les petits paiements, tandis que les transferts sont privilégiés pour des montants plus importants. »
Points à retenir
- Le nombre de retraits d’espèces est en déclin, tandis que les montants retirés atteignent des niveaux élevés.
- L’inflation a fortement contribué à l’augmentation des montants de retrait d’espèces.
- Les méthodes de paiement alternatives continuent de gagner en popularité, avec une hausse significative des transactions non monétaires.
- Les cartes demeurent les moyens privilégiés pour les petits paiements, tandis que les transferts dominent pour des montants plus conséquents.
Cette dualité entre l’augmentation des montants retirés et la baisse du nombre de retraits interroge sur notre rapport à l’argent liquide. Sommes-nous en train de passer à une société de plus en plus liquide, qui, paradoxalement, semble dépendre davantage du cash pour de plus gros montants ? C’est une réflexion intéressante à mener alors que les innovations dans les paiements électroniques continuent de se développer.