ChatGPT, Gemini, DeepSeek, Grok, CapCut… Les 25 premières places parmi les principales plateformes de services d’intelligence artificielle sont dominées par les États-Unis et la Chine. Cependant, cette année, une petite entreprise de Malaga a émergé en 11ème position, défiant ces deux superpuissances.
Freepik, une entreprise basée à Malaga, s’est imposée comme une référence européenne dans le secteur de l’IA. Ce modèle de réussite international illustre comment s’adapter à l’évolution technologique. Fondée bien avant l’essor de l’IA, Freepik était initialement une banque d’images, permettant aux utilisateurs de télécharger des photos et illustrations avec licence.
Comme l’indique Joaquín Cuenca, son fondateur, la plateforme visait à répondre à un besoin général, sans l’hyperambition qui caractérise souvent les startups technologiques, jusqu’à l’émergence de l’intelligence artificielle.
Confrontée à la génération d’images par IA, Freepik a compris la nécessité d’évoluer. Plutôt que de résister aux nouvelles technologies, elle a su s’en emparer, devenant une plateforme d’accès aux principaux modèles génératifs d’images.
À présent, Freepik se positionne comme un outil polyvalent pour les créateurs, offrant plus de 20 outils d’IA générative en complément de sa banque d’images. Cuenca précise que leur mission demeure inchangée : aider les gens à concrétiser leurs idées.
Freepik a généré plus de 90 millions d’euros de chiffre d’affaires. En seulement deux ans, ses outils d’IA ont dépassé les bénéfices engrangés par la banque d’images établie depuis 2012. La plateforme attire plus de 100 millions de visites par mois et approche du million de souscripteurs payants, avec une équipe de près de 500 employés et des bureaux à Silicon Valley.
La première européenne
En partant d’un produit qualifié de « peu sexy », Freepik est aujourd’hui la 11ème plateforme d’IA la plus utilisée au monde. Ce classement, établi par Andreessen Horowitz, souligne que, malgré leur évolution, certaines entreprises ont su intégrer cette technologie au cœur de leur modèle commercial.
Dans cette liste, Freepik est la troisième entreprise à s’être réorientée avec succès vers l’IA, surpassée seulement par Canva et Notion.
Malgré son envergure, Freepik reste méconnue, même en Espagne. Cuenca souligne que l’entreprise est quatre fois plus grande que Mistral, une startup française au cœur des débats sur la souveraineté technologique européenne, tout en faisant face au défi de la visibilité.
Le manque de financement et les faibles efforts en relations publiques expliquent en partie cette relative invisibilité. En 2020, EQT a acquis 53% de Freepik pour 225 millions d’euros, mais avec des fondateurs toujours aux commandes.
Cuenca estime également que si Freepik avait été basé à Madrid, sa notoriété serait sans doute différente, même si Malaga offre un environnement de travail favorable.
Au cœur du débat sur le design
Freepik est désormais au centre des discussions concernant l’avenir des métiers du design, dont les professionnels subissent de plein fouet l’impact de l’IA. Des études prévoient une automatisation élevée des tâches des designers, avec des faillites de poste importantes dans les années à venir.
Joaquín Cuenca ne minimise pas cette réalité. Il admet que certains designers pourraient se retrouver dans une impasse. Il passe en revue l’histoire, soulignant que chaque révolution technologique a des répercussions sur l’emploi.
Selon lui, l’IA pourrait donner naissance à une nouvelle industrie créative. En prenant l’exemple des créations cinématographiques, il envisage que de futurs réalisateurs, sans gros budgets, pourraient concrétiser leurs idées. L’évolution du marché permettrait de rendre accessibles des œuvres qui autrement n’auraient jamais vu le jour.
Les films réalisés avec de l’IA pourraient générer des revenus significatifs, même sans un budget colossal.
Joaquín Cuenca
Freepik développe actuellement des outils de génération vidéo, s’engageant à ouvrir de nouvelles possibilités créatrices. Si la vision de Cuenca se réalise, demain, des idées novatrices pourraient voir le jour sans investissement majeur, se concentrant uniquement sur la créativité et l’accès aux outils adéquats.
Points à retenir
- Freepik s’est adapté à l’IA, transformant ses services et dépassant les attentes initiales.
- Malgré son succès, l’entreprise reste méconnue et aborde des défis de visibilité importants.
- Le secteur du design est en pleine mutation due à l’automatisation, soulevant des inquiétudes quant à l’avenir des professionnels.
- Joaquín Cuenca évoque la potentialité d’une nouvelle industrie liée à la créativité grâce aux outils IA.
- Des innovations cinématographiques pourraient devenir accessibles à une plus large audience, transformant les pratiques de création.
En conclusion, cet article soulève des questions clés sur l’avenir du travail et de la créativité à l’ère de l’intelligence artificielle. Alors que certaines professions pourraient disparaître, de nouvelles opportunités se présentent pour ceux qui sauront s’adapter. En tant que société, nous devons réfléchir soigneusement à la manière dont nous souhaitons façonner notre avenir créatif, en tirant parti des outils technologiques à notre disposition tout en préservant la valeur humaine dans le processus créatif.