mar. Juin 23rd, 2026


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Oleksandr a déserté l’armée alors qu’il servait sur le front oriental de l’Ukraine, après avoir été témoin durant plusieurs mois de l’horreur des bombardements russes qui décimaient ses camarades. Un jour, son unité a reçu l’ordre de contre-attaquer. À 45 ans, Oleksandr craignait pour sa vie et a profité d’une occasion pour quitter les lignes de front en région de Louhansk.

« Nous voulions vivre. Nous n’avions aucune expérience militaire. Nous étions des gens ordinaires, des ouvriers », explique-t-il doucement à l’AFP, sans révéler son nom de famille.

Son cas fait partie des milliers de défections qui minent l’armée ukrainienne, laquelle a perdu 43 000 soldats depuis le début de l’invasion russe en février 2022, tandis que des dizaines de milliers sont portés disparus.

Le manque d’effectifs constitue l’un des plus grands défis face à des troupes russes plus nombreuses et menant l’offensive, en gagnant du terrain à travers des actions meurtrières.

– La prison plutôt que la mort –

Selon le parquet ukrainien, depuis 2022, au moins 90 000 cas de désertion ou d’absence non autorisée ont été ouverts, avec une forte hausse des tendances observée en 2024.

Le cas de Sergiy Gnezdilov illustre bien cette situation. En septembre, ce jeune homme de 24 ans a annoncé sur les réseaux sociaux qu’il quittait son unité en raison de la conscription indéfinie. « À partir d’aujourd’hui, je suis absent sans permission après cinq années de service militaire impeccable, jusqu’à ce que des conditions claires de service soient établies ou jusqu’à mes 25 ans », a-t-il écrit.

Le service national d’enquête a qualifié son comportement d’« immoral », déclarant que ses paroles servaient les intérêts de la Russie. Gnezdilov a été arrêté et risque jusqu’à 12 ans de prison.

Oleksandr affirme qu’il se souvient peu de l’année suivant sa désertion, passée dans la région de Lviv, qu’il attribue à des commotions cérébrales subies lors des bombardements. Il raconte également avoir bu pour oublier l’horreur et un sentiment croissant de culpabilité.

Au final, malgré les supplications de ses proches, il a décidé de retourner au front, après avoir vu de jeunes recrues s’enrôler et des militaires blessés reprendre le combat. Sa sœur lui a dit : « Je préfère te porter de la nourriture en prison que des fleurs sur ta tombe ».

– « On devient fou peu à peu » –

Pour Buch, un soldat qui utilise un alias de guerre, c’est aussi le sentiment de culpabilité qui l’a poussé à revenir au combat. Ce jeune homme de 29 ans a déserté après avoir été blessé lors de la libération de Kherson fin 2022. « Rester sous un bombardement constant altère peu à peu ta santé mentale. On devient fou peu à peu. On est constamment sous stress », témoigne-t-il.

Face à la pénurie d’effectifs, le Parlement ukrainien a approuvé en août une amnistie pour les soldats revenant dans leurs unités.

Les brigades 47 et 53 de l’armée ont annoncé en décembre qu’elles réintégreraient les soldats ayant quitté le front sans autorisation. « Tout le monde fait des erreurs », ont-t-elles déclaré.

Le parquet indique qu’environ 8 000 soldats ayant déserté ou abandonné leur poste sans permission sont revenus dans les rangs de l’armée.

– Soutien psychologique –

Pour Siver, un commandant du 1er Bataillon d’Assaut Séparé, réputé sous le nom de Da Vinci, le nombre de soldats qui quittent leurs unités augmente, car les militaires les plus motivés sont morts ou blessés. « Peu de gens sont faits pour la guerre », affirme-t-il à l’AFP. « De plus en plus de personnes sont contraintes d’intégrer l’armée », ajoute-t-il.

Plusieurs militaires ont déclaré à l’AFP que des mesures sont prises pour réduire les défections. Buch souligne qu’il y a une amélioration dans la formation médicale et militaire par rapport à sa première mobilisation. De même, l’attitude de ses supérieurs a changé. Auparavant, certains officiers « ne nous traitaient pas comme des êtres humains ».

Le commandant Siver estime que le soutien psychologique pourrait aider les troupes à supporter les « semaines » passées dans les tranchées, boueux et soumis au froid et à la faim. Pour autant, il n’existe pas de solution miracle contre la désertion, une tendance qui semble appelée à perdurer. « Nous devons mettre un terme à la guerre », conclut-il.

Bon à savoir

  • Depuis le début du conflit, le service militaire en Ukraine a été marqué par de nombreuses réformes et ajustements en fonction des besoins pressants du front.
  • Des initiatives visant à améliorer le bien-être psychologique des soldats sont en cours, incluant un soutien psychologique renforcé pour aider à gérer le stress et les traumatismes rencontrés au combat.
  • La question des défections soulève des préoccupations éthiques et morales, tant au sein des forces armées que dans la société ukrainienne, remettant en question les fondements mêmes de l’engagement militaire.


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5 thoughts on “Déserter l’armée ukrainienne : entre désespoir et clémence”
  1. C’est incroyable de voir comment des gens ordinaires prennent des décisions aussi difficiles. La guerre change vraiment la perspective de la vie.

  2. Francis, cet article met parfaitement en lumière une situation si complexe et tragique. Merci de partager ces histoires poignantes qui méritent d’être entendues.

  3. Francis, cet article est poignant et met en lumière des réalités difficiles. La souffrance des soldats et leurs choix déchirants touchent profondément. Merci de partager cette perspective.

  4. Cet article met en lumière le dilemme tragique des soldats ukrainiens. Leurs choix entre survie et devoir sont bouleversants. Il est crucial de comprendre leur souffrance humaine derrière chaque désertion.

  5. La situation des soldats ukrainiens est profondément touchante. Il est essentiel d’apporter un soutien psychologique pour les aider à surmonter ces défis. Que pouvons-nous faire pour les soutenir davantage ?

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