lun. Juil 13th, 2026

L‘année 2001 marque une période difficile pour Metallica, icônes du thrash metal et habitués des stades. Après cinq ans de stagnation, les morceaux de leurs derniers albums, Load et Reload, avaient déconcerté leurs fans fidèles, transformant le groupe en une ombre d’eux-mêmes, guidé par une esthétique plus propre, chapeautée par le photographe Anton Corbijn. La dynamique interne du groupe est au plus bas suite au départ de leur bassiste emblématique, Jason Newsted. Pendant ce temps, le paysage musical lourd change, avec l’émergence du nu-metal séduisant les jeunes désillusionnés d’Amérique. Il est donc temps pour une renaissance.

Regroupés à San Francisco, le chanteur et guitariste James Hetfield, le batteur Lars Ulrich, le guitariste principal Kirk Hammett et le producteur Bob Rock s’enferment dans un studio improvisé situé dans le Presidio. Leur objectif ? Retrouver l’étincelle qui avait animé les albums emblématiques comme Ride the Lightning et Master of Puppets.

Ainsi naquit l’idée de St Anger, l’album de 2003. Toutefois, le projet ne se déroula pas comme prévu. Les cinéastes Joe Berlinger et Bruce Sinofsky furent missionnés pour documenter le retour du groupe, les suivant tandis qu’ils composaient cette première œuvre majeure du nouveau millénaire, tout en cherchant un remplaçant pour Newsted. Ce qu’ils réalisèrent fut un portrait brut, révélateur d’un groupe en proie aux conflits internes, à une arrogance délirante, à des ressources financières illimitées, mais surtout, à une absence d’idées musicales convaincantes.

À première vue, Some Kind of Monster se présente comme une analyse directe et quasi-vérité du processus créatif en plein désordre. Une grande partie de ses deux heures et demie est dédiée à observer le groupe s’épuiser sur des riffs lourds, des percussions qui résonnent comme une poubelle poussée dans les escaliers et des paroles peu inspirées (“Temptation wreck my head! Temptation make you dead!”). Il est fascinant de voir un groupe autrefois titanesque, responsable de perles telles que Creeping Death et One, se désintégrer sous nos yeux.

Cependant, ce sont surtout les relations tendues entre les membres qui rendent Some Kind of Monster si enlevé. Deux narcissiques en conflit – Hetfield et Ulrich – se voient interrompus par un “coach en performance” nommé Phil Towle, amené pour tenter d’établir une certaine harmonie. Hetfield apparaît têtu, contrôlant et enclin à claquer des portes, tandis qu’Ulrich, à la vulgarité parfois désarmante, s’affiche comme un batteur désillusionné. Towle se révèle être un personnage attachant, transmettant des messages de Cliff Burton, ancien bassiste décédé, et écrivant des déclarations de mission peu convaincantes.

Le reste du groupe est plus attachant. Hammett apparaît en proie à des dilemmes spirituels, préférant surfer et flâner sur son ranch qu’intervenir dans les disputes de ses camarades, sans oublier qu’il est contraint de renoncer à ses fameuses solos de guitare au profit du style plus terre-à-terre du nu-metal. Bob Rock, bien que flatteur, apporte une certaine stabilité. Newsted semble soulagé de quitter le monstre; alors que Robert Trujillo, le nouveau bassiste, révèle une fascination presque enfantine pour le groupe dans une séquence où il joue Battery à toute allure, rappelant les jours fastes de Metallica.

En dehors des tensions avec Towle, des moments comiques inattendus agrémentent le film. On peut rire des lamentations de Hetfield : “J’ai besoin d’un stylo ! Pas de merde en papier !”, tout en remarquant les fautes d’orthographe sur son micro. Les phrases incautieuses d’Ulrich (“Ça sonne trop standard à mes oreilles !”). Hammett, lui, parvient à produire un bruit délirant avec un polisseur à ongles. Quant au père d’Ulrich, Torben, il n’hésite pas à critiquer le matériel : “Si vous aviez dit : ‘vous êtes notre conseiller’, je répondrais : ‘supprimez ça.’” Ces moments de légèreté se mêlent cependant à des instants de gravité, notamment la lutte d’Hetfield contre l’alcoolisme et ses problèmes d’abandon. Une rencontre poignante entre Ulrich et Dave Mustaine, ancien membre de Metallica, débouche sur des réflexions sur une amitié perdue.

Le film se conclut après plus de 700 jours d’enregistrement, avec l’album finalisé, Towle remercié, et un clip tourné à la prison redoutable de San Quentin, tout en laissant voir que l’album se révèlera être une déception, malgré les délires d’Ulrich sur l’énergie positive dans le processus créatif.

Bien que St Anger ait été critiqué, Some Kind of Monster demeure une source de fascination. Grâce à son absence de rédemption, sa schadenfreude cosmique et son étude d’un groupe peinant à saisir l’évolution musicale des années 2000, le film est devenu un incontournable pour les jours de pluie. En fin de compte, St Anger a tout de même vendu 6 millions d’exemplaires jusqu’à présent – qui rit maintenant, n’est-ce pas ?

Bon à savoir

  • Le film a été réalisé par Joe Berlinger et Bruce Sinofsky, connus pour leur approche immersive et révélatrice.
  • La dynamique entre les membres, notamment les tensions entre Hetfield et Ulrich, est au cœur du film.
  • St Anger, l’album étudié, a été controversé mais marqué un tournant dans le parcours de Metallica.

Dans un monde musical en constante évolution, il est intéressant de réfléchir sur les luttes internes d’un groupe emblématique comme Metallica. Leur parcours soulève des questions sur la manière dont les artistes peuvent naviguer dans des changements de style et de public tout en restant fidèles à leur identité authentique. Quels enseignements pouvons-nous tirer de cette épreuve sur la nature de la créativité et de la cohésion au sein d’un groupe ?


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