Tous les quatre ans, avec la régularité d’une campagne de réélection, Interpol revient avec un nouvel album qui sonne de manière remarquablement familière. Ce n’est pas un groupe qui s’aventure dans une psychédélie floue pour réaliser un album-dénonciation à l’encontre des fans occasionnels, comme le fait MGMT, ni qui habille un retour tant attendu de nombreux artifices pop et d’Auto-Tune, à l’instar des Strokes. Lorsqu’Interpol enregistre, c’est sérieux, leur métier étant d’être Interpol, avec des mélodies sombres et une élégance bien pressée. Bien qu’ils puissent ajuster leur formule—les atmosphères post-punk, le charisme hypnotique de Paul Banks, les paroles cryptiques qui évoquent des émotions sombres mais peuvent facilement être transformées en tatouages gothiques ou mèmes humoristiques—ils ne renoncent pas à leur essence.
Cette constance est précieuse, garantissant que l’on peut s’attendre à de la qualité—en dehors du décevant album éponyme, ils n’ont jamais produit de mauvais disque. Cependant, cela peut rendre difficile la distinction entre les albums d’Interpol post-Carlos. Rappelons-nous : il y a eu le retour en force qui a remis Interpol sur le devant de la scène en tant que trio, avec Banks à la basse. Ensuite, la production brute de Dave Fridmann, qui a donné naissance à des singles percutants alors que le groupe s’installait dans un statut de légende. Puis, un album réalisé à distance, qui, eh bien, avait également des titres typiques d’Interpol. Aujourd’hui, après s’être regroupé avec un nouveau collaborateur (le producteur pop prolifique Andrew Wyatt, différent d’Andrew Watt), Interpol revient d’un New York semi-estrangé pour un nouveau redémarrage prévu.
Les premiers échos de This Mirror Weighs a Ton laissaient entrevoir une renaissance. Il s’agit du premier album pour Partisan, un label indie florissant qui attire récemment des talents de renom comme Beth Orton et PJ Harvey. Cet album marque également l’entrée officielle de Brad Truax, ancien bassiste en tournée, au sein du groupe. Les premières annonces mentionnaient des arrangements de cordes, des bois et un “design sonore expérimental” proposé par Wyatt. Par ailleurs, le morceau titre, sorti en avant-première, était sans doute la plus intrigante composition du groupe en plus d’une décennie : granuleux et hanté, il oscille entre des boucles de batterie chancelantes et des nuages de synthétiseur vaporeux, témoignant d’une dynamique minimaliste qui donne une nouvelle autorité à la voix grave de Banks. On entend un homme se perdre dans ses pensées : “Tous les rois sont partis,” chante-t-il, entre les soupirs célestes délivrés par sa femme, la créatrice de mode Juliet Seger-Banks, “mais le maniaque dans ta tête dort toujours dans des voûtes.”
Ce morceau redéfinit Interpol en tant que projet studio aux sonorités déformées, un aperçu prometteur de quelque chose de nouveau, mais il s’avère plus être un leurre qu’un échantillon représentatif. À l’exception de “Enemy”, une ballade au piano spectrale avec une percussion tonitruante évoquant une relation tumultueuse, et la conclusion orchestrale palpitante de “Bird and the Serpent”, rien sur This Mirror Weighs a Ton n’égale l’excitation et l’invention du morceau titre. Il ne s’agit pas d’un album faible ; en effet, c’est l’un des meilleurs efforts d’Interpol en fin de carrière. Des titres nerveux et paranos tels que “See Out Loud” et “Wings on Fire” se hissent au niveau des meilleures compositions d’El Pintor ou de The Other Side of Make-Believe. Mais ce qui frappe le plus, c’est que le guitariste Daniel Kessler, dont les riffs aigus sont une signature d’Interpol depuis les débuts, a la chance d’interpréter le chant principal sur le premier.
Points à retenir
- Interpol maintient une constance dans leur son, évitant les changements radicaux.
- Leurs albums sont souvent marqués par une atmosphère sombre, un trademark du groupe.
- Le nouveau projet avec Andrew Wyatt apporte des éléments frais, malgré les similitudes avec le passé.
- Les réflexions lyriques de Paul Banks continuent d’évoquer des émotions complexes et accessibles.
- La participation active de Brad Truax en tant que membre officiel enrichit leur dynamique.
Dans un monde musical en constante évolution, je ne peux m’empêcher de ressentir un mélange d’excitation et de curiosité envers la trajectoire d’Interpol. Leurs décisions artistiques, bien qu’observables de l’extérieur, résonnent profondément en moi. Sont-ils en train de trouver un nouvel équilibre entre leur héritage et l’expérimentation ? J’aspire à découvrir si cette quête de renouveau permettra au groupe de se réinventer tout en restant fidèle à leur essence. Interpol incarne cette délicieuse tension entre tradition et innovation, et j’ai hâte de voir où cela les mènera.
