Le bruit grandissait depuis le début des années 80, mais 1986 marqua une année charnière pour le thrash metal, expliquant sa popularité fulgurante. Slayer, Megadeth et Metallica sortirent des albums emblématiques, ce dernier remplaçant les petites salles de rock par une tournée d’arènes aux côtés d’Ozzy Osbourne. Pendant ce temps, un groupe de jeunes musiciens, éloignés de cette scène californienne, traçaient leur propre chemin à 5 500 kilomètres de là.
Kreator, Sodom, Destruction et Tankard – souvent appelés le « Big Four » du thrash metal allemand – compensaient une certaine rudesse par une agressivité débordante. Plus rapides et plus intrépides que beaucoup de leurs homologues américains, ils ont redéfini les standards de la brutalité et ont, sans le vouloir, influencé la génération suivante de musiciens de death et black metal.
« C’était toujours plus brut et violent », confie Marcel « Schmier » Schirmer, chanteur et bassiste de Destruction, au sujet de l’approche allemande vis-à-vis du thrash. « Nous ne cherchions pas à être les meilleurs musiciens, mais à écrire des morceaux percutants. Sur les albums de heavy metal anglais, les premiers morceaux de chaque face étaient souvent les plus rapides. Nous nous disions : ‘Pourquoi n’y a-t-il pas un album qui regroupe uniquement ces morceaux ?’ »
En 1986, Kreator sortit son deuxième album, *Pleasure to Kill*, tandis que Destruction lança *Eternal Devastation*, et Sodom débuta avec *Obsessed by Cruelty*.
Créé en 1982, Sodom était une réponse à un avenir professionnel tout tracé dans les mines de Gelsenkirchen. « Mon père ne voulait pas que je devienne musicien », se souvient Tom « Angelripper » Such. « Quand j’ai arrêté de travailler à la mine, il était déçu, disant que “tu ne peux pas gagner de l’argent avec cette musique”. Ce n’est qu’avec *Agent Orange* en 1989 que j’ai commencé à percevoir un chèque régulièrement. »
Kreator, fondé à Essen dans un contexte similaire, décrocha un contrat en se basant sur une démo brute. « Nous répétions presque tout le temps dans un sous-sol d’école », indique Miland « Mille » Petrozza, chanteur et guitariste. « Lorsque nous avons enregistré *Endless Pain* en 1985, nous n’avions joué que quelques concerts dans des centres de jeunes. Ce n’est qu’après la sortie de *Pleasure to Kill* que nous avons commencé à tourner. »
Les mondes de Kreator et Sodom, proches géographiquement, leur permirent de se soutenir mutuellement, tandis que Destruction se débrouillait seule dans la petite ville de Weil am Rhein. « Tout était si conservateur et religieux, nous essayions de nous échapper », raconte Schmier. « La musique était une porte de sortie qui nous permettait d’oublier le reste. »
Sans précédent local pour leur genre et souvent tournés en dérision par la presse musicale allemande, ces groupes ont dû apprendre sur le tas. Leur contact avec des groupes étrangers plus expérimentés les a aidés à survivre. « Slayer nous a appris à boire », plaisante Schmier à propos de leur expérience en tournée avec eux. La musique était également influencée par Venom, Judas Priest et des groupes de hardcore comme Minor Threat et Dead Kennedys.
La scène thrash metal des années 80 était souvent le reflet de peurs liées à l’Armageddon nucléaire. Les groupes de thrash américains évoquaient la possible annihilation tandis que leurs homologues allemands se heurtaient à la réalité de la guerre froide, avec le mur de Berlin omniprésent. « C’était toujours là, bien que de manière inconsciente », souligne Mille.
« Nous savions ce qui se passait à l’ouest mais nous avions peu de contacts avec les musiciens », déclare Peter « Paule » Fincke, batteur du groupe de métal est-allemand Formel 1. Ce groupe, dont le seul album, *Live Im Stahlwerk*, est sorti en 1986, a largement été influencé par la NWOBHM. « C’était tout de suite évident que c’était notre créneau », se souvient Paule.
En 1990, Kreator fut parmi les premiers groupes de métal occidentaux à jouer à Berlin-Est. Néanmoins, la décennie suivante serait périlleuse pour eux en raison de la montée du grunge et du nu metal. Cependant, dans les années 2000, ces groupes retrouveraient une seconde jeunesse grâce à la résurgence du thrash et à la reconnaissance de son influence.
Aujourd’hui, Sodom est en hibernation temporaire, tandis que Kreator prévoit une énorme tournée pour leur dernier album. Destruction a déjà parcouru le monde et continue d’avoir un public fidèle. À l’avenir, les incertitudes du monde actuel semblent fournir un riche terreau pour l’inspiration de ces musiciens. « J’aimerais pouvoir écrire : ‘Mon Dieu, il y a tant de paix sur cette planète, je ne peux plus écrire de paroles’, mais cela n’arrivera jamais », conclut Schmier.
Points à retenir
- Le thrash metal allemand des années 80 se distingue par son agression et sa rapidité.
- Des groupes comme Kreator et Sodom ont pu bénéficier de leur proximité géographique.
- Les influences viennent de la scène hard rock britannique et de groupes de hardcore.
- Les années 90 ont été un défi pour les légendes du thrash face à d’autres genres musicaux.
- Actuellement, les groupes continuent à créer malgré un environnement global incertain.
En tant que passionné de musique, je trouve fascinant de constater comment le thrash metal, issu d’un contexte socio-économique difficile, a su évoluer et perdurer. Les défis auxquels ces artistes ont été confrontés façonnent leur créativité, et il est intéressant de réfléchir à la manière dont leurs expériences vont continuer à nourrir leur musique à l’avenir. Le dialogue autour de ces questions est toujours ouvert, et il est essentiel de soutenir et de comprendre les courants qui animent nos artistes préférés dans un monde en perpétuelle mutation.
