jeu. Juil 23rd, 2026

Avec son douzième album, Set in Stone, Rick Ross se présente comme le « Martin Scorsese de Miami », une assertion audacieuse qui s’inscrit parfaitement dans son univers narratif extravagant. Depuis vingt ans, Rozay a peaufiné un personnage de roi du trafic, orchestrant les opérations depuis Biscayne Bay, un seau de champagne à portée de main. Il a bâti une mythologie mafieuse qui contraste avec son passé de gardien de prison, devenu désormais magnat de la restauration rapide et de l’immobilier. Cependant, cette dichotomie ne semble guère l’affecter. Ross nous livre régulièrement des morceaux de rap de luxe, parfaits pour accompagner des moments de détente, bien qu’ils manquent parfois de profondeur et d’impact durable. Ses meilleures chansons évoquent le plaisir d’une après-midi insouciante, comme flâner dans un quartier huppé en se disant : “Oui, je pourrais y vivre.”

Cependant, son problème réside dans son incapacité à concevoir un album de qualité. Teflon Don, sorti en 2010, s’en approche le plus, et bien que son vaste répertoire contienne de nombreux moments agréables, ses projets restent souvent inégaux. Il est l’un de ces artistes dont la musique s’apprécie mieux en mode aléatoire, idéale pour accompagner des séances de sport ou des barbecues. Parfois, l’artiste parvient à éveiller des plaisirs insoupçonnés ; des morceaux comme “Santorini Greece” ou “Triple Beam Dreams” laissent imaginer ce qu’un album entièrement conçu sur cette lancée pourrait donner. Set in Stone, comme tous les albums de Rick Ross, présente quelques éclairs d’inspiration, mais ils sont parfois noyés dans une impression de désorientation, comme s’il cherchait à marquer son vingtième anniversaire de carrière sans trop savoir quelle direction prendre.

Les éléments caractéristiques de Rozay – productions majestueuses, vantardises sur des richesses indécentes et un flow syncopé – s’expriment en brusques apparitions, surtout dans les trois premiers titres. L’ouverture semble lui permettre d’explorer ses forces sous différents angles. “Minks in Miami” revisite son archétype de businessman avec une touche rock des années 80, tandis que “Caviar Bumps” crée un espace mélodieux, quasi méditatif, qui respire la fraîcheur. “Mahogany Caskets”, en featuring avec T.I., se distingue par une énergie explosive, rivalisant avec le flow ample de Ross et le style incisif de T.I. Par la suite, l’élégance exubérante de “Camel Meat” et le duo étincelant de “Purple Fentanyl” et “#23” apportent une familiarité bien venue, même sans provoquer de véritable renouvellement.

Entre-temps, Ross essaie de nombreuses idées sans réussir à les concrétiser. Inspiré par le son trap des années 2010 d’Atlanta, des titres tels que “Ring Around the Rolls” et “Face Down” tombent dans l’anonymat et s’étirent. Quant à “Big Fish”, bien que maîtrisé, il s’apparente à une répétition des frissons de leurs précédentes collaborations avec Gucci Mane, sans capturer l’énergie que l’on attend d’eux. En retrouvant The-Dream pour “City Lights”, il propose un titre synth-pop mélancolique qui, malheureusement, ne parvient pas à capturer l’intensité du travail de certains de ses contemporains. Des faux pas appuyés complètent le tableau : sur “Living Large”, pour lequel Ross choisit une production banale, ou dans “Porsche GT3 – RS”, où il s’essaie à un flow peu inspiré sur une instrumentale de qualité douteuse. Au final, cet album ressemble davantage à un mélange de morceaux à l’état brut, compilés sans véritable plan d’ensemble. Les germes d’un bon projet sont présents, mais le Bawse semble trop attaché à son indépendance pour se laisser guider.

Points à retenir

  • Rick Ross continue d’explorer son personnage de roi du trafic sur Set in Stone.
  • Les débuts de l’album montrent une bonne maîtrise des éléments qui ont fait son succès.
  • Des collaborations avec des artistes comme T.I. et The-Dream marquent des moments forts de l’album.
  • Certaines tentatives d’innovation, notamment avec des sons d’Atlanta, se révèlent inégales.
  • La discographie de Ross est riche, mais ses albums manquent souvent de cohérence.

En tant qu’amateur de musique, je me trouve souvent partagé entre l’appréciation de ces moments de pur plaisir auditif et le désir de voir Rick Ross donner le meilleur de lui-même dans un projet plus homogène. Son talent est indéniable, mais j’aimerais qu’il ait l’audace de se renouveler et d’oser s’éloigner de ses bases pour offrir un véritable chef-d’œuvre. Quel avenir peut avoir un artiste comme lui dans l’univers actuel du rap ? L’intériorisation de ses réflexions et la fusion de ses différentes influences pourraient le mener vers une nouvelle ère musicale.


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