Il est difficile de croire que cela fait déjà dix ans que Within Temptation n’a pas été tête d’affiche d’un festival au Royaume-Uni. Ce groupe emblématique du metal symphonique n’a pourtant cessé de progresser ces dernières années, enchaînant deux tournées en grandes salles, dont une en co-tête d’affiche avec Evanescence, tout en utilisant sa notoriété pour défendre des causes importantes.
Cette année à Download, voir Within Temptation monter sur la deuxième scène principale, alors qu’en 2023 ils avaient laissé la place à Evanescence, est gratifiant. Mais on a le sentiment qu’ils ont été un peu sous-estimés. Le public réuni devant l’Opus Stage est respectable, mais la foule ne grossit vraiment qu’en fin de set, quand Weezer enchaîne ses tubes de rock alternatif des années 90 un peu plus bas. C’est dommage, car la performance des Néerlandais est exceptionnelle. Avec une scène qui évoque un amphithéâtre antique, leur mise en scène rappelle celle d’Iron Maiden, leurs anciens compagnons de tournée. Même si le spectacle ne rivalise pas avec leurs visuels les plus spectaculaires en tête d’affiche, l’impression de grandeur est bien là.
Au début du concert, Sharon Den Adel porte un masque d’opéra qui renforce le côté théâtral. Icône du metal depuis près de vingt ans, sa présence magnétique et son charisme imposent un cachet unique à Within Temptation. Si Weezer déclenche l’ambiance avec ses hymnes nerd rock, la pente est glissante pour le groupe symphonique, maître dans l’art des refrains fédérateurs. Bleed Out, Shot In The Dark, Supernova et Paradise (What About Us) font rugir la foule qui bat la mesure avec une joie communicative. Leur virage stylistique vers des sonorités plus immédiates est ici très perceptible.
On ne jette cependant pas le bébé avec l’eau du bain : Within Temptation conserve ses mélodies grandioses et parfois l’opéra revient en force grâce à Sharon, rendant le set particulièrement intense. Fidèle à son engagement, la chanteuse profite de la scène pour évoquer les grands enjeux mondiaux de 2025, notamment la guerre en Ukraine. Elle mentionne notamment le documentaire que le groupe a récemment publié sur ce conflit. Quand le concert se conclut sur le morceau aux accents celtiques Mother Earth, il n’y a plus de doute : Within Temptation est bien à l’apogée de son art.
« La première fois que nous avons joué à Download, c’était six chansons », confie Sharon. « Aujourd’hui, c’est plus une quinzaine. » Espérons qu’il ne faille pas attendre encore une décennie avant qu’ils retrouvent la grande scène à nouveau.
Points à retenir
- Within Temptation prouve que le metal symphonique peut évoluer sans perdre son âme, en mixant théâtralité et refrains accrocheurs.
- Malgré l’immense carrière du groupe, Download n’a toujours pas fait d’eux une tête d’affiche majeure, ce qui laisse songeur…
- Sharon Den Adel demeure une figure charismatique, combinant élégance opératique et engagement politique, un cocktail rare dans le metal.
- Le public hésite encore entre nostalgie rock des années 90 et modernité symphonique, ce qui impacte la taille de l’assemblée selon la scène.
- Le groupe utilise intelligemment sa notoriété pour sensibiliser à des sujets lourds et actuels, sans jamais tomber dans la grandiloquence déplacée.
En fin de compte, Within Temptation continue de déployer ses ailes et de bâtir un empire musical sur la puissance des émotions et la sincérité. Mais avouons-le, il serait temps que les organisateurs de festivals comprennent que les véritables géants ne jouent pas juste six morceaux en deux heures. Au fond, peut-être que le secret est ailleurs : faut-il chuchoter à l’oreille des programmateurs pour que la magie opère pleinement ? Je dis ça, je dis rien…
