
Crédit : Sports and Music Photographer via Flickr
Lorsque les Eagles ont commencé, le groupe fonctionnait avec une rigueur exemplaire. Don Henley et Glenn Frey n’hésitaient pas à rejeter un morceau si celui-ci ne méritait pas une place sur l’album. Le moindre titre sorti n’était jamais là pour flatter un ego, mais bien pour atteindre la perfection. Pourtant, certaines des meilleures chansons de leur premier disque ne viennent pas d’eux.
Par exemple, « Peaceful Easy Feeling » est l’œuvre de Jack Tempchin, tandis que « Take It Easy », à laquelle Frey a collaboré, a été principalement écrite par Jackson Browne, qui a nourri le texte avec cette image désormais célèbre de la fille au volant d’un pick-up Ford à Winslow, Arizona.
Un fil rouge unit toutes ces chansons : ce sont des histoires à part entière. Au-delà des traditionnelles chansons d’amour, Henley et Frey préféraient dépeindre des personnages troubles. Il y a par exemple ce garçon qui se perd dans les excès hollywoodiens dans « Life in the Fast Lane », ou ce musicien naïf à qui l’on conseille de ranger les armes dans « Desperado ».
Ce type de narration est une marque de fabrique des artistes comme Bob Dylan, mais il doit surtout beaucoup à la musique country. Des légendes telles que George Jones ou Johnny Cash ont popularisé ces chansons cinématographiques dès leurs débuts. Si la country s’est peu à peu transformée avec le temps, des artistes comme Vince Gill ont continué à repousser les limites de ce genre.
Parmi les nombreux musiciens ayant revendiqué l’influence des Eagles, Vince Gill s’est distingué par son approche. Il a su conjuguer la finesse d’esprit de Frey et la virtuosité de Joe Walsh à travers son jeu. En tournée avec le groupe, il donnait souvent l’impression de faire tourner en bourrique la légende de la guitare.
« Don m’a entendu chanter lors d’une balance et m’a dit ‘Qu’est-ce que c’est ? C’est magnifique. Il faut qu’on travaille ça ensemble et qu’on le fasse.’ Et j’ai répondu, avec tout le respect que je lui dois, que je préférais ne pas le faire. Je ne voulais pas que les gens trouvent une raison de plus pour ne pas m’aimer. Ils sont venus pour entendre les Eagles, pas mes chansons. »
Vince Gill
Malgré tout, la chanson « Whenever You Come Around » aurait assurément pu devenir un succès dans le registre des Eagles. Pas la plus rythmée ni la plus emblématique, elle rappelle toutefois les belles ballades qu’interprétaient Frey ou Henley lors de leurs carrières solo, un peu à la manière d’un « Building the Perfect Beast » romantique.
Après des années passées en second rôle, Vince Gill s’est imposé comme un membre à part entière lorsque les Eagles montent sur scène. Il n’est peut-être pas Frey, mais son talent et sa sincérité font de lui une légende à part entière, capable de tenir tête aux meilleurs.
Points à retenir
- Les Eagles misaient toujours sur un produit de qualité, pas sur la complaisance.
- Des compositions externes, comme celles de Jack Tempchin ou Jackson Browne, ont enrichi leur premier album.
- Leur force réside dans la narration de personnages complexes, qui dépasse les simples ballades sentimentales.
- La musique country a fortement influencé leur écriture, rappelant l’esprit cinématographique des premiers géants du genre.
- Vince Gill, bien que moins connu, a su s’imposer grâce à son talent et son honnêteté musicale.
- Une chanson peut paraître imparfaite sur le papier, mais devenir un véritable bijou en live, comme l’a démontré « Whenever You Come Around ».
En somme, si les Eagles ont bâti leur légende sur des standards élevés, ils ont su l’enrichir par l’apport d’autres talents et une capacité à raconter des histoires bien plus sombres qu’un simple refrain romantique. Et puis, avouons-le, qui n’a pas besoin d’un Vince Gill dans sa vie pour pimenter un peu la scène ? Je me demande parfois si tout ne serait pas un peu trop parfait sans cette touche d’impertinence et d’honnêteté. À méditer, non ?
