Netflix a connu un grand succès avec sa dernière série (Photo de Chesnot/Getty Images)
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Les productions de série à gros budget ne sont pas toujours abordables. Par exemple, Amazon a dépensé plus de 800 millions de dollars pour deux saisons de The Rings of Power, tandis que le spin-off Andor de Star Wars a coûté à Disney plus de 645 millions de dollars. Cependant, ce n’est pas une fatalité.
La tendance a commencé à changer pendant la pandémie, lorsque le géant des box-office, Marvel, a soudainement perdu sa popularité. Cela a révélé une lassitude croissante du public face aux séquences d’action générées par ordinateur mettant en avant des grandes stars, favorisant plutôt les intrigues serrées et tortueuses qui caractérisaient les débuts de l’Univers cinématographique Marvel. Loin d’être nécessaire, un gros budget ne garantit pas un succès.
Le MCU reposait sur un concept simple mais novateur : il se déroulait dans un monde réaliste, évitant ainsi les identités secrètes et costumes extravagants autrefois typiques des films de super-héros. Mais avec sa popularité grandissante, le MCU a attiré des acteurs plus coûteux, augmentant ainsi son budget.
Cette évolution a permis aux réalisateurs une plus grande liberté créative, qu’ils ont exploitée pour créer des décors de plus en plus fantastiques. Les dernières productions du MCU ne se contentent plus d’un monde réaliste, se déroulant dans des environnements microscopiques ou des dimensions alternatives peuplées de dragons flottants cachés derrière des cascades.
Cette dérive a déçu une partie du public, laissant la porte ouverte à d’autres studios pour revisiter la formule du succès initial du MCU. Ce potentiel demeure, comme l’a montré Netflix.
En juin dernier, la plateforme a lancé Supacell, une série en six épisodes se déroulant loin des lieux flamboyants des dernières productions du MCU. L’action se déroule dans les rues grunge du Londres contemporain et suit un groupe de cinq personnes ordinaires unies par l’histoire familiale de la drépanocytose. Elles développent soudainement des super-pouvoirs et sont traquées par une organisation secrète qui souhaite les contrôler.
‘Supacell’ suit la vie de Londoniens ordinaires qui développent des super pouvoirs
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La série a mis l’accent sur l’intrigue plutôt que sur les effets spéciaux, mettant en avant des acteurs peu connus comme Tosin Cole, Adelayo Adedayo et Josh Tedeku. Elle a répondu aux attentes du public et a rapidement atteint la première place des séries les plus regardées sur Netflix au cours de sa première semaine, totalisant 11,8 millions de vues. Les critiques ont également salué le travail, lui conférant une note parfaite de 100 % sur le site d’évaluation Rotten Tomatoes. La série a tellement plu qu’elle a été renouvelée pour une seconde saison peu après sa sortie. Le budget a été un facteur déterminant.
Les budgets des séries sont généralement des secrets bien gardés, les studios intégrant les coûts dans leurs dépenses globales sans détailler les montants pour chaque production. Netflix n’a pas souhaité commenter cette situation, mais les montants engagés pour Supacell sont révélés dans ses propres états financiers.
Le cadre réaliste de Londres non seulement le rend plus crédible, mais met aussi en lumière les dépenses engagées. Les studios choisissent le Royaume-Uni pour bénéficier du crédit d’impôt pour dépenses audiovisuelles (AVEC), qui leur rembourse jusqu’à 25,5 % des sommes investies dans le pays.
Pour être éligibles à cette aide, au moins 10 % des coûts de production doivent être liés à des activités au Royaume-Uni. Pour le prouver, les studios créent une société de production distincte pour chaque série tournée là-bas, soumettant des états financiers détaillés. Cela nécessite un certain travail de recherche pour accéder à ces informations.
Ces sociétés ont souvent des noms de code pour ne pas attirer l’attention des fans lors de la demande de permis de tournage. Identifier les noms des sociétés et les productions associées exige une connaissance approfondie de l’industrie, que mes collègues et moi avons accumulée pendant près de 15 ans.
Nous sommes parmi les rares journalistes au monde à se spécialiser dans la couverture des états financiers des sociétés de production de films britanniques, collaborant avec des médias de renom tels que The Times of London, The Guardian, et The Daily Telegraph.
‘Supacell’ a été tourné au Royaume-Uni.
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Ces états financiers suscitent un intérêt public au Royaume-Uni, d’autant plus que les remboursements aux studios proviennent de l’argent des contribuables. Au-delà du Royaume-Uni, un intérêt plus général se dessine.
La filiale de Netflix derrière Supacell s’appelle Midtown Productions, qui a récemment publié ses derniers états financiers, révélant les coûts de production.
Comme pour toutes les entreprises du Royaume-Uni, les états financiers sont publiés par étapes, souvent bien après la période concernée. Les documents de Midtown Productions concernent ainsi l’année se terminant le 31 décembre 2023. Cela fait huit mois après la fin du tournage de Supacell, permettant d’avoir une vision précise des dépenses engagées.
Selon ces documents, les coûts se sont élevés à 41,5 millions de dollars (33,8 millions de livres), l’une des plus importantes dépenses étant les 4,4 millions de dollars (3,6 millions de livres) employés pour les salaires d’un personnel moyen de 35 employés à plein temps par semaine en 2022.
La production a même bénéficié d’un remboursement de 10,5 millions de dollars (8,5 millions de livres), réduisant ainsi les dépenses nettes de Netflix à seulement 31 millions de dollars. Un investissement avisé tant pour Netflix que pour le gouvernement britannique.
Les données récentes de l’Institut britannique du film (BFI) indiquent qu’en 2019, chaque dollar de remboursement accordé aux studios générait 10,88 $ de bénéfice en valeur ajoutée brute (VAB) pour l’économie britannique, totalisant 10,1 milliards de dollars (7,7 milliards de livres) de VAB grâce aux incitations fiscales pour le film cette année-là.
Le rapport triennal sur le secteur du BFI, publié en décembre 2021, a montré qu’entre 2017 et 2019, les incitations fiscales avaient généré un retour sur investissement record de 17,7 milliards de dollars (13,5 milliards de livres) pour l’économie britannique, créant ainsi plus d’emplois que jamais auparavant. Le tournage au Royaume-Uni ne génère pas seulement des emplois locaux, mais dynamise également les dépenses en services tels que la sécurité, la location d’équipement, le transport et la restauration.
En 2019, ces dépenses ont engendré 37 685 emplois à Londres et 7 775 dans le reste du Royaume-Uni. Le rapport stipulait qu’en tenant compte des impacts plus larges de la chaîne de valeur des contenus cinématographiques, 49 845 emplois avaient été créés à Londres et 19 085 dans le reste du pays.
Bien que Hollywood ait été paralysé par des grèves pendant plus de six mois l’an passé, l’économie britannique a pu bénéficier des incitations fiscales. Les studios étrangers ont contribué à environ 77 % des 1,8 milliard de dollars (1,4 milliard de livres sterling) dépensés pour le tournage au Royaume-Uni en 2023, d’après le BFI. Netflix fait partie des plus gros investisseurs avec près de 6 milliards de dollars consacrés à la production de séries et films dans le pays entre 2020 et 2023.
Cela a porté ses fruits, puisque durant cette période, la plateforme a généré un revenu net colossal de 17,8 milliards de dollars. Si toutes ses productions avaient été aussi rentables que Supacell, ces bénéfices auraient sans doute été encore plus considérables.
Bon à savoir
- Le succès de Supacell démontre que des histoires captivantes peuvent dépasser les effets spéciaux coûteux.
- Le cadre londonien de la série lui confère un aspect plus authentique, attirant l’attention sur les lieux moins conventionnels.
- Les incitations fiscales au Royaume-Uni jouent un rôle clé dans l’attractivité du pays pour les productions cinématographiques, générant ainsi des bénéfices économiques substantiels.
En conclusion, l’évolution des attentes du public et l’importance croissante d’une narration solide invitent les créateurs à repenser leur approche. Comment les studios pourraient-ils allier créativité et rentabilité tout en répondant aux désirs changeants de leur audience ? La conversation autour de l’avenir du cinéma semble plus pertinente que jamais.

C’est fascinant de voir comment la narration est redevenue centrale dans les séries, surtout avec des productions comme Supacell. Ça change vraiment la donne !