lun. Juil 13th, 2026

Asura
Netflix
★★★★½

Parmi les grands réalisateurs qui ont marqué le monde du cinema en s’attaquant à la création de séries pour les plateformes de streaming, Hirokazu Kore-eda, cinéaste japonais acclamé, se distingue par sa tranquillité et sa constance. Deux ans après avoir présenté le captivant récit initiatique The Makanai: Cooking for the Maiko House sur Netflix, Kore-eda revient avec Asura, un chef-d’œuvre qui s’impose déjà comme la série incontournable de 2025.

Située à Tokyo en 1979, Asura développe, sur sept épisodes écrits et réalisés par Kore-eda, un thème récurrent dans son œuvre : la cellule familiale en perpétuelle transformation. L’auteur, avec une délicatesse rare, considère les liens familiaux comme une force essentielle, mais aussi comme un mystère difficile à cerner. Cela s’illustre parfaitement à travers les quatre sœurs adultes de la famille Takezawa, réunies un soir par la plus sérieuse d’entre elles, Takiko (Yu Aoi), qui dévoile une preuve photographique de l’existence d’une maîtresse auprès de leur père de 70 ans, Kotaro (Jun Kunimura).

Asura est basé sur le roman de Kuniko Mukoda, Ashura no Gotoku, ainsi que sur le scénario qu'elle a écrit pour une série télévisée japonaise diffusée en 1979 portant le même nom.

Asura est basé sur le roman de Kuniko Mukoda, Ashura no Gotoku, ainsi que sur le scénario de l’auteure pour une série télévisée japonaise diffusée en 1979 portant le même nom.Crédit :

Bien que les quatre femmes soient profondément liées, leurs réactions sont variées. Takiko souhaite intervenir, en prétextant agir pour le bien de leur mère, Fuji (Keiko Matsuzaka). La sœur aînée, la veuve Tsunako (Rie Miyazawa), cache des secrets qui l’empêchent de s’impliquer. La cadette, Sakiko (Suzu Hirose), affiche un indifférence qui vise avant tout à agacer Takiko, tandis que Makiko (Machiko Ono), la maîtresse de maison, est plongée dans un désarroi silencieux, craignant que son mari, Takao (Masahiro Motoki), ne fasse de même.

Asura déploie son récit en s’appuyant sur des intrigues variées, tout en capturant avec une intimité désarmante les dynamiques intrinsèques à la famille. Leurs échanges, entre plaisanteries et débats, révèlent une unité durable, renforcée par des dialogues qui s’entremêlent et un espace de vie qui danse avec naturel. Takiko, dans un moment d’énervement, finit par donner une tape à Sakiko, un reflet saisissant de leur quotidien.

La série est adaptée du roman Ashura no Gotoku de Kuniko Mukoda, ainsi que du scénario qu’elle a écrit pour une série télévisée de 1979. Kor­e­eda, qui avait 17 ans en 1979, aborde ses personnages avec une intention historique. Ils évaluent les actes de leur père et les gestes des autres avec un regard empreint du contexte de l’époque. Lorsque Makiko justifie l’infidélité de son père en lançant : « Après tout, papa est un homme », personne ne proteste. Cette tolérance des femmes face aux failles masculines pourrait déranger certains spectateurs.

La série se déroule à Tokyo en 1979 et se concentre sur les quatre filles adultes de la famille Takezawa.

La série se déroule à Tokyo en 1979 et se concentre sur les quatre filles adultes de la famille Takezawa.Crédit :

Kore-eda utilise les outils typiques du drame familial, entre crises imprévues et intrigues émotionnelles inattendues. Toutefois, l’intrigue ne devient jamais écrasante, permettant à l’histoire de circuler avec un réalisme palpable, renforcé par une production fidèle à l’époque des années 1980. Les actes des personnages sont simplement intégrés dans leur quotidien, comme dans le cas de la cour romantique entre Takiko et le détective privé qu’elle a engagé, Shizuo Katsumata (Ryuhei Matsuda), qui prend une tournure à la fois douce-amère et singulière.

Pour le public étranger, les détails révélateurs, tels que la découverte par les filles d’une illustration érotique qui a servi à l’éducation sexuelle de leur mère nouvellement mariée, offrent presque une texture anthropologique. Les membres de la famille se découvrent les uns les autres d’une manière inattendue, et le cercle d’interaction s’élargit. L’évolution de la fille adolescente de Makiko, qui passe de l’écoute discrète des conversations de sa mère à une affirmation publique d’elle-même, témoigne de cette dynamique.

Chargement

Le résultat est une série à la fois vaste et profondément introspective. Elle s’intègre parfaitement dans l’ensemble des œuvres de Kore-eda, offrant de précieux moments de transcendance. Par exemple, lorsque Tsunako s’allonge sur le sol, entourée de souvenirs familiaux, la caméra adopte un angle élevé, presque divin, donnant l’impression que le plafond s’est mystérieusement évaporé. Hirokazu Kore-eda est sans conteste un maître du récit subtil.

Bon à savoir

  • Inspiration littéraire : Asura puise ses racines dans le roman de Kuniko Mukoda intitulé Ashura no Gotoku, ainsi que dans une adaptation antérieure de 1979.
  • Évolution des personnages : Chaque sœur présente des perspectives uniques sur les relations familiales, illustrant la complexité des émotions face à l’infidélité.
  • Contexte historique : La série aborde les attitudes des années 1970 envers les rôles de genre et l’infidélité, offrant un éclairage sur les dynamiques familiales japonaises d’époque.

Dans un monde où les dynamiques familiales connaissent des bouleversements constants, la série Asura soulève d’importantes questions sur les relations interpersonnelles et les comportements traditionnels. Comment ces thèmes résonnent-ils dans les familles contemporaines, et à quel point l’héritage culturel influence-t-il nos valeurs actuelles ? La discussion est ouverte.


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit
3 thoughts on “Le spectacle incontournable de 2025 du maître Hirokazu Kore-eda”
  1. La série Asura, avec ses nuances délicates des relations familiales, nous plonge dans une époque révolue tout en résonnant avec nos propres émotions. Un véritable bijou à ne pas manquer!

  2. Frédéric, ta critique d’Asura m’inspire. La complexité des relations familiales évoquée résonne profondément en moi. Hâte de découvrir cette œuvre touchante sur Netflix.

  3. Asura semble vraiment captivante ! J’adore les histoires qui explorent les relations familiales. Hâte de découvrir comment Kore-eda aborde des thèmes si profonds et actuels.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *