Netflix a obtenu une subvention de 20 millions de dollars dans le cadre du programme de crédits d’impôt pour le cinéma et la télévision en Californie, pour un film dont le titre n’a pas encore été dévoilé. Il s’agit de la plus importante aide allouée parmi les 48 projets sélectionnés lors de la dernière session.
La California Film Commission a validé le financement de cinq productions majeures et de 43 films indépendants, totalisant 94 millions de dollars en crédits d’impôt. Parmi les productions notables, on retrouve la suite de « One of Them Days », un film Sony/TriStar produit par Issa Rae, qui bénéficiera d’une aide de 8 millions de dollars.
Un autre film Sony, lui aussi sans titre pour l’instant, recevra 9,4 millions de dollars. Warner Bros. voit pour sa part attribuer 6,9 millions de dollars pour la comédie « Blow Up the Chat », réalisée par Jeff Schaffer, ancien collaborateur de la série « Curb Your Enthusiasm ». Enfin, 20th Century obtient 4,5 millions pour la production « Bell ».
Plusieurs évolutions du programme d’aide entreront en vigueur à partir du 1er juillet, notamment la possibilité pour les studios d’obtenir un remboursement progressif des crédits d’impôt sur cinq ans. Jusqu’à présent, ces crédits ne pouvaient s’appliquer que si les studios avaient une responsabilité fiscale en Californie, conformément au fonctionnement classique des incitations économiques dans cet État.
Désormais, si les studios ne peuvent pas imputer entièrement leurs crédits sur leurs impôts locaux, ils pourront toucher un remboursement en numéraire. Netflix, qui génère plus de crédits d’impôt qu’il ne peut en utiliser, devrait être l’un des premiers bénéficiaires de cette réforme.
La Motion Picture Association, le puissant lobby des studios, militait pour que ces crédits deviennent transférables, c’est-à-dire cessibles à d’autres contribuables en échange d’un paiement immédiat. Cette demande n’a cependant pas été retenue dans la nouvelle loi.
Les productions indépendantes disposaient déjà de crédits transférables, facilitant ainsi leur financement, faute de revenus fiscaux suffisants pour eux.
Par ailleurs, l’association cherchait à inclure les salaires dits « above the line » (c’est-à-dire ceux des principaux artistes et producteurs) dans les dépenses éligibles. Cette proposition a également été rejetée. La réforme prévoit en revanche une augmentation du crédit d’impôt de base, passant de 20 % à 35 %, avec la possibilité d’atteindre 40 % pour les tournages réalisés hors de Los Angeles.
Le gouverneur Gavin Newsom a proposé d’élever le budget annuel consacré à ce programme de 330 millions à 750 millions de dollars. Le Parlement californien devrait trancher sur ce point avant la fin du mois.
Points à retenir
- Netflix rafle la mise avec la plus grosse subvention, confirmant son rôle incontournable dans l’industrie du streaming et de la production cinématographique en Californie.
- La réforme permet désormais aux studios de récupérer en liquide les crédits d’impôt non utilisés, un joli coup de pouce financier à long terme.
- La Motion Picture Association a dû mettre de l’eau dans son vin : pas de crédits transférables ni de prise en compte des salaires « au-dessus de la ligne » pour cette fois.
- Les productions indépendantes continuent à bénéficier d’une certaine souplesse grâce à la transférabilité de leurs crédits, pratique pour ménager leur trésorerie souvent serrée.
- Le plafond budgétaire du programme pourrait plus que doubler, preuve que la Californie tient à rester la Mecque du cinéma et de la télévision.
Au final, on assiste à un subtil jeu d’équilibres entre soutien à l’industrie locale, adaptation aux nouvelles méthodes de production et exigences budgétaires. Qui aurait cru que les crédits d’impôt pouvaient autant faire parler d’eux ? La Californie, toujours ingénieuse dans son approche, essaie de ne laisser personne sur le banc de touche, sauf peut-être ceux qui rêvent de subventions sans ordinateur à l’appui. Pour ma part, je me demande si ce mécanisme ne fait pas surtout office de tapis rouge bien huilé pour les gros calibres, pendant que les petits rament un peu plus discrètement. Mais bon, c’est le show business, après tout !
