jeu. Juil 9th, 2026

À ceux qui s’attendent à retrouver l’esprit de Veneno dans Superestar, disponible sur Netflix, préparez-vous à un sérieux décalage. Ni mieux, ni moins bien, mais tout simplement différent. Sur cet univers singulier, Los Javis, en tant que producteurs exécutifs, impriment clairement leur marque. Fidèles à leur engagement pour la diversité, ils intègrent dans la série des drag queens de Drag Race, des actrices transgenres, ainsi que Terelu Campos et Mariona Terés, éternelle figure rappelée depuis Paquita Salas. Cette dernière interprète une voisine et amie de Santurce (dans le Pays basque espagnol), lieu d’origine du personnage principal Tamara/Yurena/Ámbar, dans le dernier épisode de cette mini-série imaginée par Nacho Vigalondo. Un programme étrange, que l’on adorera ou détestera sans demi-mesure. Difficile d’imaginer que Netflix ait donné son feu vert à une œuvre aussi inconventionnelle. La série sera mise en ligne le vendredi 18 juillet.

Après le succès critique de Veneno, qui a redynamisé les biographies souvent fades sur des icônes pop espagnoles récentes (à l’exception notable de Balenciaga et, à la rigueur, Bosé), on aurait pu s’attendre à une ligne similaire pour Superestar : l’ascension et la chute de Tamara, dont la carrière musicale et télévisuelle a débuté à la fin du siècle dernier avec le tube No cambié. Une série dans l’air du temps année 2000 ! Mais très vite, Vigalondo dévoile ses intentions dès le premier épisode, le plus linéaire, tourné autour de l’enfance et de l’adolescence de Tamara, fille unique d’un couple discret. Ici, pas de biographie classique. D’ailleurs, peut-on vraiment qualifier Superestar de biographie ?

Le casting, dirigé par Eva Leira et Yolanda Serrano, est impeccable et rassemble celles qui occupent toutes les scènes ces temps-ci. Si la prestation d’Ingrid García Jonsson, incarnant Tamara, déroute au début, évoquant parfois par moments une parodie façon Muchachada Nui, le scénario ménage progressivement la place à son personnage. Vigalondo, lui, s’amuse en traitant la figure de Tamara comme un puzzle identitaire, multipliant ses versions. Combien de Tamaras existe-t-il réellement ?

Au début, c’est surtout Rocío Ibáñez, dans la peau de Margarita Seisdedos, la mère, qui capte l’attention, incapable d’accepter sa fille adulte. Le réalisateur, qui joue aussi deux rôles à l’écran, fait office de narrateur à la Hitchcock, introduisant chaque épisode, et figure aussi un alter ego inspiré du showman Xavier Sardá. Le reste des intervenants ravira les amateurs de culture pop et télé-réalité espagnoles, avec des références décalées comme Carlos Latre en Pantoja porto-ricain ou Aníbal Gómez en Boris Izaguirre.

Les nostalgiques remarqueront que la chaîne phare où tous évoluent – sous l’œil de personnalités comme Leonardo Dantés, Paco Porras ou Tony Genil – est Telecinco, avec son emblématique émission Crónicas Marcianas, pionnière du télé-crochet trash. Ceux ayant apprécié Veneno reconnaîtront les clins d’œil à d’autres programmes du genre, sans jamais tomber dans l’excès : Vigalondo préfère s’aventurer sur des territoires plus obscurs, flirtant avec le style Lynchien. Son œuvre la plus connue, Colossal, traitait déjà du harcèlement par le prisme du kaiju géant (littéralement, un monstre de Godzilla). Dans Superestar, il pousse d’ailleurs la provocation en intégrant Podemos et la manifestation féministe du 8 mars 2018.

Le metteur en scène ne cherche pas tant la vérité mais amplifie les mensonges de ces personnages marginaux. Il plonge une forme très codifiée, la biographie, dans des genres inattendus : horreur, fantastique et science-fiction, pour créer de véritables « histoires à ne pas dormir ». Tout en conservant un souffle émotionnel et une musicalité certaine au récit – point commun avec Los Javis – il offre à chaque épisode une conclusion marquante et redonne une certaine justice à Tamara et Leonardo (interprété par Secun de la Rosa), sans céder au cliché du « survivant brisé ». Tamara elle-même se refuse à jouer la victime. Audacieux d’affirmer que Superestar est la série espagnole de l’année, quand d’autres comme A Muerte existent. Toutefois, on ne peut nier son esprit provocateur et son audace – le terrain est à ceux qui osent.

Points à retenir

  • Superestar n’est pas une biographie conventionnelle mais une exploration complexe et très libre de l’identité.
  • La mixité des genres imposée par Vigalondo mêle autobiographie, fantaisie, horreur et science-fiction, un cocktail audacieux pour un récit à rebondissements.
  • Le casting rassemble des figures incontournables du paysage audiovisuel espagnol, garantissant une palette d’interprétations variées et souvent décalées.
  • Le décor de Telecinco et ses programmes iconiques cultive la nostalgie tout en dessinant une satire du show-business et des médias.
  • Le projet porte une forte marque « diversité » chère à Los Javis, qui insuffle à cette mini-série une ambiance inclusive et engagée.
  • Tamara n’est pas un personnage victime, mais une femme complexe qui refuse de se laisser enfermer dans un cliché ou une identité monolithique.

Au final, Superestar s’affirme comme une proposition artistique déconcertante : elle divise, elle titille, mais surtout elle dérange les esprits formatés. Alors, série déroutante ou chef-d’œuvre méconnu ? Moi, je prends place confortablement dans ce fauteuil à bascule, prêt à embrasser ce chaos télévisuel tout en me demandant : est-ce bien du génie, ou juste un coup fumant pour faire parler ? Quoi qu’il en soit, l’écran n’a pas fini de nous surprendre.


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By Sandrine Dubois

Sandrine Dubois est une Journaliste indépendante trilingue, elle est née sur île de la Grenade, puis a fait ses études aux Etats-Unis à l' "University of Northern Iowa" , aujourd'hui elle intervient sur différents médias Web pour partager ses compétences dans les thématiques sociétales, business, lifestyle et culture.

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