« Green Book » sacré Meilleur film : un pas en arrière pour l’Académie
Au cours de la dernière décennie, les Oscars ont changé de visage : l’Académie s’est rajeunie et s’est diversifiée, intégrant davantage de femmes et de membres internationaux. Ce renouvellement se reflète dans les lauréats du Meilleur film, parfois audacieux — Moonlight, Everything Everywhere All at Once ou encore Anora — qui ont offert de la visibilité à des récits marginaux ou à de petites productions indépendantes.

Pourtant, le sacre de Green Book au 91e gala, le 24 février 2019 — première cérémonie depuis trente ans sans maître de cérémonie — a surpris. Le film de Peter Farrelly, qui raconte le trajet d’un chauffeur italo-américain escortant le pianiste noir Don Shirley dans le Sud ségrégationniste des années 1960, a devancé des favoris du public tels que A Star Is Born, Black Panther et le grandissime prétendant Roma. Outre le trophée du Meilleur film, il a remporté l’Oscar du meilleur scénario original (Nick Vallelonga) et celui du meilleur second rôle pour Mahershala Ali, qui remportait là sa deuxième statuette en trois ans.
Le choix a été qualifié de rétrograde par de nombreux observateurs. La cérémonie avait déjà consacré, deux ans plus tôt, Moonlight, portrait subtil de la question raciale porté par une équipe largement afro-américaine — un tournant que beaucoup ont vu comme un progrès. Ici, Green Book s’est retrouvé au centre de vives polémiques : la famille Shirley n’avait pas participé à la promotion, des éléments de la relation entre Tony Lip et Don Shirley ont été contestés, et des tweets islamophobes du co-scénariste Nick Vallelonga ont été mis en lumière.
Un héritage contradictoire
Au-delà de ces controverses, le film a surtout été critiqué pour ses ressorts narratifs datés : le recours au trope du « sauveur blanc » et au stéréotype du « Black sidekick » a semblé anachronique en 2018. À l’instar d’autres productions primées par le passé et accusées de simplifier des enjeux sociétaux complexes (on pense à Crash), Green Book a parfois été perçu comme une œuvre qui se donne le mérite d’avoir « résolu » le racisme, en faisant de l’arc de rédemption de Tony le centre dramatique — au détriment du point de vue de Don Shirley. Le fait que Mahershala Ali ait été nommé dans la catégorie du second rôle a également alimenté ce sentiment d’effacement.
Cela dit, il existe des raisons objectives à l’adhésion d’une partie du public et des votants : Viggo Mortensen et Mahershala Ali offrent des prestations attachantes, et la chimie entre les deux acteurs porte le film. Ali incarne Don Shirley avec une intensité mesurée, tandis que l’expérience comique de Peter Farrelly — connu pour ses comédies en duo avec son frère — affine les moments de légèreté et de road-movie. Lorsqu’il évite d’affronter de front la violence de la ségrégation, le film fonctionne comme une comédie dramatique plaisante.
Au final, Green Book illustre la difficulté de séparer l’œuvre de son contexte : pour certains, les défauts et les polémiques l’emportent sur ses qualités ; pour d’autres, il reste une fable chaleureuse sur la rencontre et le changement.
Points à retenir
- L’Académie s’est diversifiée récemment, ce qui a fait évoluer les choix du Meilleur film vers des propositions plus variées.
- Le sacre de Green Book en 2019 a surpris par rapport aux attentes et au climat culturel du moment.
- Le film a été critiqué pour son recours aux tropes du « sauveur blanc » et du stéréotype racialisé, ainsi que pour des controverses liées à la famille Shirley et au co-auteur Nick Vallelonga.
- Malgré ces réserves, les performances de Mahershala Ali et Viggo Mortensen et la dynamique du duo ont séduit une partie des votants et du public.
- Le cas Green Book pose la question classique mais persistante : comment concilier plaisir cinématographique et exigence éthique dans l’évaluation d’une œuvre ?
En tant que journaliste, je vois dans cette polémique un terrain fertile pour débat : il ne s’agit pas seulement de juger un film, mais de s’interroger sur ce que nous attendons d’une représentation et sur la responsabilité des institutions qui la récompensent. Faut‑il privilégier l’accessibilité et le charme d’une histoire, ou exiger une fidélité plus grande aux voix concernées ? Pour ma part, je pense que nos choix culturels disent autant de nous que les œuvres elles‑mêmes — et j’aimerais que ces choix invitent davantage à l’écoute et à la nuance. Qu’en pensez-vous ?
S’abonner à Amazon Prime 📺

Disclaimer de non-responsabilité
[/not-all]Vous utilisez les informations contenues dans cet article à vos propres risques et périls. Les liens et plateformes mentionnés sont référencés à titre informatif et ne sauraient engager notre responsabilité en cas de violation de la législation en vigueur sur le droit d'auteur. Le streaming et le téléchargement de contenus protégés sans autorisation sont strictement interdits par la loi. Assurez-vous de respecter les règles en vigueur et de privilégier des alternatives légales pour vos besoins de divertissement. Toute utilisation illégale de ces services est de votre seule responsabilité.
