jeu. Juin 25th, 2026

Henri Mans

Christian Depolito, âgé de 42 ans, rentrait chez lui tôt le matin après une longue soirée près d’Old Street à Londres. Se décrivant comme « très habile dans la rue », il avait déjà travaillé avec des jeunes en difficulté et animé des ateliers en prison.

Il n’a donc pas été trop effrayé lorsque quatre hommes l’ont encerclé et qu’un d’eux lui a arraché son iPhone. Après une brève course-poursuite, les voleurs ont pris la fuite en voiture. Acceptant la perte de son téléphone, la véritable mésaventure ne faisait que commencer : dans les heures qui ont suivi, son portefeuille de cryptomonnaies, d’une valeur d’environ 40 000 livres sterling, a été vidé.

Cette affaire n’est pas isolée. La police de Londres fait face à une augmentation notable des vols liés aux cryptomonnaies. Notre relation étroite avec nos téléphones rend ces nouvelles formes de délits possibles. Avec la nature même de ces monnaies — dont les transactions passent par de nouveaux acteurs financiers —, la traque des voleurs échappe souvent aux forces de l’ordre.

Il y a quelques années, perdre son smartphone signifiait surtout perdre des photos irremplaçables. Aujourd’hui, avec les images stockées dans le cloud, c’est surtout toute la masse d’informations sensibles contenues dans le téléphone qui inquiète. Un appareil non verrouillé devient un véritable trésor pour les voleurs.

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Quand ils accèdent à votre téléphone, ils peuvent lire vos emails, messages, réinitialiser vos mots de passe, et contourner l’authentification à deux facteurs. S’ils observent vos gestes, ils peuvent même apprendre vos codes personnels. Une copie de votre passeport, souvent conservée dans l’application photos, facilite leur exploitation des questions de sécurité. Nous portons continuellement sur nous une mine d’informations confidentielles.

L’essor et la valeur croissante des cryptomonnaies ont introduit une nouvelle dimension dans ces délits. Certains des cas les plus spectaculaires sont liés à des enlèvements, avec demandes de rançon ou pressions pour transférer des fonds. En France, des malfaiteurs ont retenu en otage plusieurs détenteurs importants de cryptomonnaies. Les forces de l’ordre ont réussi à arrêter les membres présumés de ces réseaux, un signal positif.

Scott Bounder, ancien policier à la police métropolitaine de Londres et aujourd’hui chez Token Recovery, une société spécialisée dans la récupération d’actifs numériques, explique que beaucoup d’investisseurs en cryptomonnaies choisissent désormais de protéger leur anonymat en évitant de divulguer toute information sur leurs avoirs ou leur localisation. Cette popularité grandissante fait qu’il est fréquent, notamment chez les plus jeunes, de croiser des détenteurs de cryptomonnaies.

Au Royaume-Uni, une enquête menée l’année dernière révèle qu’un jeune adulte sur quatre entre 18 et 34 ans possède des cryptomonnaies, les hommes étant trois fois plus nombreux que les femmes.

Les méthodes des voleurs londoniens sont ciblées sur ce groupe démographique, perçu comme suffisamment confiant pour engager la conversation la nuit dans la rue. Neil Kotak, lui aussi attaqué après une soirée, raconte comment des présumés amis lui ont demandé son numéro, puis ont disparu avec son téléphone dès qu’il l’a ouvert.

Bien que ses comptes bancaires soient restés intacts, ce sont ses comptes cryptographiques qui ont été dévalisés. Tentant de désactiver son téléphone via celui d’un ami, il n’a pas réussi à se souvenir de son mot de passe Apple ID. Sa perte se chiffre à environ 10 000 livres sterling sur ses portails Coinbase et Binance.

Mais comment ces voleurs contournent-ils la sécurité des applications de cryptomonnaies ? Depolito raconte que ses agresseurs ont pu réinitialiser entièrement son Apple ID. Étant un utilisateur expérimenté, ses transactions nécessitaient une authentification biométrique. Comment ont-ils réussi ? Il l’ignore.

Un point légèrement positif : Kotak et un autre volé ont été remboursés sans explication par Coinbase, la célèbre plateforme américaine. La traçabilité des échanges, assurée par la blockchain, est connue pour être fiable. Les transactions y sont toutes enregistrées.

Phil Aris, ancien officier de la police de la City et aujourd’hui chez TRM Labs, une firme spécialisée dans l’analyse blockchain pour la police, confirme que l’idée selon laquelle les cryptomonnaies volées sont impossibles à retrouver est fausse. Les enquêtes sur ce type de vols sont très poussées.

Cependant, dans la pratique, nombre de voleurs échappent à la justice, la police britannique manquant souvent de moyens ou d’expertise pour suivre ces pistes numériques. Aris précise que la plupart des malfaiteurs utilisent des plateformes d’échange conventionnelles pour liquider rapidement leurs gains, avant que les services de sécurité ne réagissent.

Les criminels disposent également de techniques pour masquer leurs mouvements financiers. Scott Bounder souligne qu’une infime partie des fraudes signalées aboutit à une action policière. Lorsqu’il travaillait encore au sein de la police métropolitaine, il a signalé 20 cas avec preuves à l’appui, qui n’ont donné lieu à aucune enquête approfondie.

Burns, une autre victime, témoigne que la police est à peine avancée sur son dossier malgré une perte de 40 000 dollars, alors même que les portefeuilles utilisés sont liés à des entités identifiées. Sur un podcast qu’il co-anime, il explique comprendre pourquoi beaucoup préfèrent désormais les paradis fiscaux comme Dubaï.

La police londonienne recommande aux usagers d’activer les options « appareil volé » ou « protection anti-vol » sur leurs téléphones, de choisir des mots de passe robustes pour leurs applications, et d’être vigilants quant aux personnes qui les observent lorsqu’ils utilisent leur téléphone. TRM Labs gère un registre accessible via chainabuse.com, où les cryptomonnaies volées sont signalées pour empêcher toute conversion en argent liquide.

Christian Depolito a lui-même renforcé sa sécurité, exigeant désormais une authentification Face ID pour accéder à ses applications. Il souligne : « Il faut faire la différence entre confort et bon sens. Demandez-vous si vous avez vraiment besoin d’avoir tout sur votre téléphone ». En observant les gens avec leur smartphone en public, il avoue voir beaucoup d’ignorance face aux risques.

Mais abandonner les cryptomonnaies ? Pas question. Pour lui, c’est sans doute la voie la plus rapide pour récupérer ses pertes.

Points à retenir

  • Les vols de téléphones à Londres se doublent désormais de vols massifs de cryptomonnaies, une tendance en forte progression.
  • Les voleurs profitent de la confiance et de la négligence des jeunes adultes, principalement des hommes, qui possèdent souvent ces actifs numériques.
  • Un téléphone non protégé devient une passerelle directe vers vos informations les plus sensibles, y compris vos portefeuilles numériques et documents personnels.
  • Les méthodes employées pour contourner la sécurité biométrique restent encore partiellement mystérieuses et laissent à penser que les voleurs disposent de compétences techniques avancées.
  • La police londonienne manque parfois de ressources ou de savoir-faire pour suivre efficacement les traces des cryptomonnaies volées, malgré des outils de traçage performants.
  • Certaines plateformes comme Coinbase prennent la décision surprenante et rare de rembourser les victimes sans explication publique.
  • La sensibilisation à la sécurité numérique, notamment la vigilance dans l’espace public, devient indispensable face à l’évolution de ces modes opératoires.
  • Des bases de données comme chainabuse.com permettent de signaler les fonds volés pour stopper leur conversion en argent liquide, une démarche collective et innovante.

Il est fascinant de constater à quel point notre confort technologique peut rapidement tourner à la vulnérabilité, un paradoxe que nous vivons pleinement aujourd’hui avec les cryptomonnaies et la sécurité mobile. À l’heure où l’accessibilité à cette nouvelle finance explose, on se retrouve paradoxalement démunis face à ces délinquants qui, mieux équipés et connectés que jamais, exploitent nos failles avec une redoutable efficacité. Reste à savoir si, dans cette course effrénée entre innovation et criminalité, les forces de l’ordre et les acteurs légaux sauront un jour vraiment reprendre la main. Ou si, finalement, la prochaine révolution financière sera aussi celle des voleurs 2.0. Un sujet qui me pousse à garder un œil attentif… tout en ne perdant jamais cet esprit critique épicé d’un brin d’ironie, car il faut bien en rire un peu.


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