Les efforts du président Donald Trump visant à remodeler l’économie mondiale au profit des États-Unis ébranlent l’une des pierres angulaires de la domination américaine depuis la Seconde Guerre mondiale : le rôle incontesté du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale.
Le dollar est aujourd’hui utilisé dans environ neuf transactions de change sur dix, près de la moitié du commerce mondial de marchandises, et représente environ 60 % des réserves détenues par les gouvernements à travers le monde. Cette suprématie permet à Washington de financer un important déficit budgétaire et aux Américains de dépenser plus qu’ils ne gagnent, soutenus par des investisseurs étrangers faisant confiance à cet actif libellé en dollars, symbolisé par la devise « In God We Trust ».
Une remise en cause du règne du dollar
La confiance dans le dollar vacille toutefois. En 2022, suite aux restrictions imposées par l’administration Biden aux transactions impliquant la Russie après l’invasion de l’Ukraine, de nombreux acteurs ont amorcé une diversification de leurs réserves. Si les États-Unis peuvent geler la onzième économie mondiale profondément intégrée aux marchés pétroliers, qui peut se sentir réellement en sécurité ?
L’inflation élevée et la dégradation rapide des finances publiques ont renforcé les doutes quant à la prééminence économique américaine. Plus récemment, la politique imprévisible de Trump en matière de droits de douane a provoqué une baisse notable du dollar et des bons du Trésor américain.
[not-theb]
Le dollar a perdu plus de 10 % en six mois, une performance médiocre qui n’avait pas été observée depuis 1973. Alors que la « marque USA » semblait avoir perdu de sa force, banques et courtiers voient une demande grandissante pour des devises alternatives et certaines des familles les plus riches d’Asie réduisent leurs avoirs en actifs américains, jugés moins prévisibles.
Les défis géopolitiques et concurrents du dollar
Parallèlement, des puissances comme les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) encouragent la création de systèmes alternatifs de paiement internationaux afin de diminuer la dépendance au dollar. Même certains alliés historiques, comme l’Union européenne, observent ces transformations comme une opportunité de réduire l’influence américaine.
Cependant, certains acteurs restent confiants. Jamie Dimon, à la tête de la prestigieuse banque JPMorgan Chase, a rappelé en mai que les États-Unis demeurent le pays le plus innovant et prospère au monde, insensible aux fluctuations de court terme. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, maintient que la politique d’un dollar fort reste justifiée, tandis que des mesures fermes sont évoquées pour dissuader les contestataires.
La véritable force relative du dollar réside en grande partie dans l’absence d’équivalent sérieux. L’euro, souvent présenté comme rival potentiel, est limité par des divergences économiques et institutionnelles au sein de la zone euro, empêchant la formation d’un marché financier aussi liquide que celui des États-Unis.
La Chine mise sur le yuan comme alternative, mais les contrôles stricts sur les capitaux freinent une adoption internationale plus large. Quant à l’or, refuge traditionnel, il est coûteux à conserver, non générateur de revenus et peu pratique pour les échanges commerciaux.
Les alternatives numériques et l’avenir du dollar
Les cryptomonnaies comme le Bitcoin suscitent un certain intérêt mais peinent à s’imposer sans soutien étatique, à l’exception notable du Salvador qui en a fait une monnaie officielle. Les « stablecoins », adossés au dollar, tendent plutôt à renforcer la prédominance du billet vert qu’à la concurrencer.
Plutôt qu’une disparition prochaine du dollar, on devrait plutôt observer l’émergence d’un système à plusieurs monnaies. Le dollar conservera son rôle central, mais d’autres devises gagneront du terrain dans le commerce international et les réserves globales.
Les implications d’une concurrence accrue
Cette transition ne constitue pas une révolution mais engendrera des conséquences significatives pour la puissance géopolitique américaine. Moins d’investisseurs étrangers achèteront des obligations en dollars, ce qui augmentera les coûts d’emprunt des États-Unis et pourrait freiner la croissance économique intérieure.
Le financement du déficit budgétaire, proche de 2 000 milliards de dollars, deviendra plus onéreux, et la concurrence de monnaies alternatives comme l’euro ou le yen accentuera cette pression. On observe déjà une hausse des rendements des obligations américaines à long terme, avec des taux dépassant 5 % en mai, un seuil presque insoupçonné.
Ces tensions budgétaires auront des répercussions sur les dépenses publiques, qui resteront difficiles à réduire, malgré les promesses de réformes. Le plan législatif de Trump, couronné de succès, devrait creuser davantage le déficit dans la prochaine décennie.
Une moindre domination du dollar affaiblira la capacité américaine à imposer des sanctions économiques efficaces et compliquera la surveillance des activités financières illicites. La perte de ce levier sérieux pourrait redistribuer les cartes de la puissance internationale.
Un futur incertain pour le dollar, entre stabilité et mutation
Traditionnellement, les monnaies mondiales étaient garanties par l’or ou l’argent, mais jamais plusieurs devises papier n’ont rivalisé pour dominer le système monétaire. Ce scénario inédit pourrait accroître l’instabilité financière, avec des investisseurs changeant fréquemment de préférences selon les contextes économiques.
Selon Scott Bessent, les prédictions de la fin du dollar « comme monnaie de réserve » depuis la Seconde Guerre mondiale se sont toujours révélées erronées. Le billet vert reste indispensable, mais devra s’adapter à un monde multipolaire, avec toutes les incertitudes que cela implique.
Points à retenir
- Le dollar reste la monnaie dominante dans la finance mondiale, malgré une concurrence croissante et des remises en question liées aux politiques américaines récentes.
- La diversification des réserves internationales, encouragée par des tensions géopolitiques, pousse vers un système multipolaire autour de plusieurs devises.
- L’euro et le yuan sont promus comme alternatives, mais souffrent de limites structurelles et réglementaires qui freinent leur essor global.
- Les cryptomonnaies peinent à s’imposer comme des substituts crédibles en l’absence de soutien étatique, alors que les stablecoins renforcent souvent la centralité du dollar.
- Un affaiblissement relatif du dollar entraînera une augmentation des coûts d’emprunt pour les États-Unis, affectera le déficit public et réduira la puissance géopolitique américaine.
- La concurrence accrue entre devises pourrait accroître la volatilité des marchés financiers et complexifier la gestion économique des entreprises et des États.
En définitive, si le règne incontesté du dollar semble vaciller, aucune devise ne détient encore la puissance nécessaire pour lui ravir sa place. La mutation vers un système à multiples monnaies s’annonce longue et pleine d’embûches. On peut presque imaginer les responsables politiques américains scrutant nerveusement l’évolution des taux de change, tandis que les diplomates tentent de rassurer leurs partenaires. Après tout, ne faut-il pas avoir un peu d’humour pour gérer une telle valse des devises quand votre portefeuille en dépend ?
[not-theb]
Pas des conseils en investissement
Les informations fournies sur ce site web ne doivent pas être considérées comme des conseils en investissement, des conseils financiers, des conseils en trading ou toute autre sorte de conseil et aucun contenu du site web ne doit être considéré de la sorte. LesNews ne vous recommande pas d'acheter, vendre ou détenir des cryptomonnaies. Faites preuve de vigilance et consultez votre conseiller financier avant de prendre toute décision en matière d'investissement
Avis de non-responsabilité
[/not-theb]Avis de non-responsabilité. LesNews ne cautionne aucun contenu ou produit figurant sur cette page. Bien que nous nous efforcions de vous fournir toutes les informations importantes que nous avons pu obtenir, les lecteurs doivent faire leurs propres recherches avant d'entreprendre toute action liée à l'entreprise et assumer l'entière responsabilité de leurs décisions, et cet article ne peut être considéré comme un conseil d'investissement..
